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LORSQUE MA SOEUR ET MOI
Lorsque ma soeur et moi, dans les for�ts profondes,
Nous avions d�chir� nos pieds sur les cailloux,
En nous baisant au front tu nous appelais fous,
Apr�s avoir maudit nos courses vagabondes.
Puis, comme un vent d'�t� confond les fra�ches ondes
De deux petits ruisseaux sur un lit calme et doux,
Lorsque tu nous tenais tous deux sur tes genoux,
Tu m�lais en riant nos chevelures blondes.
Et pendant bien longtemps nous restions l� blottis,
Heureux, et tu disais parfois : � chers petits.
Un jour vous serez grands, et moi je serai vieille !
Les jours se sont enfuis, d'un vol myst�rieux,
Mais toujours la jeunesse �clatante et vermeille
Fleurit dans ton sourire et brille dans tes yeux.
LES CARIATIDES
c' est un palais du dieu, tout rempli de sa gloire.
Cariatides soeurs, des figures d' ivoire
portent le monument qui monte � l' �ther bleu,
fier comme le t�moin d' une immortelle histoire.
Quoique l' archer soleil avec ses traits de feu
morde leurs seins polis et vise � leurs prunelles,
elles ne baissent pas les regards pour si peu.
M�me le lourd amas des pierres solennelles
sous lesquelles Atlas plierait comme un roseau,
ne courbera jamais leurs t�tes fraternelles.
Car elles savent bien que le m�le ciseau
qui fouilla sur leurs fronts l' architrave et les
frises
n' en chassera jamais le z�phyre et l' oiseau.
Hirondelles du ciel, sans peur d' �tre surprises
vous pouvez faire un nid dans notre acanthe en fleur :
vous n' y casserez pas votre aile, ti�des brises.
� filles de Paros, le sage ciseleur
qui sur ces m�daillons a mis les traits d' H�l�ne
fuit le guerrier sanglant et le l�che oiseleur.
Bravez m�me l' orage avec son �pre haleine
sans craindre le fardeau qui p�se � votre front,
car vous ne portez pas l' injustice et la haine.
Sous vos portiques fiers, dont jamais nul affront
ne fera tressaillir les radieuses lignes,
les h�ros et les dieux de l' amour passeront.
Les voyez-vous, les uns avec des folles vignes
dans les cheveux, ceux-l� tenant contre leur sein
la lyre qui s' accorde au chant des hommes-cygnes ?
Voici l' a�eul Orph�e, attirant un essaim
d' abeilles, Lyaeus qui nous donna l' ivresse,
�ros le bienfaiteur et le p�le assassin.
Et derri�re Aphrodite, ange � la blonde tresse,
voici les grands vaincus dont les coeurs sont bris�s,
tous les bannis dont l' �me est pleine de tendresse ;
tous ceux qui sans repos se tordent embras�s
par la cruelle soif de l' amante id�ale,
et qui s' en vont au ciel, meurtris par les baisers,
depuis Phryn�, pareille � l' aube orientale,
depuis cette lionne en qu�te d' un chasseur
qui but sa perle au fond de la coupe fatale,
jusqu' � toi, Prom�th�e, auguste ravisseur !
Jusqu' � don Juan qui cherche un lys dans les
temp�tes !
Jusqu' � toi, jusqu' � toi, grande Sappho, ma soeur !
J'ai voulu, pour le jour des �ternelles f�tes
r�parer, fils pieux de leur gloire jaloux,
le myrte et les lauriers qui couronnent leurs t�tes.
J' ai lav� de mes mains leurs pieds poudreux. Et vous,
plus belles que le choeur des jeunes atlantides,
alors qu' ils vous verront d' un oeil terrible et doux,
saluez ces martyrs, � mes cariatides !
juillet 1842.
