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F�lix Leclerc
Le mensonge est une brume,
une paire de lunettes fum�es,
un voile, une couche,
notre couche d'ozone protectrice,
n�cessaire, utile, indispensable,
qui filtre le rayon qui tue !
Le feu cr�pite avant de mourir.
Les feuilles se colorent avant de tomber.
Le jour se recueille avant de finir.
Le soir, le vent s'apaise.
Les oiseaux se taisent.
C'est demain . . .
Des larmes de ros�e perlent sur les p�tales.
Le papillon bat de l'aile.
La nature se fait belle.
* * *
Ce sera une grande surprise de voir qu'au ciel
Il y aura
des divorc�s
des protestants
des avort�s
des d�froqu�s
des p�d�s
des accot�s
des prostitu�s
des ath�es
et quelques assassins.
Mais plus grande encore (la surprise)
de trouver en enfer
des contemplatifs
des dames de Sainte-Anne
des th�ologiens
des d�vots
des Lacordaires
des lampadaires
des termites
des ermites
et plusieurs saints.
* * *
Voil� les hommes s�rieux aux habits bien coup�s.
Venus des quatre coins du monde
dans leur avion personnel,
ils sont en conf�rence depuis six jours.
Malgr� les frictions du d�but,
ils ont fini par s'entendre,
gr�ce � des interpr�tes.
Maintenant, ils se s�parent, contents.
D'accord pour lancer leur invention
sur l'univers dans trente jours :
un nouveau bouchon
pour les tubes de p�te � dents.
* * *
La maison pleine d'enfants,
o� l'on entend le tic-tac de l'horloge que la nuit !
* * *
Un esprit �troit, c'est un cerveau sans fen�tres.
* * *
"Je jappe parce que j'ai peur."
(Un chien)
"Je gueule parce que j'ai peur."
(Un homme normal)
* * *
Parce que sa pr�sence effraie le troupeau,
l'oie bless�e sera achev�e � coups de bec
par ses s�urs avant le d�part pour la migration.
Comme le chien tuera un chien bless�
parce qu'il a peur.
Et dans le poulailler,
une poule malade sera vite achev�e par les autres poules,
parce qu'elle fait peur.
Ainsi, l'homme qui voit tomber son semblable
sur le trottoir
Fait un effort supr�me pour lui porter secours,
quand sa premi�re r�action normale est de fuir.
* * *
Neuf heures le matin :
la t�te � moiti� sortie de son drap bleu,
la lune regarde la terre � la cachette
et admet humblement
que son �clairage de nuit est blafard
devant cette abondance d'or et de chaleur.
* * *
Le pauvre a tort
avec de bons arguments.
Le riche a raison sans argument du tout.
* * *
Comme on est bien dans son lit
quand on n'est pas bien !
* * *
Ce sont de petits lacs familiers et purs,
priv�s et cach�s non loin de la demeure.
Au Qu�bec, il y en a des milliers.
L'eau y est courante, filtr�e et limpide.
L'homme ordinaire peut avoir le sien.
Cela s'appelle une piscine,
en service quelques jours par ann�e.
* * *
Comment s'appelle l'ami qui r�appara�t
quand vos malheurs sont termin�s ?
* * *
Les volcans en �ruption,
les tremblements de terre,
les inondations, les cyclones,
les d�cha�nements de la nature,
c'est la terre qui essaie de nous faire savoir
qu'elle a peur de tout ce qu'on lui fait subir.
* * *
Il m'est plus pr�cieux
que la prunelle de mes yeux",
dit l'aveugle de son chien.
* * *
Bien difficile de parler de Dieu
� celui qui a un fils qui pourrit en prison.
* * *
La r�ussite part souvent d'un trou noir.
Exemple: tann� de s'enfarger dans le noir,
Edison inventa la lampe de poche.
* * *
Font aujourd'hui partie
des nouveaux droits de l'homme :
Pollution, torture, drogue,
prostitution d'enfants,
bombes nucl�aires,
enl�vement, terrorisme .
* * *
Il en co�te mille dollars au citadin
pour tuer une perdrix dans le bois,
� la boucherie du coin.
