Par une nuit sans lune, Sedna est venue accrocher des étoiles dans mon paysage.
Depuis, elle éclaire ce site par ses mots toujours aussi lumineux et puissants.
Merci, à toi, Sedna, pour tant de générosité !
Jisca

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JE SUIS

Je suis la pluie qui recouvre la lande esseulée
Je suis le vent qui dénude les arbres fragiles
Je suis le désordre qui habite tes pensées
Je suis le trouble qui court, tel un reptile
Sur ton âme égarée dans la douce folie
Je suis le mystère qui pénètre ta chair
Je suis le désir accroché à aujourd'hui
Je suis le silence qui parle à la terre
Je suis les pleurs qui agonisent à l'infini
Je suis l'île qui accueille les faux départs
Je suis l'asphalte de l'amour désemparé
Je suis la clairière d'un triste pouvoir
Je suis l'arme qui annihile le passé
Je suis l'écran qui cache les mots
Je suis la lumière qui cogne
Au coeur de l'émoi tendre et chaud
Je suis le désespoir qui rogne
Les attentes dénudées du coeur
Je suis la tentation déchirante
Je suis la fièvre qui allume la passion
Je suis l'absence impertinente
Je suis le crépuscule de la raison
Je suis la démesure dans le charnel
Je suis l'exil de l'esprit
Je suis la flétrissure dans l'irréel
Je suis le déchirement de la vie
Je suis le feu qui consume
Le brasier de ton regard
Je suis cette pauvre plume
Qui écrit pour toi, trop tard

 

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nouveau  mars 2015

© Sedna

 

Sable


Quand l’harmattan maraude entre les dunes
L’aube renaît dans l’âtre du désert
Des gerbes sablées caressent la lune
Offrant le bruit en guise de concert



Entre deux djebels tournoie la poussière
Un silence s’accroche aux doigts des regs
Le matin s’immole sur sa civière
Et s’éloignent déjà les touaregs


Au sol un mirage fatigué baigne
Les oasis oubliées de sa torpeur
J’entends le cri de l’horizon qui saigne
Le long des fossés d’ombre et de malheur


Des bouts de ciel rapiècent leur tenture
Roussie par la soumission à ce néant
La braise ressuscite la morsure
Seul le soleil debout semble vivant


Pendant que l’élixir des inconsciences
Distille l’heure clouée sous les grains
Les cœurs entretiennent leur apparence
Un cactus éclot dans le jour sans tain

 

 

 


Comme le printemps


À caresser la neige qui se fane
Sur la rambarde du ciel amaigri
L’hiver laisse partir sa caravane
Entre collines et chemins fleuris


Au cœur du temps un frisson se réveille
Brode des rêves aux lampions du jour
Toute voile dehors, le temps faseille
Et semble vouloir nous faire la cour


Tout proche sous la bise en filigrane
S’effeuille le sel des nuits en lambeaux
Une lune en habit de courtisane
Range dans la penderie son manteau


Les coupes de givre sont ébréchées
Laissant deviner les premiers bourgeons
Dans l’errance les ombres décimées
Conspirent mais s’enfuient de l’horizon


Si la lumière perce les nuages
Sur les eaux vives des constellations
Les heures s’affolent et leur ramage
Se vêt d’odeurs de printemps à foison

 

 

Billet doux


L’heure qui rode dans le vent
Emporte nuit et crépuscule
Sur ses ailes tissées d’argent
Le rêve devient libellule

Au verso des journées aphones
Je cueille le carmin du soir
Le temps n’est jamais fini et trône
Sur des soieries ourlées d’espoir

Entre les ombres j’ai trouvé
Des silences où je griffonne
Des mots et le ciel déserté
S’allume enfin et fanfaronne

Ma pensée apprivoise ton cœur
Et fuit par delà les ratures
Soulève un alphabet en sueur
Pour renouer avec l’écriture

J’accoste alors sur ton ilot
Avec des malles de promesses
Entre les pages mon rafiot
Amarre une encre de tendresse


Si toutefois ce doux billet
Était recouvert par l’écume
Je cacherais dans mon corset
Les derniers sanglots de ma plume

 

 

Le vent du large


Le temps se penche sur ma balustrade
Il pleut des nuits sur le toit des étés
Un silence virginal fait l’aubade
À la neige des rendez-vous manqués


En cet instant où l’attente toussote
Je ferme mon regard sur le hoquet
De la lune qui dans son coin ballote
Des soupçons d’éternité sur son rouet


L’obscurité s’ébroue sur sa paillasse
Seul un soupir habite mon cerveau
Giflant l’heure blafarde qui trépasse
Les hivers déboulent sur mon bateau


Quand l’aube panse ses plaies et refuse
De mourir les champs de coquelicots
Défroissent leurs jupons comme une ruse
Quelque chose vient rejoindre les mots


Et je couds sur l’édredon de mon rêve
Ces phrases emmaillotées dans le noir
Le jour viendra garantissant la trêve
En ôtant sa camisole à l’espoir


Le vent du large emporte mon message
Vers cet archipel d’étoiles perdues
Là où sur le grand lac du ciel un nuage
Contemple les comètes suspendues.
 

 





Regard


À la lisière du froid l’impatience
Ébrèche les gerçures de l’hiver
C’est comme un incendie dans le silence
L’eau brûlante crépitant sur le fer


Entre les rais lumineux de l’orage
Résonne l’écho des jours offensés
La nuit veut s’évader loin de sa cage
Quand l’amour s’endort dans ses draps froissés



Au bout du vertige sur ton rivage
Je m’en vais cueillir les flocons du vent
Le cœur imbibé de mots je partage
L’horizon où s’installe ce moment


Tu as dans les yeux des pluies d’étincelles
Qui tapissent les nuages en sommeil
Et allument des astres les chandelles
T’ai-je dit que tu es un grand soleil


J’écris ton nom sur la peau des murmures
L’encre au bout des doigts rapièce l’ennui
Un châle déposé sur mes blessures
Je cours vers le ciel où tu t’es blotti






 

Cocagne

Dans la paume des océans inconnus
Sommeille le souvenir de la brise
Les papillons de nuit se sont perdus
Dans la cendre que le blizzard attise

Entre deux silences s’échoue la vie
Mais au creux des serments en dissonance
Le temps a bu les sanglots de la pluie
Et effacé les traces de l’enfance

Seul un frôlement de ciel accroché
Au halo roux de la lune ordinaire
Éclaire chaque recoin du passé
Et le transforme en nid imaginaire

Le regard tourné vers l’autre versant
Tu voles vers la cime des montagnes
Pour atterrir dans le ciel rougeoyant
Où les étoiles sont pays de cocagne

Quand bien même souffle un vent de noroît
Tu peux escalader tous les étages
Déposer ta valise sous le toit
Où caquètent en chœur de jolis nuages


Alors en un geste sur l’horizon
Déchire les pans d’ombre et d’amertume
En libérant la poésie des saisons
Tu peux réchauffer ton cœur dans la brume

 

 

 

Les Absents


Dans les couloirs de nuit je déambule
Quand la nostalgie se vêt d’un carcan
Je reste debout tel un somnambule
Qui lit sans cesse le même roman


Sur le trottoir de l’ombre le silence
Picore sans faim les pleins et déliés
Même si l’aube veut taire l’absence
Les draps du passé ne sont pas repliés


Les fenêtres claquent dans la mémoire
De sa main décharnée le temps écrit
Les complaintes où se loge l’histoire
Pour se souvenir que rien ne finit


Et toutes ces voix et tous ces visages
S’agrippent à l’écorce des matins
Leurs histoires posées sur les nuages
S’égouttent sur le jour tel un crachin


Mes pensées errent dans le cimetière
En voulant retenir l’inachevé
Pourtant le vent connaît une clairière
Où déjà des rameaux de vie sont nés


 





Rémanence


Ma plume figée sur les commissures
Du sommeil veut sortir de sa torpeur
Quand le jour au chevet de l’écriture
Secoue chaque page dans la douleur


Même si la feuille blanche grelotte
Le buvard protège l’inspiration
Sur le sentier où traîne sa roulotte
L’imaginaire paiera la rançon


Sur les ailes des étoiles infuse
La rime repue d’encre et d’illusion
Et la poésie cherche encore sa muse
Quand les mots s’envolent de leur prison


Dans sa carlingue glacée de silence
Le verbe se dresse pour respirer
Près des grottes sombres de la conscience
Les consonnes veulent bien conspirer


Dans l’éboulis de mes abécédaires
Les voyelles continuent de grandir
Comme des fleurs dans un jardin précaire
Où l’ombre fatiguée s’en va mourir


 

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MARS 2013

 

 

 

Coquillage

L’aube s’est recroquevillée sous son édredon de nuages
Comme mon cœur abîmé dans l’océan tiède de tes bras.
La pluie au petit matin égrène ses soupirs sur les toits
Et dans l’insouciance, distille sa caresse sur le feuillage.

Pourtant, l’heure se faufile dans l’étau de la grisaille
Se jouant des étreintes silencieuses des petites étoiles.
A fleur d’écume, les impossibles murmures tenaillent
La journée qui se dresse, incorruptible, sur ma toile.

Le vent se lève maintenant et chasse la dernière ombre.
Tout en frôlant tes pensées de porcelaine, je m’installe
Sur la grève où des mouettes se sont posées en nombre
Déchirant la soie du silence avec leur éphémère récital.