Bien souvent je revois sous mes paupi�res closes,
La nuit, mon vieux moulins b�ti de briques roses,
Les cours tout embaum�s par la fleur du tilleul,
Ce vieux pont de granit b�ti par mon a�eul,
Nos fontaines, les champs, les bois, les ch�res tombes,
Le ciel de mon enfance o� volent des colombes,
Les larges tapis d'herbe o� l'on m'a promen�
Tout petit, la riante o� je suis n�
Et les chemins touffus, creus�s comme des gorges,
Qui m�nent si gaiement vers ma belle Font-Georges
A qui mes souvenirs les plus doux sont li�s.
Et son sorbier, son haut salon de peupliers,
Sa source au flot si froid par la mousse embellie
O� je m'en allais boire avec ma s�ur Z�lie,
Je les revois; je vois les bons vieux vignerons
Et les abeilles d'or qui volaient sur nos fronts,
Le verger plein d'oiseaux, de chansons, de murmures,
Les p�chers de la vigne avec leurs p�ches m�res,
Et j'entends pr�s de nous monter sur le coteau
Les joyeux aboiements de mon chien Calisto !�
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V�NUS COUCH�E
l' �t� brille ; Phoebus perce de mille traits,
en haine de sa soeur, les vierges des for�ts,
et dans leurs flancs br�l�s de flammes vengeresses
il allume le sang des jeunes chasseresses.
Dans les sillons rougis par les feux de l' �t�,
entour� d' un essaim, le boeuf ensanglant�
marche les pieds br�lants sous de folles morsures.
Tout succombe : au lointain les nymphes sans
ceintures
avec leurs grands cheveux par le soleil fl�tris
�pongent leurs bras nus dans les fleuves taris,
et, fuyant deux � deux le sable des rivages,
vont cacher leurs ardeurs dans les antres sauvages.
Dans le fond des for�ts, sous un ciel morne et bleu,
V�nus, les yeux mourants et les l�vres en feu,
s' est couch�e au milieu des grandes touffes d' herbe
ainsi qu' une panth�re indolente et superbe.
D�nouant son cothurne et son manteau vermeil,
elle laisse agacer par les traits du soleil
les beaux reins d' un enfant qui dort sur sa poitrine,
et tandis que fr�mit sa l�vre purpurine,
un ruisseau murmurant sur un lit de graviers,
amoureux de Cypris, vient lui baiser les pieds.
Sur son beau sein de neige �ros ma�tre du monde
repose, et les anneaux de sa crini�re blonde
brillent, et cependant qu' un doux z�phyr ami
caresse la guerri�re et son fils endormi,
pr�s d' eux gisent parmi l' herbe verte et la menthe
les traits souill�s de sang et la torche fumante.
f�vrier 1841.
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SOUS BOIS
� travers le bois fauve et radieux,
r�citant des vers sans qu' on les en prie,
vont, couverts de pourpre et d' orf�vrerie,
les com�diens, rois et demi-dieux.
H�rode brandit son glaive odieux ;
dans les oripeaux de la broderie,
Cl�op�tre brille en jupe fleurie
comme resplendit un paon couvert d' yeux.
Puis, tout flamboyants sous les chrysolithes,
les bruns Adonis et les Hippolytes
montrent leurs arcs d' or et leurs peaux de loups.
Pierrot s' est charg� de la dame-jeanne.
Puis apr�s eux tous, d' un air triste et doux
viennent en r�vant le po�te et l' �ne.
26 janvier 1842.
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� JEUNE FLORENTINE
� jeune Florentine � la prunelle noire,
beaut� dont je voudrais �terniser la gloire,
vous sur qui notre ma�tre e�t jet� plus de lys
que devant Galat�e ou sur Amaryllis,
vous qui d' un blond sourire �clairez toutes choses
et dont les pieds polis sont pleins de reflets roses,
hier vous �tiez belle, en quittant votre bain,
� tenter les pinceaux du bel ange d' Urbin.
