Mokhtar El Amraoui><br><br>
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n� le 19 mai 1955 � Mateur, en Tunisie.
Po�te tunisien d'expression fran�aise.
Il a publi� deux recueils :
le premier, en 2010, � Arp�ges sur les ailes de mes ans
et le second, en 2014, � Le souffle des ressacs �.


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Les radeaux bleus

Il est des heures, Il est des cris,
Il est des jours, Il est des nuits
O� le sang revient � ses r�ves de mer,
� ses s�ves c�lestes enfouies,
Pour nous offrir des parchemins
Qui redonnent leurs couleurs
� nos baisers, � nos c�urs, � nos mains
Et, � nos caresses, leurs fruits
De pinceaux en fleurs,
En �chos d�appels � nos amours bleuies,
En rouleaux d�immenses cieux
Tant�t joyeux, tant�t meurtris,
Tant�t radieux, tant�t gris
O� se retrouvent les pleurs
Et les rires de nos yeux,
Entre enfer et paradis,
Entre agonie et tableaux bleus,
Radeaux de survie !
Il est des heures, Il est des cris,
Il est des jours, il est des nuits
O� le sang revient � ses r�ves de mer,
� ses s�ves terrestres enfouies,
O� les couleurs, pour le grand bleu,
De mille feux, rechantent la vie !

� Le souffle des ressacs �


 



Morte �toile

Ce jour-l�,
Les vagues rejet�rent la palette.
Seule la dune bougea,
Offusqu�e.
Les barbares rirent
Et crach�rent
Les derni�res �toiles
Comme des dents ensanglant�es.
Les rivi�res des souvenirs
Charriaient leurs mort-n�s
Envelopp�s de haine et de couteaux.
Les le�ons des m�andres reprirent
Sous les mottes des glaises
Et les mots d�amours suspendues
Aux hanches de nuits
Aux origines des pas
Reprirent les couleurs des regrets,
Squelettes sifflant d�azurs las
Et d�ouragans fan�s.
Lunes �coss�es,
Jours d�shabill�s de solaire solitude,
L�incarc�ration de l�incin�r�e toile,
Morte �toile !

� Le souffle des ressacs �


 

Fusion

Je marche vers toi,
Sur le tapis de cendres
Des pigeons sacrifi�s.
Je tends ma main avec toi
Vers le nombril �teint de la lune �clat�e.
Je viens � toi
Pour fondre dans les flammes de nos soleils
Grimpant
Jusqu�� la derni�re goutte de sang de nos ros�es.

� Arp�ges sur les ailes de mes ans �





 

Femmes !

L'impossible ne peut �tre femmes!
Nous aurons toujours la taille de nos r�ves !

Nous rejoindrons, de notre florale impatience,
Dans la lumi�re de nos esp�rances,
Le suc flamboyant des �toiles
Et le rire assourdissant des dansantes com�tes !
Nos fi�vres habill�es des houles des naissances
Nous offriront, comme toujours, tout ce temps
Pour tisser, dans nos profondeurs ail�es,
Tous ces fruits volants de l�amour
Qui naissent et s�abritent au creux de nos reins,
En amples saisons trac�es au miel des matins,
S��levant des caresses de nos mains !
Femmes !
Flammes d�amour et de paix!
Ecrites par tous les �l�ments,
Nous r�chauffons, de nos racines,
Toutes ces tiges d'or qui poussent
Couronn�es, dans la mousse de nos r�ves,
Par les ascendantes douces gerbes ail�es de notre s�ve!
Femmes!
Le possible est aussi femmes !

� Le souffle des ressacs �




 

Arbre !

Tu es toujours l� o� se confondent
En verticalit� sonore,
En horizontalit� ail�e, ton or
Et l�air donn� � la feuille de vie n�cessaire,
Extension vitale pour les pas de nos envols,
Fra�cheur de tapis d�ploy�e en arcs d�accueils
O� m�dite l�oiseau
En ses retours stellaires de danses
Pour que l�eau puisse encore germer,
Dans ses silences multicolores,
Au parfum de nos rencontres.
Arbre ! Tu nous offres toujours
Le sang de tes souvenirs
Et tes nerfs dans les cieux de tes soupirs !