Reviendras-tu au crépuscule, t’égarer sur mon passage
Même si le ciel continue de se chamailler avec l’océan
Je garde pour toi, dans ma poche, de jolis coquillages
Qui te raconteront l’histoire tendre de deux amants.



07/2012

 

 

 

Crocus

Au soir, je vole les étoiles qui bercent
Ma complainte et dans la nuit chavirée
J’écris ce texte où le silence traverse
Les mots froids comme pour se confier.

En arrière-plan, le ciel affolé projette
Des reflets de neige sur les arbres nus.
A nouveau, l’hiver part à la conquête
Des nuées avec son accolade bourrue.

Et, Le givre pose son ruban anthracite
Sur la fontaine privée de son eau claire
De son palanquin déchiré, ne ressuscite
Que le souffle du vent encore en colère.

Dans une bouffée de grisaille, palpite
La plume, couchant son encre blanche
Sur l’heure qui pourtant se précipite
Au chevet du jour, pour sa revanche.

A imaginer l’odeur du printemps à venir
Les crocus sortent de mes yeux fermés
J’aimerai tant les garder dans ce soupir
Que m’adresse la bouche de l’éternité.
Sur le papier, la chimère s’est reposée
Mais le matin là chassera vers le néant
Il lui faudra alors partir à pas feutrés
Vers l’ombre où personne ne l’attend.

 

 

 

 

 

 

Plus rien ne bouge dans le désarroi du temps.
Même l’océan sommeille à l’ombre du phare.
Sur le chemin qui mène aux marais salants
La pluie s’agite pour embrumer le regard.

J’entends dans le loin grimacer la chrysalide
De la lune ronde qui semble fuir l’obscurité.
Le ciel voudrait allumer ses bougies timides
Mais les tisons sont froids dans sa cheminée.

Te dire mon silence intérieur qui bâillonne
Le mot écrasé sur le sable vert de l’intime
Ne chassera pas tous ces requiem aphones
Il pleut des ténèbres jusque dans la rime.

Entre les dunes, serpente un vent orphelin
Il me parle de toi et je flirte encore souvent
Avec ton ombre posée sur la nuit sans tain
Je t’ai suivi jusqu’à l’épilogue de ce roman.

Seuls mes pas crissent entre les fougères
Césures incertaines au bout de cette plage
Pensées inaudibles, il vaut mieux se taire
Pourtant, de notre livre, se tourne la page.

Longtemps immobile, ma coque intérieure
Vogue vers la parenthèse de ton grimoire.
Dans l’écho de l’âme, ressuscite ton cœur
Comme le font les étoiles tous les soirs.


Entre les dunes 11/2012

 

 

 

 

 

Comme une cascade caressant le seuil
De la nuit, l’obscurité naissante déroule
Ses draps humides aux tons demi-deuil
Pour envelopper l’écriture qui s’écoule.

Ainsi, jusqu’aux murailles des tourments
S’allonge l’ombre des bruissements d’hier
Par crainte de faillir aux anciens serments
L’encre s’est assoupie dans la poussière.

En filigrane sur les dunes abimées du jour
Un couple de gerfauts aux ailes abîmées
Effeuille encore les marguerites de l’amour
Dans le trouble des promesses de papier.

Plus loin, sur des édredons de blancheur,
Une étoile éclaire le sablier invisible qui
Vide son écume sur les rêves de bonheur
Avant qu’ils ne soient chassés dans l’oubli.

Dans le silence, s’inscrit cette mémoire
Impossible vibration libérant les chemins
Sortis du néant pour façonner l’histoire
Et l’entraîner dans un voyage clandestin.

Il est des mots comme la lumière du ciel
S’y lover est un refuge loin du quotidien
Il faut juste trouver la bonne échelle
Pour grimper les étages jusqu’à demain.


10/2012 Filigrane

Note : les gerfauts sont des faucons qui s’unissent pour la vie et qui ne changent pas de territoire.

 

 

 

 

 

J’entends la porte de mes souvenirs grincer
Mais il est impossible de faire marche arrière.
Mon esprit ressemble à une terre déchirée
Soumise au temps et à des vents contraires.

L’ombre du soir a creusé de vieux silences
Où se sont échouées les voix d’êtres aimés
Les cartes postales, sur la table de l’enfance
Errent sans but dans la lueur d’un ciel défait.

Même les étoiles vacillent dans les coursives
De l’infini, là, où les hivers ont ridé les nuages
Les embruns noircis des tempêtes successives
Brûlent l’horizon et tournent toutes les pages.

Pourtant, au levant d’un autre jour, se lézarde
La poussière entassée sur les étagères intimes
Même la rose déposée sur les tombes, cafarde
Et enlace les bruits venus de la vie qui s’exprime.

Déjà, la feuille blanche de demain se déroule
Laissant à la lisière des pensées, la nostalgie
Quelques sanglots suspendus dans la houle
Iront se perdre sur l’album des photos jaunies.

A la crête de l’aube, la lune abandonnée en vain
S’endormira sur d’invisibles soieries et au ciel
Qui n’oublie rien, je ferai un signe de la main
Avant de fuir cette absence qui m’écartèle.

Huis clos ( en hommage à mon père disparu le 6/03/2012 )

 

 

 

Alors que l’été cherche à improviser
Sur la poussière de toute sa moisson,
Des arabesques pour ne pas s’envoler
Le vent cueille un nuage sur l’horizon.

D’ombre à lumière, s’étire l’éternité
Balayée par les vents de mille saisons.
Et je cherche un silence en priorité
Pour poser mes notes sur la partition.

L’envol des feuilles dans le crépuscule
Caresse sans retenue les rides du temps
Envers et contre la vie qui me bouscule
J’étreins le mot au chevet du présent.

Et sanglote le jour à user ses galoches
Sur un agenda où les mois interpellent
Le futur dont l’encre, déjà, s’effiloche
Et tourne en rond dans son carrousel.

Attisée par la résonance des souvenirs
La plume remplace nostalgie par espoir
A même l’horizon qui ne veut pas vieillir
J’accueille l’impuissance de la mémoire.

Derrière les volets clos du petit matin
La nuit décomposée craque l’allumette
Incendie les possibles de loin en loin
Juste pour faire pousser les violettes.

La poussière des moissons 01/2013

 

 

 

 

 


L’horizon s’empourpre, la nuit sort de son repaire
Et pique ses banderilles dans le soleil agonisant
Encore une journée qui va fermer ses paupières
Pour s’endormir à jamais dans les draps du vent.

Là où la neige des heures tisse son voile cristallin
Le pas du temps s’inscrit sur le gravier sans âge,
Dans la clairière des cieux, s’enflamment l’essaim
Des perséides, ces étoiles filantes au joli corsage.

Bercées par un clair de lune à la vapeur cendrée
Les planètes ont emprunté leur toilette à falbalas
Comme pour aller danser ce soir parmi les nuées
Emportées dans le flottement de tous les pavois.

Au ras des dunes, le mirage fourbit les espérances
Fait grandir des boutures d’étincelles toutes dorées.
Le compte à rebours s’emballe dans l’impatience
Vite, faisons un vœu avant de rejoindre l’obscurité.

Dans la ruelle du ciel, une chouette colporte le son
D’une rumeur, pour peupler le silence du temps.
Si l’éternité s’ennuie, l’éphémère devient maison
En abritant les frêles ombelles des rêves d’antan.

Dans l’avènement des feux de nuit, il faudra partir
Pour ancrer l’aube de nos destins à d’autres regards
Sur un chemin d’étoiles, une luciole vient nous dire
Que les coquelicots ne meurent pas dans la mémoire.


Les coquelicots de la mémoire 08/2012



 

 




Je vis sur la lande infidèle où ne poussent
Que dunes de sable décorées de chardons.
Au loin, un mirage appelle à la rescousse
Pourtant, sous mes pas, craque l’horizon.
Au-dessus, le soleil réchauffe le silence
En livrant sa chaleur au seuil d’un nuage.
L’incendie marque de son fer la résidence
De ce ciel cousu de cicatrices et soulage
Les étoiles parties se reposer sur la grève.
Alors, mon esprit divague sur les brûlures
Oubliant sa soif pour cajoler chaque rêve
Loin de la réalité ombrée de ses blessures.
Dans la flânerie, l’heure s’agglutine encore
Pour rappeler que le chemin de cendres est
Escarpé et que la chimère est un anticorps
Pour s’enfuir avant l’instant soit déjà passé.
Dans mon éclipse de sommeil, les fumerolles
Comblent le vide des souvenirs en souffrance
Ecrivant en gros l’espérance sur la banderole
De mon destin, qui se cherche dans l’errance.
 

  Nomade 06/12
 

 

 

 

 

 

On dirait qu’il va faire beau

Le long du sentier de lune, pousse la chimère
Cette plante aux pétales chargés de mémoire.
Tel un rêve qui ne sait pas fermer la paupière
Elle traque les heures qui enfantent l’espoir.

Pourtant, la dernière étoile rentre au bercail
Vaincue par l’insomnie et les frissons du passé.
La porte du silence s’ouvre sur l’éternel sérail
Oubliant sur le seuil une aube gorgée de rosée.

Au loin, dans la farandole de l’éventuel matin
L’obscurité s’étire et s’évapore de chaque lit.
La pensée racle les tiroirs et cherche un butin
Dans les cendres toutes chaudes de cette nuit.