� colombe des soirs ! Moi qui vous trouve telle
que j' ai souvent br�l� de vous rendre immortelle,
si j' �tais Rapha�l ou Dante Alighieri
je mettrais des clart�s sur votre front ch�ri,
et des enfants riants, fous de joie et d' ivresse,
planeraient, �blouis, dans l' air qui vous caresse.
Si Virgile, � diva ! M' instruisait � ses jeux,
mes chants vous guideraient vers l' Olympe neigeux
et l' on y pourrait voir sous les rayons de lune,
pr�s de la v�nus blonde une autre v�nus brune.
Vous fouleriez ces monts que le ciel �toil�
regarde, et sur le blanc tapis inviol�
qui brille, vierge encor de toute fl�trissure,
les gr�ces baiseraient votre belle chaussure !
mai 1832.
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EN HABIT ZINZOLIN
po�me i : rondeau, � �gl�
entre les plis de votre robe close
on entrevoit le contour d' un sein rose,
des bras hardis, un beau corps potel�,
suave, et dans la neige model�,
mais dont, h�las ! Un avare dispose.
Un vieux sceptique � la bile morose
m�dit de vous et blasph�me, et suppose
qu' � la nature un peu d' art s' est m�l�
entre les plis.
Moi, qu'�blouit votre fra�cheur �close,
je ne crois pas � la m�tamorphose.
Non, tout est vrai ; mon coeur ensorcel�
n' en doute pas, blanche et rieuse �gl�,
quand mon regard, comme un oiseau, se pose
entre les plis.
po�me ii : triolet, � Philis
si j' �tais le z�phyr ail�,
j' irais mourir sur votre bouche.
Ces voiles, j' en aurais la cl�
si j' �tais le z�phyr ail�.
Pr�s des seins pour qui je br�lai
je me glisserais dans la couche.
Si j' �tais le z�phyr ail�,
j' irais mourir sur votre bouche.
po�me iii : rondeau � Ism�ne
oui, pour le moins, laissez-moi, jeune Ism�ne,
pleurer tout bas ; si jamais, inhumaine,
j' osais vous peindre avec de vrais accents
le feu cach� qu' en mes veines je sens,
vous g�miriez, cruelle, de ma peine.
Par ce r�cit, l' aventure est certaine,
je changerais en amour votre haine,
votre froideur en d�sirs bien pressants,
oui, pour le moins.
�chevel�e alors, ma blonde reine,
vos bras de lys me feraient une cha�ne,
et les baisers des baisers renaissants
m' enivreraient de leurs charmes puissants ;
vous veilleriez avec moi la nuit pleine,
oui, pour le moins.
po�me iv : triolet, � Amarante
je mourrai de mon d�sespoir
si vous n' y trouvez un rem�de.
Exil� de votre boudoir,
je mourrai de mon d�sespoir.
Pour votre toilette du soir
bien heureux celui qui vous aide !
Je mourrai de mon d�sespoir
si vous n' y trouvez un rem�de.
po�me v : rondeau redoubl�, � Sylvie
je veux vous peindre, � belle enchanteresse,
dans un fauteuil ouvrant ses bras dor�s,
comme Diane, en jeune chasseresse,
l' arc � la main et les cheveux poudr�s.
Sur les rougeurs d' un ciel aux feux pourpr�s
quelquefois passe un voile de tristesse,
voil� pourquoi, lorsque vous sourirez,
je veux vous peindre, � belle enchanteresse !
Vous serez l�, frivole et charmeresse,
parmi les fleurs des jardins ador�s
o� doucement le z�phyr vous caresse
dans un fauteuil ouvrant ses bras dor�s.
Aupr�s de vous, madame, vous aurez
le l�vrier qui fol�tre et se dresse,
et le carquois plein de traits d�soeuvr�s,
comme Diane en jeune chasseresse.
Mais n' allez pas, fugitive d�esse,
chercher, pieds nus, par les bois et les pr�s
un berger grec, et p�lir de tendresse,
l' arc � la main et les cheveux poudr�s.