� Le souffle des ressacs �



 

La symphonie errante

Je cherche mes rallonges telluriques,
Mes incommensurables sph�res
Dans les dilatations de l'exil,
L'ombre ivre de ma soif
Dans la s�cheresse de l'ar�me somnambule.
Je cherche mes impr�cations
Creusant les sillons du retour
Contre les serres des vautours,
Ton ombre aux aguets
De cet �veil cinglant
Erection du soleil
� la symphonie errante du dromadaire !
Je cherche le r�le �clat�
De mes vert�bres lyres en d�lire,
S'�touffant de leurs notes d�port�es,
Mes soupirs tonnant de bleus fuyants
Dans l'inatteignable voyage
De ce papillon qui s'�reinte
En poursuites tr�buchantes,
Au-del� de ses r�ves bris�s !
Je r�ve de com�tes,
D'astres flamboyants,
De m�duses lunes
Ouvertures transparentes
Des inextinguibles profondeurs !
Je r�ve, muet,
Dans la soif de tes pas,
Sur les sables du voyage
Auquel je t'invite vers les prairies rouges
Et leurs feux bleus !
� muse de mon d�part !
Astre scintillant
Sur les l�vres ouvertes des vagues !
Il n'y a plus de toits !
Pluie d'encens rouge
Sur tes seins embaum�s
Dans le linceul de l'extase des rencontres cr�pusculaires !
Viens de mes reviens fatigu�s !
Je te pr�terai les ailes immacul�es
De mes Icare exil�s.
Je te montrerai
L'axe de l'impact pluriel,
L'agonie du cogito carnivore,
Ce manteau d'erreurs spectrales !
Viens !
Accroche-toi aux tiges sans amarres
De cette for�t �clat�e !
Reviens de mes viens
Qui valsent dans l'aube
Des intraduisibles fermentations !
Nous �crirons la grandeur du menu moineau
Echeveau des sens triangul�s !
Cet azur qui nous appelle
Nous retrace dans nos fibres de nouveau-n�s !
Reviens
Au commun des immortelles m�sanges assoiff�es.
Je te composerai,
Sur le clavier des escaliers,
Une symphonie qui te m�ne
Jusqu'� mon perchoir d'exil�.

� Arp�ges sur les ailes de mes ans �




 

Promesse

De mes veines,
Mon ami l�oiseau,
Je te construirai une cage
Sans porte ni barreaux
O�, librement, tu chanteras
Tes chaudes m�lodies !
Je t�offrirai de vastes champs fleuris
Arros�s de douces flamb�es de soleil
Qu�aucune serre de vautour n�effraye
Et tu passeras,
Libre, fier et fort,
Sous l�arc-en-ciel multicolore,
Pour danser, jusqu�� l�aurore,
Sur les rythmes de mes veines-lyres
Qui t�apprendront � rire
De tous les tyrans et leurs sbires !

� Arp�ges sur les ailes de mes ans �



 


Roses des bivouacs

Sauras-tu �tre ce pont de lumi�re
O� �tincellera l��toile des amis,
Pour r�veiller en chant
Ce feu d�amour qui, sans cesse, en toi, luit
Mais que, toujours, h�las, tu fuis ?
Jette donc cette horrible cha�ne de haine
Qui te souille, � la rouille de l�oubli !
Tu ne t�envoleras jamais, ami,
Si tu ne sais qu��tre ennemi !
Sauras-tu lib�rer les roses des bivouacs en rires
Pour laisser les anges de l�aube fertile fr�mir
Et planter les champs solaires
De milliers d�arbres fr�res ?
Leurs racines ont soif de danses.
Chante leurs fruits en transe,
Apprends, de leurs longues nuits,
Comment offrir, � la paix, les nids
D�o� s��l�veront, radieuses � la vie,
Les s�ves des plus belles symphonies.
�coute-les dans le vent te lib�rer, toutes ravies,
Des �pines de la haine qui te crucifient !

� Le souffle des ressacs �



 


Les obscurs

Paix aux �mes des victimes de l'obscurantisme
Ils ont cousu des linceuls aux mots
Et tendu leurs pi�ges aux chants des oiseaux
Passeurs de lumi�re.


Ils ont coup� les ailes des �toiles,
Pour en faire des fouets
Contre les cris vrais.

Ils ont taill� les ronces les plus folles
Pour ensanglanter, avec, l�aube des voyageurs
Et crucifier leurs danses d�amoureux.

� Le souffle des ressacs �


 


Retisser mon cri

Ton absence !
Mon �ternel destin ?

Comment d�chirer le miroir
Pour r�unir nos deux rives ?
Quelle �toile
Saura retisser mon cri
Pour te dire mon visage
Et toutes les questions de mon voyage
Vers toi ?

Quand cueillerons-nous ensemble
Cette fleur c�leste
Qui nous nourrira de son lait vrai ?

Ton absence !
Quand nous r�veillerons-nous
Au creux de la m�me barque,
Sur la vague d'un m�me rire sans fin ?

� Le souffle des ressacs �

�Mokhtar El Amraoui

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