Si l’inéluctable héberge le cauchemar sans fin
Il faut affronter le crachin de ses exigences
On se lasse de n’écouter que son seul refrain
Echappons nous avant la venue de l’ambulance.

Peut-être que l’imaginaire qu’il faut tisonner
Sous le velours blême des nuages conspire déjà
Pour réconforter le jasmin des chemins oubliés
En allumant des étincelles dorées sous nos pas.

Alors, sous la pale lueur du soleil, le jour brode
Ses camaïeux et le temps en oublie tous ses mots
L’heure d’hiver au ventre vide part en maraude
Mais ce matin, on dirait bien qu’il va faire beau.


11/2012

 

 

 

Quand l’hiver est là 11/2012

Une étoile vogue sur l’horizon
Frémissante dans son corsage.
Elle regrette déjà les rayons
D’un soleil parti en voyage.

Dame lune parade et s’étire
Telle la reine dans les nuées.
Son croissant vient se blottir
Dans le nid blanc de l’éternité.

A attendre l’éclosion d’un rêve
Elle s’est lassée et ce silence
Qui refuse d’abdiquer achève
La chimère mise en confiance.

Le jour se fait voler sa lumière
Par l’ombre avide de crépuscule
Et le ciel tombe jusqu’à la mer
Les nuages gris se bousculent.

Une saison de neige pianote
Sur les cordes fragiles du vent.
A peine ébauchées, des notes
Se brisent sur l’archer du temps.

Alors que décembre grelotte
L’hiver vole les dernières roses
Et dans le satin du soir, papote
Viens, on va faire une pause.

 

 


mars 2012

 

 

Brumaire

J’emprunte à l’après-midi, la lumière du ciel
Pour habiller les nuages parés de crépuscule.
Pourtant, l’ombre allongée joue à la marelle
Pour accrocher sur l’horizon ses tentacules.

Jusque là, j’étais endormie dans la chimère
Mais un temps d’automne cogne à la vitre
Fabriquant des cernes à l’agenda brumaire.
Les feuilles mortes volent sur mon pupitre.

L’encre a profané les chemins de traverse
Devant le calvaire, s’est arrêté le verbiage.
Les échardes du froid deviennent averses
Et sur les arbres nus, le gel distille sa rage.

Jusqu’à plus soif, on fait durer l’espérance
Mais sous l’écume fiévreuse des nos fronts
Se cachent les jours monotones et rances
Emplis de tristesse en guise de moissons.

Le reflet du vent sur la corne des pensées
Ne balaie pas les saisons crépusculaires.
D’aucuns diront que cette vie est belle et
Qu’il faut positiver même en plein hiver.

Si facile quand tu ne vis pas la sinistrose
De balancer des arguments à deux balles
Rien ne changera pour celui qui implose
Il essaie de renaître entre chaque rafale.

Toute prison qui s’appelle solitude, faim
Mort, .., nous emmène vers le cimetière
Où reposent les ailes abîmées du destin
Là, le printemps ne fleurit pas la pierre.

Parfois, poussent dans le jardin poétique
De jolies roses comme une ode à la joie
Et du lilas au chèvrefeuille, se fabriquent
L’odeur de l’amour pour rester encore là.

 

 

 

Au noir de l’ombre, cingle le pas des nébuleuses
Soulevant la poussière aride des déserts de nuit
Jusqu’à la morsure de ces vagues qui creusent
Le sable des rêves, le temps se dérobe à l’infini.

Pour marcher dans l’inconscient, il faut franchir
L’inquiétude troublante d’être quelqu’un d’autre
A l’aplomb des brumes hautes, chaque menhir
Des esprits, cache l'insouciance qui se vautre.

Du côté des souvenirs, placarder la mémoire
Pour en extraire les jours de suie, l’émotion.
Le vent du ressenti console parfois le regard
Pendant que se froissent les contradictions.

Derrière mon front, suintent d’autres orages
Entre les espoirs balayés par mille tempêtes
J’ai pourtant construit une ville où le courage
Dompte la courbure de l’horizon sans tête.

Hier est parti, laissant choir sa traîne aux pieds
De l’attente, ratissant toutes les éclaboussures
Des amours brèves, accablées de mots muets
Je vais m’allonger au seuil de mes blessures.

Plus obscur encore que les silences, le raffut
De mes ruines s’incline sous chaque barbelé
Ce chant funèbre qui lapide mon cœur déçu
Renferme dans son urne toutes mes plaies.

Demain se présente déjà au calendrier lunaire
Une guirlande d’étoiles déroulée dans le sapin
Floute les tourments, les ballottent jusqu’à terre
Réconciliant dans le provisoire, le petit matin.

Si je devais jeter les cendres lapidées en pâture
Pour inviter l’espérance dans la boule de cristal
Je le ferai en offrant le pistil d’autres murmures
A la tiédeur de ta colline où chantent les cigales.


La colline aux cigales ( sept 2011 )


 

 


A l’angle des saisons, je dérive sans fin
Histoire de braconner un autre printemps
Sans même une promesse pour demain
S’envole l’hirondelle dans le glas du vent.

A peine si la furtive caresse automnale
Fixe sur mes cheveux, l’odeur du temps
Et pourtant, comme un présage, le bal
Invite à ses farandoles les cerfs-volants.

Des tourbillons de feuilles abasourdies
Virevoltent et s’effondrent sur le trottoir.
Les rues désertes sont vêtues de pluie
Il fait si froid au fronton des mémoires.

A l’orée de plusieurs nuages, s’installe
La parenthèse chiffonnée de l’agenda
Oubliant le festin de l’heure qui s’étale
Sur la paupière de l’éternité sans voix.

La rouille a drapé les feuilles de vigne
Déjà, s’enfuit le dernier rai de lumière
Ma plume s’affaire sur quelques lignes
Comme pour éviter le givre de l’hiver.

Là où je pose l’empreinte de ce texte
S’enfonce la lame de mes tourments
Telle la nuit s’enferme dans son silex
Le cri de l’aube oublie le rêve d’avant.

Pour résister à l’inexorable qui cendre
Le gris, j’invente d’autres peccadilles
Aux nasses décousues, il faut rendre
Les mailles de mon énergie qui vacille.

Juste trouver une étoile pour accrocher
L’écho de mes paroles et filer ailleurs
Dans le ciel en pagaie, je sais un été
Qui commence à pousser sa clameur.

Braconnage 09/2011

 

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Café gourmand

Au jardin, le jour s’éloigne du vieux figuier.
Plusieurs cotonnades de nuages s’enlacent
Dans les flaques de l’automne déjà arrivée.
Le chat, indécis, se repose sur la terrasse.

Près du lac du ciel encombré de nénuphars,
J’accepte une invitation à dîner des étoiles.
Quelques mignardises et il n’est pas si tard
Pour s’enivrer de rêves et mettre les voiles.

A l’affût de ces minutes allégeant l’éternité
Je cours très vite dans le couloir de la nuit
Les deux aiguilles n'arrêtent pas de tourner
Sur la pendule ressemblant à une toupie.

Une envie de tituber en ta bouche ouverte
Réveille mes mots et mes sens engourdis
Dans les reflets tièdes de ta peau offerte
Se mirent les écailles d’un soleil endormi.

Mes soupirs semés au gré de tes caresses
S’enrubannent dans le nid de ton épaule.
A l’orée de mon âme, s’invite la tendresse
Elixir aux senteurs douces dont je raffole.

C’est aux moissons du jour que se tisse
L’étoffe mutine des espoirs éphémères
Mais, le sablier tourne de côté et hérisse
Ses fantômes comme une vieille colère.

Les chuchotements de l’aube s’enivrent
De frissons de givre même pendant l’été
Un trait de sucre dans la tasse et le livre
De nos vies tourne les pages abimées.

Reviendra-t-il le soir où sous la couette
Nos cœurs s’habilleront de sérénité
En pensant que demain sera chouette
Car un véritable bonheur y sera gravé.

 

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Puzzle

Loin du seuil où tremble l’incertitude,
Existe un jardin aux rhizomes portant
L’odeur des herbes vertes et sauvages.
C’est une place accueillant la plénitude
Une lande de ciel entre terre et océan
Balayée par des vents de libertinage.

Sur cet ilot où les rêves fredonnent
Des mots apprivoisés, la lune bleue
Pose ses flocons à fleur de la roche.
Les fantômes de la nuit ronronnent
Improvisent un rire en guise de vœu
La grande ourse traine ses galoches.

A la lisière d’un nouveau crépuscule,
Le rire des étoiles comble le silence,
Le velours des feuillages se froisse.
La brise chargée d’embruns bouscule
Le jour d’après en pleine somnolence
Et enfin, oublie ses vieilles angoisses.

Il faut s’asseoir à la source du temps
Enlever son armure abîmée par l’âge
Caresser le soleil rond de l’imaginaire
Chasser chaque ombre dans le néant
Et gravir l’escalier jusqu’à cet étage
Où le vertige est complice de l’hiver.

A cette heure suspendue à la falaise
De l’avenir, le ciel prête son épaule
Simplement pour réchauffer la brume
Au loin, le clapotis d’autres fadaises
Invente le jour et sort de sa geôle
L’inachevé se perd dans les brumes.