Heureusement le cadre d' or qui blesse
vous retiendra dans ses b�tons carr�s,
et sauvera votre antique noblesse
d' enl�vements trop inconsid�r�s.
Je veux vous peindre.
po�me vi : madrigal, � Clym�ne
quoi donc ! Vous voir et vous aimer
est un crime � vos yeux, Clym�ne,
et rien ne saurait d�sarmer
cette rigueur plus qu' inhumaine !
Puisque la mort de tout regret
et de tout souci nous d�livre,
j' accepte de bon coeur l' arr�t
qui m' ordonne de ne plus vivre.
po�me vii : rondeau redoubl�, � Iris
quand vous venez, � jeune beaut� blonde,
par vos regards allumer tant de feux,
on pense voir Cypris, fille de l' onde,
�panouir et les ris et les jeux.
Chacun, �pris d' un d�sir langoureux,
souffre une amour � nulle autre seconde,
et lentement voit s' entr' ouvrir les cieux
quand vous venez, � jeune beaut� blonde !
S' il ne faut pas que votre chant r�ponde
un mot d' amour � nos chants amoureux,
pourquoi, d�esse � l' �me vagabonde,
par vos regards allumer tant de feux ?
Laissez au vent flotter ces doux cheveux
et d�couvrez cette gorge si ronde,
si jusqu' au bout il vous pla�t qu' en ces lieux
on pense voir Cypris, fille de l' onde.
Car chacun boit � sa coupe f�conde
lorsqu' elle vient � l' Olympe neigeux
sur les lits d' or que le plaisir inonde
�panouir et les ris et les jeux.
Donc, all�gez ma souffrance profonde.
C' est trop subir un destin rigoureux ;
craignez, Iris, que mon coeur ne se fonde
� ces rayons qui partent de vos yeux
quand vous venez !
po�me viii : madrigal, � Glyc�re
oui, vous m' offrez votre amiti�,
pour tous les maux que je vous conte,
mais quoi ! C' est trop peu de moiti�,
Glyc�re, et je n' ai pas mon compte.
Je soupire, et vous en retour
vous me payez d' une chim�re.
Pourquoi si mal traiter l' amour ?
Ah ! Vous �tes mauvaise m�re !
juin 1842.
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� UNE MUSE FOLLE
allons, insoucieuse, � ma folle compagne,
voici que l' hiver sombre attriste la campagne,
rentrons fouler tous deux les splendides coussins ;
c' est le moment de voir le feu briller dans l' �tre ;
la bise vient ; j' ai peur de son baiser bleu�tre
pour la peau blanche de tes seins.
Allons chercher tous deux la caresse frileuse.
Notre lit est couvert d' une �toffe moelleuse ;
enroule ma pens�e � tes muscles nerveux ;
ma ch�re �me ! Tr�sor de la race d' H�l�ne,
verse autour de mon corps l' ambre de ton haleine
et le manteau de tes cheveux.
Que me fait cette glace aux brillantes ar�tes,
cette neige �ternelle utile � maints po�tes
et ce vieil ouragan au blasph�me hagard ?
Moi, j' aurai l' ouragan dans l' onde o� tu te joues,
la glace dans ton coeur, la neige sur tes joues,
et l' arc-en-ciel dans ton regard.
Il faudrait n' avoir pas de bonnes chambres closes,
pour chercher en janvier des strophes et des roses.
Les vers en ce temps-l� sont de m�chants fardeaux.
Si nous ne trouvons plus les roses que tu s�mes,
au lieu d' user nos voix � chanter des po�mes,
nous en ferons sous les rideaux.
Tandis que la Na�ade interrompt son murmure
et que ses tristes flots lui pr�tent pour armure
leurs gla�ons transparents faits de cristal ouvr�,
�chevel�s tous deux sur la couche d�faite,
nous puiserons les vins, pleurs du soleil en f�te,
dans un grand crat�re dor�.
� nous les arbres morts luttant avec la flamme
les tapis vari�s qui r�jouissent l' �me,
et les divans, profonds � nous an�antir !