Entre une aventure en for�t
et une course � l'�picerie,
la diff�rence est grande !
* * *
Le chameau ressemble au d�sert avec ses dunes,
son �lasticit�,
sa bosse d'eau,
son mouvant.
* * *
L'�viter, la fuir, l'emprisonner, la d�truire,
ne jamais la souhaiter � aucun peuple,
ni � aucune personne,
mais admettre aussi
que tout ce qu'il y a de grand dans le monde
est sorti d'elle.
(La souffrance)
* * *
Ciment, b�ton, machines de fer,
routes suspendues, montagnes coup�es,
lacs d�plac�s,
ponts dans le ciel.
Dynamite, moteurs, foreuses, turbines, �lectrons.
Sur le feu infernal cuisent des chefs-d'�uvre
dans d'�normes marmites
que le technicien coule sur le dos des pays.
Son crayon : un bulldozer ;
son papier : le continent ;
sa gomme � effacer : la bombe.
Et crachent les chemin�es, et naissent des villes.
On n'arr�te pas le progr�s, mais �
quel prix ?
* * *
Qui va � la guerre ?
Pas ceux qui la pr�parent
ni ceux qui la d�clarent
ni ceux qui la financent
rarement ceux qui la dirigent
jamais ceux qui en profitent
ni ceux qui la nourrissent
ni ceux qui l'habillent
ni ceux qui arment les soldats
ni ceux qui les d�corent
mais tous, except� les morts, diront :
"J'y �tais ! "
* * *
Et c'est grand...
Meilleur texte : le vent
Meilleur �clairage : le soleil
Meilleure musique : la mer
Meilleur auditoire : les �toiles
Meilleur parfum : les fleurs
Meilleur tranquillisant : la for�t
* * *
Toute circulation a�rienne interdite ce matin
� cause de la brume . . .
j'ai vu passer un moineau.
* * *
Si tu veux voir clair,
�coute ceux qui ne t'aiment pas.
S'entourer de flatteurs,
c'est s'entourer de brume.
* * *
Le bon c�t� de la m�daille
Je saute d'un continent � l'autre,
j'habite dans l'espace,
je marche sur la lune,
j'invente l'ordinateur,
je r�chauffe des continents,
je cong�le ma nourriture,
un robot fait mes labours,
je recule la maladie, la vieillesse et la mort,
je . . .
Et l'autr'c�t� :
Bombes nucl�aires,
analphab�tisme,
tortures,
g�nocides,
y a jamais eu tant de pauvres,
tant de fous,
tant de faibles,
tant de d�biles !
Cache ta m�daille . . .
* * *
Pas de changements sans cassure.
* * *
Sur un m�me territoire,
les singes vivent en communaut�s s�par�es
et ne se m�langent pas,
chaque esp�ce ayant son gouvernement.
Ce proc�d� fonctionne depuis toujours
parce qu'il n'y a pas de gouvernement centralisateur
au-dessus d'eux.
Oui, ce sont des singes,
mais pourquoi seraient-ils plus avanc�s que nous ?
* * *
N'accepte pas la pluie comme un malheur,
mais comme un bienfait comparable
� la serviette d'eau qui lave le corps,
au verre d'eau qui abreuve la gorge s�che.
D'accord, mais je n'ai pas besoin de me laver
et de boire � longueur de journ�e,
en particulier les fins de semaine !
* * *
Hommes au travail
Pour boucher un trou de trois pieds
sur l'autoroute il faut :
- Cinq hommes v�tus de blanc
- Deux v�tus de rouge
- Un avec chapeau vert
- Deux affiches "hommes au travail"
- Deux camions, dont un d'outils
- Un contrema�tre � veste jaune
- Deux brigadiers robots �lectriques
- Deux brasseurs de goudron
- Trois barouetteux
- Deux heures pour d�ner
- Deux fois un quart d'heure pour le "break"
- Arr�t des travaux � cinq heures
- Un inspecteur
- Un rapporteur
- Un v�rificateur au bureau
- On encha�ne le lendemain � neuf heures
- Dur�e : deux jours s'il n'y a pas de pluie
- Samedi : temps double
- Lundi : un signeur de ch�ques
- Total : vingt et un travaillants
Le m�me trou dans un petit chemin de campagne:
- Un homme
- Une chaudi�r�e de ciment
- Vingt minutes
- Fini.