01/2012

 

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Parfois, je suis ce désert inutile où la rosée
De l'aurore n’étend même pas ses bras
Pour éviter le souffle de l’harmattan glacé
Juste un sol assoiffé, un pays de non droit.
Parfois, les nénuphars du jour me parlent
Et j’hérite de promesses tièdes pour croire
Que la carte du destin peut être changée
Sans avoir à colorier le tain de mon miroir.
Parfois, l’ombre se vautre dans la nostalgie
Atrophiant le cœur prisonnier de chimères.
A fleur de mots, les parenthèses sans vie
Ouvrent le passé et tombent dans l’ornière.
Parfois, je cours le long des routes bleues
Franchissant les cols, en quête de l’absolu
Mais la brume mélancolique des désaveux
Chevauche, impudique, le songe mis à nu.
Et, je couds sur le temps chargé de solitude
Des alizés d’espoir pour mieux m’envoler
Tout en dirigeant ma girouette vers le sud
Pour oublier les caprices d’un ciel déchiré.
Puis, j’essaie de choisir dans la providence
Entre le crépuscule et les jours en jachère
Les pâturages de soleil même si la distance
Paraît longue avant d’atteindre la lumière.
Si, sous la pierre, s’est réfugiée l’inquiétude
C’est parce que les saisons se sont usées.
Sous le linceul givré de toutes les certitudes
Gisent les lambeaux des rêves de ce passé.
Dans le plomb du rideau, je cache l’espérance
Pour éviter qu’elle n’ait envie de s’échapper
Dans les méandres d’une autre malchance.
Parfois, j’aimerai qu’elle ait envie de rester.

Parfois 01/2012

 

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Lutte

Tel un mot sur mes lèvres, s’envole l’éphémère
Lâchant dans l’impatience, sa douce impudeur.
C’est un craquement dans le feuillage du cœur
Qui éveille le coquillage assoupi sous la pierre.

Quand le ciel ouvre la porte au jour démaquillé
L’amour expire les souvenirs installés en vain.
Dans la mémoire où s’effiloche l’ultime embrun
L’eau de la rivière s’évapore et la parole se tait.

Comment être complice avec les pages raturées
Au début du thème, tu rates la correspondance
Sur le quai vide, les regrets chantent au silence
Qu’il est trop tard pour allumer les feux de l’été.

Confidence pour confidence, je relis nos romans
Derrière toutes les pages où se cache la nostalgie
J’imagine un mur couvert d’une vieille tapisserie,
Comme une encre jaunie par ce maudit temps.

Tu peux essayer de prier la lune et chaque étoile
De déposer sur les nuages, des lettres d’espoir
Goutte à goutte, les années vident leur baignoire
Et l’éternité qui ne veut pas mourir met les voiles.

Jusque dans nos tiroirs où s’est réfugiée l’enfance
Je cherche la réponse mais le matin me rattrape
Nos chimères gisent dans la soie et s’échappent
Les prières accrochées aux liens de la providence.

Par-delà les frontières du vécu, l’impossible s’étire
Même le pont suspendu au-dessus de la jeunesse
N’existe plus et si l’espérance a changé d’adresse
Il faut vite marcher vers l’est avant de s’endormir.

Dans le fatras des ronciers, la révolte me ment
J’inspire à l’ombre d’un désert, le souffle glacial
Du vent qui est mien, un peu de blue’s au moral
Pourtant, il faut résister envers et contre le temps.


 

 



Équinoxe


Une étoile frôle la barge de l’équinoxe
Avec pudeur, le ciel change son reflet
Pour éviter que s’installe un paradoxe
Sur l’écran de cette nouvelle matinée.
Sans hâte, le nuage gris se défroisse
Abandonnant sur les seuils inhabités
De la froidure, son informe carapace.
Entre les pans de la lumière échouée
Les larmes de l’hiver se cristallisent
Au coin de la rue, s’échappe l’ennui
D’un coup, le platane qui culpabilise
S’ourle d’un petit duvet plein de vie.
L’essaim du vent pose sur le paysage
La soie d’un sourire et nous réconcilie
Avec l’horloge qui reprend du courage
Pour tricoter les heures dans l’envie.
A l’amour qui croise d’autres hasards
J’ai envie de dire que la rivière prend
Sa source entre les plis des histoires
Là, où le cœur n’est plus transparent.
Sur le chemin de nulle part, mes pas
Aimeraient changer de destination
Comme pour s’affranchir de la voix
Qui me raconte que tout est illusion.



 

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De la guerre et de la paix

Sous des cathédrales d’absence, le souvenir
Eclabousse de son image tordue, le miroir,
Telle une ruine où il faut encore interdire
Les allées bordées d’arbres de la mémoire.

Par-delà les champs glacés des vieux hivers
Serpente un rai de soleil, juste pour allumer
Le feu des regrets dans le foyer en pierre
Au cœur de ce paysage si distant et oublié.

A l’aplomb des collines roses du jour, erre
Le souffle du présent timide et souffrant
Si les orgues d’antan repartaient en enfer
Il pourrait grandir dans l’ombre du vent.

Comment échapper au tourbillon austère
Qui entraine chaque pensée dans la peur
Au loin, j’entends toujours cette guerre
Qui mûrit sans vergogne au fond du cœur.

Le nom que tu donnes à ton Dieu importe
Peu si tu le pries d’engendrer cette paix
Qui a déserté le monde et encore avorte
Au nom d’une religion qui a tout oublié.

Mes châteaux de sable se sont effondrés
Une mer de sang balaie sans arrêt l’espoir
Les larmes arrosent les avenirs morcelés
Et les ténèbres déploient leur étendard.

A l’horizon du temps nouveau, j’aimerai
Inventer la lumière des mots dans le ciel
Planter un grain d’idéal dans le roncier
Et le regarder envahir toutes les ruelles.
 

 

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août 2011

 

Brindille

Brindille d’amitié
Déchire le rideau de la nuit
Pour enfin éclairer
Les nuages d’une autre vie.

Brindille d’amour
Crépite dans l’âtre du cœur
Eclate sans retour
Dans les chemins du bonheur.

Brindille de volupté
Pare le corps de nébuleuses
Une envie d’arrêter
Le temps, illusion enjôleuse.

Brindille de regrets
Distille ses mots lancinants
Enserre le passé
Dans un tumulte incessant.

Brindille de nous
Tressent des liens d’ombre
Un souvenir fou
Craque l’instant qui sombre.

Brindille d’étoiles
Egarée sur la cime de l’été
Frémit et se dévoile
Telle une pensée éthérée.

Brindille d’éternité
Chiffonne son vieux foulard
Réinvente le passé
Et l’enferme dans son tiroir.

Brindille du futur
Déchiffre sa page blanche
Adossée au mur
De probables avalanches.


Note : Les brindilles sont imprimées sur nos mains, nos joues,  même la joue malade,
et jusqu'au soir nous aurons l'air d'avoir dormi entre l'époque tertiaire et l'époque quaternaire.
- Jean Giraudoux


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Billet doux

Au carmin du soir, j’ai cueilli
Ton sourire comme un bijou.
Sur mon carnet, j’ai inscrit
A la page des rendez-vous
Rencontre avec le frisson.
La nuit fauve veut me flatter
Dans le repli des émotions,
Etreinte d’ombres délavées.
Contre la paroi du monde
Envers et contre l’attente
Se devine l’écriture ronde
De cette histoire galante.
Je perds volontiers le nord

Dans le charme de l’idylle.

Une envie d’aimer si fort

Blottie contre toi, mon île.

J’accoste sur ton rivage

Un édredon où mes mains

Repèrent chaque passage

Où scintille déjà demain.

Mes malles de caresses

S’ouvrent sur ton océan

Distribuant leur richesse

Comme à un mendiant.

 


Dans la fusion des désirs

S’entend l’heure qui rode

Faudrait-il déjà en finir

Oublier que nos antipodes

Tissent la brume du ciel

Pour en extraire le silence

Et qu’éclose la ribambelle

Des plaisirs en cadence.

Je vais ranger le crépuscule

Dans le tiroir habillé de nuit

Choisir d’être somnambule

Pour te goûter à l’infini.

Et je distillerai ton nectar

Dans le vase de l’impudeur

Jusqu’à la lie des hasards

Pour me vêtir de ta chaleur.

Sur le vent, je dessinerai

Le parfum de ton corps

Et il l’emportera à jamais

Sur ses ailes tissées d’or.

Pour me souvenir en exil

De tous nos vagabondages

Le silence sera mon asile

Avant de tourner la page.
Dans l’errance de nos vies

Vibrera la soie de ce billet

En jetant tous les interdits

Dans la lumière d’un baiser.




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Sur la crête des astres, l’écaille d’un noble silence
Vibre, et le long des buissons de la nuit, s’échoue
Le chant du vent, fatigué d’imposer sa résonance.
Loin des portes du temps, une aube rose s’ébroue.

L’horizon se fissure et émerge un soleil provisoire,
Juste un reflet sur la mer pour étourdir la pensée.
Pourtant, les heures mises en jachère, au hasard
De nos songes, réclament la vie après l’obscurité.

Il suffit peut-être d’inventer l’oasis dans la paume
De l’esprit, déchirer la flanelle des regs solitaires,
Chasser l’écume des plaintes qui couvre le dôme
Des faux chagrins ancrés au jardin des prières.