Nous nous pr�serverons de toute rude atteinte
sous des voiles �pais de pourpre trois fois teinte
que signerait l' ancienne Tyr.
� nous les lambris d' or illuminant les salles,
� nous les contes bleus des nuits orientales,
caprices paillet�s que l' on brode en fumant,
et le loisir sans fin des molles cigarettes
que le feu caressant pare de collerettes
o� brille un rouge diamant !
Ainsi pour de longs jours suspendus notre lyre ;
aimons-nous ; oublions que nous avons su lire !
Que le vieux go�t romain pr�side � nos repas !
Apprenons � nous deux comme il est bon de vivre,
faisons nos plus doux chants et notre plus beau livre,
le livre que l' on n' �crit pas.
Tressaille mollement sous la main qui te flatte.
Quand le tendre lilas, le vert et l' �carlate,
l' azur d�licieux, l' ivoire aux fiers d�dains,
le jaune fleur de soufre aim� de V�ron�se
et le rose du feu qui rougit la fournaise
�clateront sur les jardins,
nous irons d�couvrir aussi notre Am�rique !
L' Eldorado r�v�, le pays chim�rique
o� l' Ondine aux yeux bleus sort du lac en songeant,
o� pour Titania la perle noire abonde,
o� pr�s d' H�rodiade avec la f�e Habonde
chasse Diane au front d' argent !
Mais pour l' heure qu' il est, sur nos vitres gothiques
brillent des fleurs de givre et des lys fantastiques ;
tu soupires des mots qui ne sont pas des chants,
et tes beaux seins polis, plus blancs que deux �toiles,
ont l' air, � la fa�on dont ils tordent leurs voiles,
de vouloir s' en aller aux champs.
Donc, fais la r�v�rence au lecteur qui savoure
peut-�tre avec plaisir, mais non pas sans bravoure,
tes d�lires de muse et mes r�ves de fou,
et, comme en te courbant dans un adieu supr�me,
jette-lui, si tu veux, pour ton meilleur po�me,
tes bras de femme autour du cou !
janvier 1842.
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Le sang de la
coupe
Vous en qui je salue une nouvelle aurore...
Vous en qui je salue une nouvelle aurore,
Vous tous qui m'aimerez,
Jeunes hommes des temps qui ne sont pas encore,
� bataillons sacr�s !
Et vous, po�tes, pleins comme moi de tendresse,
Qui relirez mes vers
Sur l'herbe, en regardant votre jeune ma�tresse
Et les feuillages verts !
Vous les lirez, enfants � chevelure blonde,
C�urs tout extasi�s,
Quand mon corps dormira sous la terre f�conde
Au milieu des rosiers.
Mais moi, v�tu de pourpre, en d'�ternelles f�tes
Dont je prendrai ma part,
Je boirai le nectar au s�jour des po�tes,
A c�t� de Ronsard.
L�, dans ces lieux o� tout a des splendeurs divines,
Ondes, lumi�re, accords,
Nos yeux s'enivreront de formes f�minines
Plus belles que des corps ;
Et tous les deux, parmi des spectacles f�eriques,
Qui dureront toujours,
Nous nous raconterons nos batailles lyriques
Et nos belles amours.
Vous cependant, mes fils, n�s pour la po�sie
Et l'ode aux flots vainqueurs,
Vous puiserez la joie au fleuve d'ambroisie
Qui coula de nos c�urs.
Comme aujourd'hui r�veur pr�s de quelque fontaine
Je redemande en vain
Le secret des amours de Marie et d'H�l�ne
A mon ma�tre divin,
Vous redirez aussi les gr�ces d'Aur�lie
Aux oiseaux de Cypris,
Au rossignol des bois, � la rose p�lie,
Au bleu myosotis !
Vous demanderez tous � mes vers de vous dire
Quelle fut la beaut�
Dont mes rimes en fleur adoraient le sourire
De rose et de clart� !
