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Antith�se du somme et de la mort
Rien n'est plus diff�rent que le somme et la mort,
Combien qu'ils soient issus de m�me parentage ;
L'un profite beaucoup, l'autre fait grand dommage,
De l'un on veut l'effet, de l'autre on craint l'effort.
Une morte froideur qui descend du cerveau
Nous cause le sommeil, une fi�vre br�lante,
Qui �teint les esprits par son ardeur nuisante,
Nous cause le tr�pas et nous met au tombeau.
Le somme va semant de roses et de lis
Les beaux traits d�licats d'une plaisante face,
Et l'effroyable mort, dans l'horrible crevasse.
D'un s�pulcre odieux les tient ensevelis.
Le soleil respirant mille petits z�phirs
Caresse doucement le dormant en sa couche,
Et la mort ternissant une vermeille bouche,
�touffe pour jamais ses gracieux soupirs.
Apr�s un long sommeil l'homme se sent dispos,
Pour aller au Palais, � la cour, � la guerre ;
La mort ronge au suaire, en la bi�re, en la terre,
Et, meurtri�re, corrompt les nerfs, la chair, les os !
Le soleil et sommeil ont presque m�mes noms,
M�mes effets; aussi l'un vous donne la vie,
L'autre emp�che que t�t elle ne soit ravie,
La couvrant, curieux, dessous ses ailerons.
� gracieux sommeil, riche pr�sent des Dieux !
Tu ne pouvais loger en une part plus digne
Que celle que tu tiens, puisque l'�me divine
A sa demeure au chef et sa fen�tre aux yeux.
Ne m'abandonne point, � bienheureux sommeil,
Mais viens toutes les nuits abaisser la paupi�re,
De ma m�re et de moi ; fais que la nuit derni�re
Ne puisse de longtemps nous fermer le soleil!
Ainsi soit pour jamais le silence sacr�
Fid�le avant-coureur de ta douce pr�sence;
Ainsi l'ombreuse nuit r�v�re ta puissance,
Ainsi les beaux pavots |