Si nous allions secouer les épouvantails basanés
Par l’oubli crépusculaire, faire revivre les étoiles
Extraire le limon des lunes dans ce rêve inhabité
Pour enfin nourrir nos paroles et hisser les voiles.

A la source de l’étoile filante, j’ai puisé ce poème.
J’ai séché l’encre à la tiédeur de baisers charnels.
A force d’attendre, le sable a effacé les je t’aime.
Pourtant, dans le nid de mon cœur, ils t’appellent.

Si tu venais, toi aussi, te perdre dans l’éphémère
Je pourrais t’emmener sur une autre voie lactée.
Dans l’absurdité de ce que sera demain, la pierre
De nos âmes serait réchauffée avant d’être usée.



Avant demain




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Aube mimosa


L’hiver égare son vacarme dans les ornières
Espérant du brouillard, des sanglots fertiles
Pour brouiller la piste et laisser au vestiaire
Les cantates du matin sortant de leur asile.

Du sein de la nuit, s’échappent des syllabes
Vêtues d’une armure de silences compassés
Pour écrire une nouvelle journée à la barbe
Du temps assassin et de sa course effrénée.

Sur la branche de l’aube mimosa, est assise
L’ultime étoile comme une neige débraillée
Tandis que la dentelle givrée des vents irise
L’ourlet des plaintes suspendues à l’éternité.

A cette heure de transhumance, le manteau
Des rêves oublie le temps, enfile son jupon
Pour aller danser au bal de février nouveau,
Chrysalide accrochée au flanc de la saison.

Autour de l’impatience, s’arrondit l’horizon
En vagues lourdes, les caresses de l’aurore
S’écoulent sur la crête du soleil en bouton
Offrant leurs embruns à la lune qui s’endort.

A fleur de terre, le printemps neuf me salue
J’écoute sous la morsure de l’écume sa voix
Claquement sur l’arc de l’obscurité révolue.
Aujourd’hui, les jonquilles gomment le froid.



 

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Tango


Dans la brise légère, j’entends les flonflons
Qui, sur le vieux parquet ciré, font claquer
Les talons aiguilles et les intrépides jupons
Falbalas et lumière, à la musique, accordés.
La nuit épurée enchante les corps enlacés,
Odeur de sensualité impudique dans l’air
La femme sans détour, ouvre le décolleté
Pour éblouir le regard de son partenaire.
Comme un fluide qui déverse son poison
Dans toutes les veines chauffées à blanc
La danse outrepasse ses droits sans façon
Caressant les âmes des futurs amants.
A la faveur d’une belle chute de reins
La main exige que les pas fusionnent
Les heures réglées au tempo argentin
Dans l’âtre de l’obscurité, tisonnent.
Les dernières résolutions perdent foi
A la frontière d’une chaude volupté,
Il suffit de peu pour franchir le pas
Pour être à son partenaire, enlacé.
Encore un tour de piste pour retenir
Une épaule, une main, des aveux
L’orchestre s’arrête au bord du désir
Tango, je te réclame, je te veux.


 

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Divagation

Exilées sous l’alphabet obscur de l’hiver
Dorment les scories des songes oubliés.
Lâchant le vertige du chemin séculaire
Le temps se mire dans l’encre délavée.

Dans la nef du ciel, monte un requiem
Comme une plainte sculptant les nuits
Pendant que le rêve en plein dilemme
Affiche sa peine au fronton de la pluie.

Ce n’est qu’un nuage plié sous le roulis
De l’éphémère épuré, une consolation
Avant de se jeter dans le vide de la vie
Un phrasé où meurt une autre émotion.

Sur le sentier transparent qui me mène
Vers l’aube d’un demain gris d’abandon
J’écris encore des mots où se trainent
De vieux espoirs épuisés de résignation.

Quand la crue de l’obscurité disloque
Les alluvions de l’aurore en bohème
Discréditant l’écriture qui soliloque,
De petits mots s’amarrent au poème.

Où se croisent les cendres des nuées,
Le vent emporte la neige de nulle part
Un peu comme l’écho du silence abîmé
Habitant le rivage lointain d’un regard.

 


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C’est une saison flétrie par le vent d’hiver,
Aux feuillages glissant le long des fossés,
Un chemin de croix montant au calvaire
Maintenant que le bruit n’a plus de papier.

Des flots de neige ruissellent tout au long
Des visages et creusent la future insomnie.
Au bord du lit, se figent les prémonitions,
Derniers soupirs qui dérangent la maladie.

Alors, sur les ruines du souvenir, poussent
La blessure et l’ultime désir d’abandonner
Cette terre de désespérance où la frousse
Bâillonne la parole des demains inachevés.

Les conversations secrètes se sont cachées
Dans leur refuge construit sur la prudence.
Sur les pages blanches de la vie, manquait
Juste la fenêtre pour ouvrir les confidences.

Sur l’enclume de la peur, virevolte la mort
Les bras remplis de corbeilles de chagrins
Comment te dire qu’il faut encore être fort
Pour continuer à marcher jusqu’à demain.

Je sais que tu ne reviendras plus maintenant
Les vivaces de l’ombre survivent au cimetière
Dans ce cachot, où l’infini semble ton présent
Ton ultime lueur, peut-être, espère.


Conversations secrètes 07/2011





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Sensuelle

En haut de tes collines
La chevelure du soleil
Couleur rose praline
Mordille ton oreille.

De ta nuque au visage
Naît une saison passée
Qui déguise ton ramage
Avec la douceur de l’été.

Sur ta bouche coquelicot
S’apprivoise un baiser
La douce pruine abricot
De ta peau m’a conviée.

Dès frondaisons du câlin
Pousse l’odeur tendresse
Tel un bouquet de mains
Sur mon corps en liesse.

Entre mes cuisses, coule
La sève chaude du plaisir
Pendant que je roucoule
Le silence, enfin, se tire.

 

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De ta nuit à la mienne

De ta nuit à la mienne, résonne
L’hiver où s’épuise le mouvement,
La peur qui ondule et ronronne
Sur le trottoir froid de ce temps.

Si les lames du destin serpentent
Au cœur de vieilles supercheries,
L’étau se resserre sur cette pente
Qui nous entraîne au fond du puits.

Le vieux château de sable grelotte
Il aurait suffi que l’été s’installe.
Derrière la fenêtre de ma roulotte
Une chaise vide est là, bancale.

A explorer le ciel où perce le rêve
J’entends le bavardage des étoiles
Qui courent en vain vers la grève
Où la main de l’aube étend sa voile.

Dans l’immobilité qui me chuchote
Son silence et ses regrets hypocrites
La voix frêle des lendemains radote
Qu’il faut résister à la nuit qui palpite.

S’échapper de la paroi où les essaims
De nos cauchemars butinent l’espoir
Pour respirer les bouffées du matin
Et écrire avec l’encre de la victoire.

 

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Février 2011

Spleen 2

Sur le rivage de la nuit
Tandis que l’aube ouvre ses persiennes
Une pensée s’est blottie
Dans le lit de l’étoile engourdie de peine.
Elle parle de souffrance
Du jour qui s’est immolé aux flammes
De chaque désespérance.
Telle la barque défroquée de ses rames,
Demain enfile le couloir
De ce temps absurde sans importance.
Le silex de ma mémoire
Transperce l’horizon dans tous les sens
Et du soleil, dégoulinent
Les pages jaunies par les hypocrisies.
C’est comme une ruine
Logée entre deux obscurités inouïes,
Qui se dresse encore
Entre les barbelés de cette bataille
Pour noircir le décor
Et anoblir tout ce qui paraît grisaille.
Mes nuits suent
Transpirent sur les suaires illusoires
Des soleils déchus.
Ont-ils vraiment existé ces phares
Qu’on m’avait promis.
J’ai perdu sur un chemin de croix
Tous les gris-gris
Pour retrouver la porte de la foi.
Dans la respiration
Du ciel, je cherche d’autres yeux
Une seule affection
Pour rester un instant dans le jeu.
L’urne funéraire
Dépotoir de tous ces mots chagrin
Est à la fourrière
Il ne vient personne en ce matin
Et l’écume du vent
Réchauffe seulement la détresse.
Calée dans le temps
Elle boit mon sang, la traîtresse.
Dans le suicide
Du rêve déporté vers l’abandon
Subsiste cette ride
Nouvelle qui pousse à mon front.
Comment imaginer
Que les dés changent de main
Providence clouée
Tout est mort dans mon destin.


 

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Cavale
 

Quand tu t’attardes à ma fenêtre
Je prends ton cœur en ma main
Dans la mélancolie des peut-être
Je t’invente de nouveaux refrains.

J’oublie l’hiver qui givre ma vie
Pour allumer au mât des cieux
Le feu d’impudiques incendies
Dénuder la brume de mes yeux.

Dans l’esquisse de cette danse
Je t’invite à dormir sur mon sein
Te noyer dans la mer immense
De mes désirs jusqu’à demain.

Si, là-bas dans notre devenir
Germe déjà un autre présent
A la voûte étoilée des soupirs
Le plaisir envahit le firmament.

De la chaleur de nos étreintes
Naitront de chaudes étincelles
Pour dessiner nos empreintes
Sur l’écorce des soirs charnels.

Quand l’aube chassera la nuit
Dans le pli d’un nuage velours
Le souvenir de ce doux paradis
Deviendra un rêve d’amour.
 