* * *
Un petit homme maigre, sans app�tit,
afflig� de grimaces et de b�gaiements,
se pr�sente pour la quatri�me fois
chez le meilleur psychiatre de la ville,
qui ne lui trouve rien.
- Je suis riche en plus docteur
et je pleure tout le temps !
- Bon. Allez donc voir le clown au grand th��tre,
qui cause la baraque depuis deux semaines,
je l'ai vu, peut-�tre que lui . . .
- C'est moi docteur !
* * *
Il y a plus d'avions qui tombent que d'oiseaux
parce que l'oiseau quitte rarement son chemin
et que sa jauge � essence n'existe pas.
* * *
M�me si l'habit de ton p�re te va comme un gant,
br�le-le.
Commence ta vie dans du neuf,
comme il a fait.
* * *
Les p�p�res
� l'arriv�e de l'automobile, le bisa�eul disait :
" Je suis un homme de cheval, moi ! "
� l'arriv�e de l'avion, p�p�re disait :
" Je suis un homme de rail, moi ! "
� l'arriv� de l'ordinateur, le jeune p�p�re dit :
" Je suis un homme de crayon, moi "
� l'arriv�e d'une famille d'ovni en soucoupe-maison
de quatre �tages avec bain tourbillon,
toi, p�p�re pas n�, diras-tu :
" Je suis un homme de satellite � capsule, moi ? "
* * *
Recette pour se faire croire qu'on est fort:
s'entourer de faibles.
* * *
On ne saura jamais si cette maison est bonne.
Elle est pelotonn�e au milieu de la ville,
prot�g�e par des milliers d'autres,
ignorant m�me ce qu'est le vent.
* * *
Temps froid:
on dirait que m�me le feu dans le po�le est gel�.
* * *
Il fait soleil, mets-moi ma robe qui rit.
(Genevi�ve, 5 ans)
* * *
On n'a pas de tableaux dans le salon,
mais on a la fen�tre.
(Un habitant)
* * *
On dit : " La source chante ", est-ce si s�r ?
De voir couler toute sa belle eau,
moi je dis qu'elle pleure.
* * *
Qu'importe � la poule si, de ses �ufs,
le ma�tre de la maison en fait des �ufs � la coque,
brouill�s, en omelette, qu'il les divise, les g�le,
les r�duise en poudre, les casse ou les �chappe.
L'affaire de la poule est de pondre des �ufs.
Il y a les cr�ateurs,
il y a ceux qui s'en nourrissent.
* * *
Il tra�ne � l'arri�re,
parfois il marche
un petit moment � nos c�t�s.
(Le bonheur)
* * *
Cinq fils �lectriques en face de sa maison
et les hirondelles dessus,
comme des notes sur une port�e de musique.
Elles �crivent de jolies chansons, au printemps
c'est plein de th�mes � symphonies qui bougent.
* * *
Le chr�tien :
De sa fen�tre,
il l'a bien vu tomber de son �chelle
et crier au secours en se roulant de douleur ;
il y serait bien all�,
mais il n'�tait pas de sa religion et,
comble de malchance . . .
pas de sa couleur.
* * *
O� il y a du sucre, il y a des mouches.
O� il y a de l'or, il y a des mains.
* * *
Plus le singe est laid, plus il est r�ussi.
* * *
Je suis all� m'asseoir o� tu t'es assise ce matin
et j'ai entendu ce que tu avais pens� !
* * *
L'homme fort cache ses muscles.
C'est le coq qu'on entend crier,
jamais le b�uf.
* * *
Trop et pas assez sont deux exc�s.
C'est pourquoi l'abondance
et la famine sont deux fl�aux.
* * *
Chaque pomme est une fleur
qui a connu l'amour.
* * *
Le tango a d� �tre invent� par un ind�cis.
* * *
La foule se bousculait pour voir
le pigeon bless� sur le trottoir.
Parmi eux, un amput� des deux jambes
toi qui as essay� de percer les murs sans r�ussir.