Ils vous la montreront, ces vers dont s'�merveille
La chanson des hautbois,
Ruisselante de feux comme une aube vermeille,
Rose et neige � la fois ;
Et telle qu'� pr�sent, jeune fille hautaine
Au sein d�licieux,
Elle ravit d'amour l'azur de la fontaine
Et l'escarboucle aux cieux.
On dirait � la voir que, de sa main profonde,
Dieu, sur son tr�ne assis,
A p�tri de nouveau, pour en refaire un monde,
Une �ve aux noirs sourcils !
Car elle est fi�re, et seule, Ange myst�rieuse,
Sourit et marche encor
Avec la majest� d'une victorieuse
A la cuirasse d'or,
Et, comme cette Muse � qui le temps pardonne
Sans tache et sans affront,
Elle pourrait aussi porter une couronne
D'�toiles � son front,
A ce front souriant, poli comme l'ivoire
Des lys inviol�s,
Que de leurs lourds anneaux encadrent avec gloire
Ses bandeaux ondul�s !
Un signe querelleur fol�tre sur sa joue
Qu'un clair duvet d�fend,
Et sa bouche amoureuse, o� la clart� se joue,
Est d'un petit enfant.
Sous l'ombre des sourcils et leur arcade noire,
Pareils � l'or du jour,
Ses grands yeux tout vermeils s'ouvrent comme pour boire
Des oc�ans d'amour,
Et la m�me lumi�re en fr�missant arrose
D'un ton timide et pur
Sur un front mat et clair les narines de rose
Et les veines d'azur.
Son col de marbre o� luit votre blancheur insigne,
� neiges de l'Ida,
S'incline mollement, comme le divin cygne
Sur le sein de L�da.
Cette t�te ing�nue et ce corps de D�esse,
Ensemble harmonieux,
Lui donnent l'�ternelle et sereine jeunesse
Des enfants et des Dieux.
Des grands cam�lias d�fiant les calices,
Telles, orgueil d'�ros,
Les femmes de Pradier sortent calmes et lisses
Du marbre de Paros.
Dans ces temps o� les Dieux de l'Hellade vivante
Fleurissaient les chemins,
L'orgueilleuse Cypris e�t �t� sa servante
Pour lui baiser les mains ;
Et triste, agenouill�e en larmes parmi l'herbe,
La D�esse, en songeant,
Elle-m�me e�t nou� sur sa jambe superbe
Le cothurne d'argent !
Ainsi vous la verrez dans les br�lants d�lires
De vos coeurs embras�s,
Et sachez que sa voix eut la douceur des lyres
Et des premiers baisers,
Amants qui devez na�tre ! et le doux nom de Laure,
Dans les vers cent fois lus,
Et l'Elvire aux beaux yeux que le g�nie adore
Ne vous troubleront plus.
Et vous ferez chanter par quelque fier po�te,
Mon fils et mon rival,
Les femmes qui seront une image imparfaite
De ce type id�al.�
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Les stalactites
Nous n'irons plus au bois
�
Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coup�s.
Les Amours des bassins, les Na�ades en groupe
Voient reluire au soleil en cristaux d�coup�s
Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe.
Les lauriers sont coup�s, et le cerf aux abois
Tressaille au son du cor; nous n'irons plus au bois,
O� des enfants charmants riait la folle troupe
Sous les regards des lys aux pleurs du ciel tremp�s,
Voici l'herbe qu'on fauche et les lauriers qu'on coupe.
Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coup�s.
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Rondels
La Lune
Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante;
Elle sourit et se lamente,
Et vous fuit et vous importune.
�
La nuit, suivez-la sur la dune,
Elle vous raille et vous tourmente;
Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante.
�
Et souvent elle se met une
Nu�e en mani�re de mante;
Elle est absurde, elle est charmante;
Il faut adorer sans rancune,
Avec ses caprices, la Lune.
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BIBLIOGRAPHIE
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