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Un tour de pendule

Une étoile se mire dans mon café,
Dérive doucement sur la pendule,
Oubliant le soleil aux yeux cernés
Venu me saluer dans le vestibule.

Là-haut, au ciel ajouré de flanelle,
Des doigts d’or écrivent le temps,
Cousent les heures à la dentelle
Des saisons inondant les vents.

Il faut déjà partir vers le destin,
Chasser le rêve dans la brume,
Ranger les pensées au jardin,
Secret comme de coutume.

Tourne la ribambelle étrange
Du quotidien poussant le nord
Vers le sud sans réel échange
Comme une mélodie insonore.

Pourtant, où traîne la grisaille
D’invisibles paroles se croisent
Puisées à l’eau des accordailles
Que sème le mois qui pavoise.

Comme une pluie saline venue
De la mer pour nourrir l’histoire
La litanie des rêves est au menu
Et chavire encore son auditoire.

Les heures sillonnent le cahier
A la craie, et déjà, le soir revient
Pour inviter la lune à enchanter
Le crépuscule de son tambourin.

En l’ocre du couchant, surgit
La nuit roulée dans les embruns
Son regard vacille sur les infinis
Comme une ombre, l’air de rien.

A nouveau, le songe somnambule
S’en va traquer mon imagination
Et ma plume écrira sans scrupules
Ces quelques vers sans prétention.
 

 

2010

 

Sanguine

J’ai apprivoisé les feux du soleil couchant
Pour les clouer sur nos deux cœurs pastel
Combinaison d’écumes chauffées à blanc
Offertes au soir comme un reflet du ciel.

Voici que dans le lac de mes yeux ouverts
Ton bâtonnet s’approprie l’eau lacrymale
Pour tenter une esquisse à ras de terre,
Caresser de sa brume, l’horizon pictural.

Sur le sable rouge des pensées bonheur
Nos corps portés par les désirs hématite
S’envolent vers le grand large sans peur
Abandonnant les ombres qui s’irritent.

Là-bas, c’est l’hiver qui roule sa bosse
Le long des sentiers où le pas s’enlise.
Ici, les heures s’habillent et endossent
Un drapé arabique aux couleurs cerise.

Sur les carnets où dégouline ton talent
Le chuchotement de nos mains bouscule
Le silence allongé sur la ramure du vent
En filigrane, nos bouches se congratulent.

Si mon regard est rempli de tes étoiles
C’est avec ton sourire qu’il se nourrit
Tout comme ma plume, qui sur la toile
Essaie avec toi, une autre chorégraphie.

Au verso des rêves, des perles d’amour
Se sont échappées d’une romance perdue
Pour envahir l’ébène de tous ces jours
Chassant les étés de coquelicots repus.

Et le fusain improvise des flous voluptueux
Installe les soupirs au bord de nos racines
Nous invite sur le rivage du merveilleux
J’aime être là, avec toi, sur la sanguine.

 

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SPLEEN 

Dans l’armoire de ton cœur où tant de haillons
Se sont empalés sur de vieux porte-manteaux
Il y a beau temps que ne règne plus l’émotion
Je n’ai trouvé que quelques larmes sans eau.

Pourquoi as-tu ainsi assassiné les nuits bleues
De loin en loin, ne pousse dans la broussaille
Qu’un rêve désagrégé comme un soleil vieux
Devant ma fenêtre, tout n’est que grisaille.

Je t’ai cherché sous mes paupières habituées
Aux feux follets, à chaque éclipse immature,
Et pour dénouer les cordes des peurs usées
Par le gel de l’hiver, j’ai léché ma blessure.

Le destin charrie des malles où sommeillent
Les tisons d’espoir fané par la défaite stérile
Le vide me remplit de vide, je suis bouteille
Jetée au soir couchant, transportant l’inutile.



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    L'HERBIER DE L'ÉTÉ

La houle disperse ses perles sur l’îlot.
Bercée par la lumière douce du soleil,
Une brume fluide entoure de son halo
Le jour qui en oublie presque le réveil.

L’ombre se repose, dénudée, au jardin
Comme un antique souvenir d’enfance.
La tiédeur installe sur nos lendemains
Une chimère qui marche en cadence.

Accroché à l’écume d’un joyeux festin,
Le cristal des sons chavire sur l’horizon.
L’air chuchote des messages épicuriens,
Une saison de choix frôle nos émotions.

Des odeurs de farigoule éclatent au soir
Offrant le vertige aux coquelicots du pré.
Silence, car la lune essaie de faire croire
Qu’elle s’ennuie dans sa petite éternité.

Pourquoi faut-il que le temps jaunisse
La tapisserie derrière la fenêtre ouverte.
Il suffirait d’installer quelques cannisses
Pour que l’heure égarée devienne inerte.
Du haut de cette vague où les soupirs
Se conjuguent aux voilages des cumulus,
Un frisson dessine de nouveaux plaisirs,
Semence d’été engrangée sous l’humus.

Avant que ne repartent les hirondelles
Vers d’autres destinations imaginaires,
Le provisoire sur une ligne temporelle
Avance vers un solstice sans frontières.

Cueillons, cueillons ces fleurs sucrées
Pour conserver leur parfum enivrant.
Au soir, il sera bien temps de ranger
Les herbiers sur l’étagère des vents.


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L'ARMÉE DE PLUMES  


Le temps s’enroule dans un ruban de pluie.
Dehors, crépitent les étincelles de l’éternité.
Ce brasier transparent éclate comme un cri
Sur l’horizon sauvage où la vie s’est retirée.

Qui sait dire si le mur des ténèbres suffira
A faire s’enfuir les vents sur l’autre abscisse.
Il en faudra des noirceurs sorties du magma
Pour que les coquelicots de l’espoir périssent.

Avant de rejoindre ma famille de nébuleuses
J’irai tambouriner aux portes encore fermées.
Et même si les après-midi aux mains cireuses
Barbouillent les nuages de pastel gris abîmé,

Je délogerai la perle invisible à fleur de dune.
Silence après silence, j’écrirai une symphonie
Sur les partitions en lambeaux de Dame Lune
Pour réinventer la lumière sur nos insomnies.

Dans l’heure enlacée aux embruns d’autrefois
Je viendrai coudre le rideau de nos chimères.
Au sable de l’amertume fanée par le combat
J’ajouterai mille paillettes salées de la mer.

En l’habitacle clos où suffoquent nos guerres
Le parfum des mots dépoussière l’existence
De ses doigts brûlants, la plume incendiaire
Irradie la prière famélique de sa résonance.

Au matin mutilé par les barbelés de l’hiver
La buée fine des mémoires étend son voile
Espérant encore disperser les ronces d’hier
Dans les fossés du ciel où gisent nos étoiles.

Aux élans célestes noués par nos regards
Le temps s’essouffle et pourtant, je te dis
De ne jamais renoncer à tous ces grimoires
Dernier rempart contre les oiseaux de nuit.

L’armée de plumes


 

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  CONCILIABULES

Les jupons dorés des étoiles se balancent
Tout le long des sentiers du ciel sans âge.
Dans une virée interminable, leur transe
Eclabousse la terre obscure des nuages.

Sur un vieux fragment écaillé de lumière
Traîne le reflet de mon château de sable
En sommeil ou en ruines, une chaumière
Où sont entassés des rêves vulnérables.

Au rythme de l’ironie du temps, une ride
Meurtrit les façades de l’heure provisoire
Subsiste le murmure de l’ombre intrépide
Qui ravive les brûlures de nos mémoires.

Au hasard des jardins célestes, je croise
Encore tes mots d’amours qui courtisent
Les cernes mauves adossés aux ardoises
Des étreintes qui, doucement agonisent.

Sur l’asphalte inondé au sel des douleurs
L’encre fauve dessine des forêts de bras
Pour chasser les conciliabules du malheur
Et accueillir l’essence d’un autre combat.

Pour m’envoler dans l’embellie d’un sursis
Juste une envie de m’offrir ce dernier choix
Loin des chandelles éteintes de l’inaccompli
Je renais chaque aube dans la neige de toi.



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Lettre au temps  

Le crépuscule ouvre le chemin de la nuit
Habillé des étreintes corrosives du vent,
Il sème ses menaces en gouttes de pluie
Sur le sol où meurent les fleurs du temps.

Est-ce qu’il est trop tard pour imaginer
Que l’aube à venir délivrera les saisons
Des glaces où elles s’empêtrent à jamais
Et les incitera à entrer en une révolution.

Ce n’est qu’une quelconque divagation
Qui s’échappe des chimères en captivité,
Issue des brumes épistolaires du crayon
Elle arrête ses pas sur la nuit inachevée.

Je cherche parfois un nid pour y cacher
Les secondes écoulées qui partent déjà,
Vides de toute espérance vers le passé
Pour y déposer leur chagrin ou leur joie.

Mais rien n’arrête cette course tenace
Pas même un bruit dans le sommeil,
Au loin, l’éternité efface la seule trace
Du foulard de nuit enrubanné au ciel.

A l’autre bout du voyage, le jour atterrit
Sur la neige immobile où traîne l’aurore.
Sur son dos, les heures à peine noircies
S’envolent vite dans un silence de mort.

Au bout d’une pensée tremble l’espace
Où un feu d’espoir ravine mon cerveau.
Dans le désir d’oublier l’heure qui passe,
Une lune bafouille une parole sans mots.