Ton fils les percera.
Tu ne manques pas de talent, mais d'outils.
* * *
Il crie qu'il est libre.
On l'est tous, � peu pr�s comme le cerf-volant. . .
* * *
Avant de juger l'indien, chausse ses mocassins.
* * *
Quand il ne comprend pas, il s'en va.
Vous le verrez marcher tout surpris
de conna�tre si peu de choses.
* * *
�tre heureux,
c'est-�-dire,
avoir la t�te qui ne pense pas.
* * *
La Vie
On se l�ve, on part au pas, puis au trot,
puis au galop, puis au trot , puis au pas,
puis on se recouche.
* * *
Chaque cellule du cerveau
est un petit tiroir vide
� la naissance.
� la mort,
quelques tiroirs sont pleins,
beaucoup sont coinc�s, d'autres enfl�s,
mais la plupart sont toujours vides.
* * *
Il n'y a pas de sujet idiot.
Il y a de mauvais conteurs.
J'ai entendu une conf�rence sur le cigare,
j'aurais voulu en �tre un.
* * *
Parlant de cheval,
je me demande ce qu'il pense
de son cousin de fer le tracteur.
* * *
Avec le reste de son premier coucher de soleil,
le cr�ateur a fait le flamant rose ;
l'aigle, avec un reste de temp�te
et la colombe avec un peu de paix
qu'il avait �bauch�e.
* * *
Du cr�dit, on s'en coiffe.
Du discr�dit, on en coiffe un autre.
* * *
Faire peur
est une vocation
qui marche bien
jusqu'au jour
o� quelqu'un se dresse devant vous
* * *
Toute la population assistera cet apr�s-midi
au lancement de la fus�e vers la lune,
c'est extraordinaire.
Dos tourn� � cette minute unique dans l'histoire
j'irai, avec ma petite fille,
voir une chose aussi formidable :
au bout du champ, si le bl� est sorti.
* * *
Si tu veux que ton secret soit bien gard�,
garde-le pour toi.
* * *
Voil� les hommes s�rieux aux habits bien coup�s.
Venus des quatre coins du monde
dans leur avion personnel,
ils sont en conf�rence depuis six jours.
Malgr� les frictions du d�but,
ils ont fini par s'entendre, gr�ce � des interpr�tes.
Maintenant, ils se s�parent, contents.
D'accord pour lancer leur invention
sur l'univers dans trente jours :
un nouveau bouchon
pour les tubes de p�te � dents.
* * *
La parent� des mots
Journaliste : passe-partout
Politicien : siphon
Ami : lampe
Confesseur : fourre-tout
Enqu�teur : sonde
Ent�t�e : mur
M�re : coussin
Sage: garde-fou
* * *
Coup de poing sur la table,
roulements d'yeux, tapages de pieds, blasph�mes,
sont les arguments de ceux qui n'en ont pas.
* * *
- Bonjour mon tr�sor, tu as bien dormi ?
- Oui, merci, r�pond le mari.
- Je parle au chat, dit madame . . .
* * *
Quand il tombe, l'arbre fait deux trous.
Celui dans le ciel est le plus grand.
* * *
Avec sa t�te pleine d'abeilles,
elle a quand m�me bien dormi.
(La ruche)
* * *
L'homme a sa r�compense chez la b�te:
- Il y a les hommes-�cureuils
qui portent dans le fond d'un petit casier
� la banque tous les sous qu'ils ramassent.
- Il y a les hommes-chevaux
qui tirent des poids sans presque retirer de salaire.
- Il y a les hommes-chiens, les soumis, les fid�les
qui baisent la main qui les frappent.
- Il y a les hommes-oiseaux,
* * *
Le "vous " est respectueux ;
c'est aussi un excellent foss�
pour tenir les gens � distance.
* * *
Les hirondelles dessinent des arbres
dans l'air et se posent
un petit moment sur les branches imaginaires.
* * *
Comme un cierge qui br�lerait
la t�te en bas,
la goutte d'eau s'�chappe du gla�on.
* * *
Huit mois pour faire une pomme . . .
Huit secondes pour la manger.
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