Il me faudra encore créer des subterfuges
Pour coudre les jours à mes commissures
Dessiner des enveloppes, simples refuges
Pour enfermer le temps dans mon écriture.


2 août 2008

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De MON ÎLE AUX MOUETTES  

Douce senteur de l’été aux cicatrices fraîches,
Qui vagabonde à la source des étoiles lacérées.
Esquisse d’un soleil rouge dont chaque mèche
Caresse le ventre de mes souvenirs du passé.

Devant ma porte, se pavane un nuage de pluie.
Sur une frange de ciel vide de sens et morne
S’empilent des brassées de silences tous gris.
La mer découvre et se redresse la salicorne.

Rien d’autre que la vibration enlacée au cou
Du vent pour se dire que la vie se porte bien
Il faut faire comme si le néant était un tout
Je résiste au ressac qui bouillonne au loin.

Ne pas céder au sanglot qui écume de rage
Seulement espérer que tu reviennes vers moi
J’ouvrirai alors le bras de l’océan, en partage
Ton cœur encombré de douceur sera ma voix.

Au fond d’un tiroir, j’ai caché une lune bleue
Sur laquelle, j’ai dessiné à la craie ton nom.
Dans le grenier, est rangé un trésor fabuleux
Fait d’un herbier de coquelicots et chardons.

Au matin, je vais cueillir le long de la rocaille
Des fleurs d’étoiles dont les senteurs tièdes
Parfument les marais salants et la broussaille
Avant de me reposer à l’ombre dans la pinède.

De mon île aux mouettes, je t’écris cette page
Gerbe de mots d’amour pour fleurir le bureau
Pas besoin d’un grand vase pour leur ancrage
Juste un coin du cœur qui servira de radeau

6 juillet 2008


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MON ÎLE SECRÈTE

Un jour porté par un coin de temps s’écoule
Sur le souffle rauque de l’hiver monolithe
Dans la crevasse de la nuit, il n’y a pas foule
Pour accompagner la danse des satellites

Le vent froisse les nuages chargés de pluie
J’avance le pas jusqu’aux saisons boréales
Peut-être y trouver enfin un sauf-conduit
Qui m’ouvrira la porte de la source lustrale

Dans l’embrasure de ton cœur, je me cache
Là même où tu ne sais parfois me chercher
De ton corps caresse dont je m’amourache
S’envole la brume de mes tendres pensées

Face aux mots qui meurent sur ta bouche
Gronde le tumulte rougi par la fournaise
Espoir du yin et du yang qui se touchent
Je suis orient et occident dans les braises

J’éclabousse de mon feu ta peau complice
La blancheur du silence devient tempête
Allongée dans ta vallée, je suis au supplice
L’écho de nos gestes s’impose épithète

Quelque part, dans l’océan de nos amours
Une vague entraîne le limon de nos envies
Vers la rive de l’obsession que je savoure
Tu es l’île secrète où je marche sans bruit

Le temps peut se reposer sur la banquise
Je cours fermer les rideaux de ma tanière
Sur le lit de ton cœur, je défais ma valise
Au loin, il fait froid, ici, tu es ma lumière

( 14 février 2008)

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DANS L'ENCRIER

Dans l’encrier de la nuit, ma plume nécrophage
Daigne s’abandonner sur le rivage des sanglots
Quand frissonnent les étoiles derrière le nuage
Je me noie dans la vague d’un océan sans eau

Dans l’encrier du vent, j’ai volé cette chanson
Pour l’offrir au marchand de sommeil étonné
Paroles de cristal sur la chaleur de l’édredon
Qui réchauffent la neige du rêve consommé

Dans l’encrier de la vie, je puise les souvenirs
Cartes postales sentant des passés endormis
Lambeaux chiffonnés de ce qu’il faut retenir
Amours de poussière disparus avec la pluie

Dans l’encrier de rosée, j’ai déposé le silence
Sur la forêt aux reflets de cendres obscures
Et la chemise du soleil change d’apparence
Quand point la giboulée et ses éclaboussures

Dans l’encrier de ta bouche, j’écris une page
Dont les mots se déroulent comme un ruban
Leur parfum ouvre tendrement mon corsage
Le monde s’assoupit, suspendu à ce moment

Dans l’encrier du cœur, je me suis désaltérée
Pour boire à la source de l’amour inépuisable
Le regard tourné vers les étoiles enneigées
Peut-être que demain n’est pas inéluctable


( 20 janvier 2008)

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SALOPERIE D'ABSENCE

 Une ceinture de brume s’effiloche dans le lointain
Comme un sursaut de lumière dans l’espace froid
Et la nuit rampe sur le jour assis sur un strapontin
Pour arrêter les battements de son cœur si délicat

Mon regard d’ailleurs glisse sur le talus de l’ennui
Seule une étoile sourit, accrochée au mât du soir
L’odeur nue de l’angoisse lèche les murs de pluie
Monotone et oppressante sensation de mouroir

Cette saloperie d’absence gagne encore du terrain
Une ombre passagère serpente le long des vallées
Le vent frivole encense mes pensées de ce parfum
Mais dans le bleu du désert, je m’endors fatiguée

N’aurai-je donc que ce vide où figer ma mémoire
Sans toi, je suis une herbe sauvage dans l’herbier
J’y creuse ma tombe en espérant qu’est provisoire
L’absence qui m’empêche simplement de respirer

J’aimerai tant perler dans la salive de chaque mot
Que tu prononces comme une rivière d’amour
Naviguer dans l’eau de tes yeux comme le bateau
Qui prend la mer sans penser encore au retour

Vivre dans ton corps pour ne pas être abandonnée
Etre ton sang pour irriguer la terre de mon devenir
Me désaltérer à la source brûlante de tes pensées
Et dans le satin irisé de la robe de ton cœur, infinir

( 17 novembre 2007 )

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Rien ne sera jamais aussi grand...

C’est peut-être une larme qui transporte dans les frimas
La sève lunaire de cette nuit mauve où je voudrai dormir
Nulle vie au fond du silence de pierres qui règne ici-bas
A l’orée du désert, marche le fantôme de mon devenir

Des larmes de givre lèchent le sang des dernières lueurs
Qui vacillent dans les ronciers fumants de mes rêveries
Je n’ai pas apprivoisé l’ombre qui m’a clouée le cœur
A la croisée de mes songes, je demeure sans aucune vie

La pendule égrène sa lassitude arrogante sur le temps
Piétine mon âme pleine de toi, fatigue ma mémoire
Suis-je encore disponible pour vivre un autre présent
Que ne viendras-tu sonner à la porte de mon regard

Je m’en retourne à la solitude qui fige le mouvement
Engourdit les pétales de l’existence dans une prison
Cachée derrière le papier déjà abîmé de mon paravent
Je sculpte ma lassitude dans la glaise de cette passion

Rien ne sera jamais aussi grand que cet amour installé
Dans mon esprit où règnent tant de senteurs sauvages
J’écoute le son de ta voix dans mes murmures inachevés
Tout en cherchant entre ciel et terre un autre message

Ton souffle marche à côté de mes pas, je l’entends fuir
Dans les landes du silence où mon cri fait une brèche
Telle une étoile errant sur le drap du ciel sans bruire
Je mutile mon imagination avec l’absence et sa flèche

Est-ce l’hiver qui attend son tour, caché dans la coulisse
Du théâtre de l’existence, ne peut-il aller voir plus loin
J’aimerai m’allonger sur le sable de nos chers délices
Pour rappeler à mon cœur les incendies de ton parfum

Sous leur globe, cousus à la mélancolie, meurent les mots
Et le temps m’échappe, fine buée où je tourne en rond
Reste la fièvre ourlant ma bouche de son tendre écho
Celle qui habille les je t’aime dont je rêve avec prétention

 

( 21 Octobre 2007 )


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VOLUPTÉ

Dans le soir qui étouffe le jour, je tourne mon regard
Vers les méandres de la voie lactée, espace de sérénité
Où les astres se racontent sûrement bien des histoires
Pendant que la lune sur son croissant est recroquevillée

Tandis que l’ombre recouvre doucement les forêts
Et que les voix de la nuit montent du sol en volutes
Le temps marche encore comme un fantôme oublié
Sur une pendule embrumée d’un silence qui lutte.

Enseveli sous les ténèbres, le jour d’avant est parti
Sous la caresse du vent qui l’accompagne gentiment
Sans lutter vraiment avant de sombrer vers l’oubli
Il m’échappe comme un fleuve se jetant dans l’océan

A la faible lueur d’un rêve, j’échoue sur le velours
De ta bouche, fleur au doux parfum où un baiser
Vit en permanence, feu passionnel allumant le jour
Dans le silex du désert où ma nuit s’était couchée.

Alors, les orages déferlent sur nos corps incandescents
L’amour dessine des forêts sur mes envies primitives
C’est un mirage qui sûrement te fait vibrer, mon amant
Un plaisir déployé dans une liane de brume furtive

Et tout recommence pour que s’embrasent nos sens
Allongée dans la fournaise de volupté, je m’empare
De l’horizon pour ajouter un souvenir très intense
Un frémissement derrière la fenêtre de mon grimoire

( 17 Octobre 2007 )

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PAYS D'AILLEURS

Sur le filament bleu qui sépare la mer du ciel
Je m'allonge contre ton corps affamé de désir
Des brindilles de nuit se reposent et chancellent
L'horizon flambe soumis à la vague de plaisir.

Un solstice écarlate vient habiter le silence
Au creux des vapeurs inachevées de l'amour
J'entends les soupirs d'une rivière de jouissance
Ta bouche est le nid où se glisse un autre jour.

Je roule avec toi dans les forêts parfois secrètes
Ma peau respire dans la tienne, chaude et suave
Funambules sur le foulard du temps en goguette
Nos coeurs de frôlent dans les herbes sauvages.

Entre ciel et terre, je respire ton regard attendri
Suspendue au vent chaud de ce pays d'éternité
Je m'abreuve à l'eau de ta fontaine qui jaillit
Pendant que mon sang brûle dans ton intimité.

Des souvenances charnelles explorent le corridor
Des orgasmes partagés, attisent l'envie de nous
Sur l'autel éphémère de l'heure, j'enterre la mort
Pour ensorceler ton coeur, sous un ramage vaudou.

Lorsque s'éveille une lune esseulée au ciel d'hiver
Le vent pleure dans les arbres, attristant cette ville
Mais sur le rivage de ta main tendue, le tonnerre
Déverse des pluies de tendresse, inondant notre île.

Echoué sur nos lèvres, un rêve s'enivre de gestes
Griffes fauves en exergue sur langueurs d'effluves
Flammes habitées par le vertige des sèves célestes
Abandonnées dans la berceuse d'un océan refuge.

Que ne puis-je cueillir à l'orée du temps insoumis
Des fleurs tissées de ces moments tellement rares
Pour poser des étoiles d'amour sur la prison de nuit
Qui m'enchaîne dans l'ombre du pays de nulle part.

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LE PAYS BLANC DU SILENCE

Quand je t'aime dans le pays blanc du silence
J'effleure la steppe inculte de mes blessures
Glissant au fond du mausolée de l'errance
La bise chuchote derrière l'ombre impure.

Mon coeur est couché dans la toundra neigeuse
Abîmant l'écorce nue de mes souvenirs mutilés
Le glacis du temps s'empare de ma vie ténébreuse
Et le rideau tombe sur mes rêves abandonnés.

Derrière l'aube de cette lande pauvre et inerte
Le temps se pavane, tel un impudent personnage
Je me demande encore si l'herbe sera verte
Quand frissonne l'absence dans les pâturages.

Je trempe ma plume dans l'énigme de demain
Un nuage soupçonneux me regarde déambuler
Pendant que je cache mes cicatrices au jardin
Le vent cristallise la tristesse sur les traces d'été.

Tes pas fantôme errent sur d'immobiles flaques
Mes pensées fuient vers la prairie de l'amour
Une douleur égratigne mon corps et me plaque
Contre le mur des pleurs, je saigne sur le jour.

Dans ma cage, ne me vois-tu pas, moi, l'oiseau
Qui, dans les reflets du soleil, cherche ta chaleur
Pour allumer un feu au creux des pauvres mots
Car sans folie, la vie perd toute son odeur.

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MA DÉCHIRURE

La nuit se profile, titubante de noirceur en abondance
Sur la fissure intemporelle d’un mur abîmé de violence.
Je ne suis qu’abandon sur la terre infertile de l’absence
Une caresse oubliée sur les pavés du cœur en silence.

Une croix lourde entrave mes pas, profonde blessure.
Dans ma bouche, ce goût de sang qui devient brûlure
Délave les couloirs de mon âme soudain à la torture.
Du haut des cimes assassinées, naît la meurtrissure.

Une saison d’hiver se pose sur la terre tout en frissons
Le jour en lambeaux se courbe sous un trait d’horizon
Les mots se sont enfuis dans les nuages sans raison
Je suis lasse d’avoir un souvenir comme compagnon.

Pourquoi ne pas se laisser glisser au fond du cercueil
Les yeux fermés dans le givre glacé habillant le deuil.
Sur tes pas effacés, je n’ai plus d’île, aucun écueil
Juste une ombre qui n’attend pas que je la cueille

Au fond de moi, explose la braise des tourments
Qui s’allongent impudiques dans le lit du temps.
Cette souffrance boit jusqu’à la lie de mon sang
Scelle son sarcasme sur mes désirs incandescents.

Quelle est cette musique qui traîne dans ma tête
Un soupir incendié au vent de folie en goguette
Des notes arrachées à un bonheur sans silhouette
Une mélopée pour l’espérance encore en miettes.

Pourtant je veux mordre dans la chimère meurtrie
Pour ressusciter sur les monts des songes endormis
Déambuler sur les chemins inexplorés de la vie
Flâner sur tes lèvres parfumées d’amour interdit

Je crève sur la terre aride où tu m’as laissée
Prise au piège de tes lèvres où dort mon éternité
A même le rouge de ma plume, écriture inachevée
Je te cherche pour te dire combien je sais t’aimer


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SUR L'OMBRE

L’écho des sourires allonge son ombre de brume
Un grain de lumière vagabonde dans d’autres regards
Allongée sur la rive d’un encrier où repose ma plume
J’égrène le silence pour le cacher au fond d’un tiroir.

Des secrets satinés tournoient dans un frisson mis à nu
Comme les rêves viennent mourir sur le ressac étoilé
Je musarde sur un chemin oublié, une saison disparue
A la recherche d’une flaque d’amour où me noyer.

A mes yeux humides, je veux raconter les rimes
Des rivières de mots qui coulent sur mes pas fatigués
Douce langueur qui étreint l’épaule de l’espoir infirme
Sur la crête des vagues, le vent se pose pour oublier.

Au bord d’un rai de lune, se fige l’oubli de l’hiver
J’écoute sa plainte et je m’y enchevêtre avec désespérance
Pour cueillir un son ouaté et nébuleux sur le rivage d’hier
Je m’endors dans l’obscurité en cherchant une autre présence.

Des sommets inassouvis de tendresse touchent le ciel
Je prie à genoux sur mon fardeau pour atteindre l’autre voie
Celle de ton cœur lointain qui m’abandonne à tire d’ailes
Où est le nuage secret où je pourrai dormir entre tes bras

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L'ESCALIER

Je frôle mon corps dans l’irréalité presque spirituelle
Respiration figée sur le miroir d’une aube nouvelle
Je me regarde descendre l’escalier dans le mystère
Est-ce moi ou mon inconscient plongé dans l’imaginaire.

Regard pétrifié dans une autre dimension de folie
L’haleine du temps disperse ses effluves dans l’infini
Pas un bruit dans les méandres de mes pensées
Je vacille à la lisière du présent tout juste oublié.

L’hiver offre ses flocons silencieux aux arbres dénudés
Je suis hors du monde, enveloppée d’un rideau de nuées
Et de ma bouche presque close, s’échappe un long murmure
Car je n’ai que ça pour soigner mes douloureuses écorchures.

C’est juste un instant perdu dans l’immensité de la nuit
Un besoin de toi exprimé sous forme de tristes insomnies
L’empreinte fugace de ta main dans le creux du souvenir
L’écho de ton cœur entraînant le mien dans ses délires.

Sous l’étole de givre qui enserre mon esprit en guerre
Une caresse d’espérance cherche un nouvel itinéraire
La lune se pose dans ma main afin de me rassurer
Viens, je t’attends en haut de l’escalier

 

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SENTEURS DE RÊVE

Sur la vague brisant les falaises de mes insomnies, je me suis allongée
Pour t’aimer dans la lumière cristalline du rêve qui se moque de la nuit
Maintenant que le jour détale sous les chaussons de l’obscurité, je vais
Me glisser dans le clapotis des songes pour oublier mon absence de vie

Je marche derrière les prairies rouges de l’horizon, sur la voûte neigeuse
Dame lune chuchote une mélodie aux pléiades vêtues de sourires bleus
Je n’ai qu’un bagage, un encrier d’amour pour noyer ta bouche pulpeuse
Un je t’aime coulant dans le vent chaud des marécages de mes vœux

Je me fais désir pour vibrer sur la source de ton corps livré à ma loi
Sur ta peau brûlante, j’invente des étreintes de soleil, des mirages
Je cueille les rameaux de ton âme déployés sur mon insistance de toi
Viens encore frôler la coque de mon bateau dérivant au grand large

Le parfum assouvi de jouissance flotte dans l’air complice et humide
Une heure en sursis sur l’échafaud de l’éternité m’appartient encore
Pourtant, un éclair d’aurore fend l’espace et le jour s’ouvre sur le vide
Je te laisse partir, mais reviens vite dans mes chimères, je me rendors

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JE NE SUIS

Je ne suis qu’une larme de lune posée là sur ton tendre sourire
La source qui baigne ton regard sous le voile des paupières
Une rosée vaporeuse que dans l’air, chaque seconde tu inspires
L’odeur d’un sentiment posé dans le nid de ta bouche cavalière.

Je ne suis que la mélodie fauve du plaisir envolé aux quatre vents
Des mots choyés sur l’épaule du temps enchevêtré dans ses racines
La semence de la saison d’espérance volée au monotone présent
Un cœur abandonné au pays du rêve empourpré qui me fascine.

Je ne suis que le festin provocant du désir incendié par les caresses
Le rouge du sang qui perle dans tes veines et nourrit ton corps
Un pas résonnant dans l’allée du quotidien, cloué dans la détresse
Un dessin inachevé sur la portée de la vie où se perdent les accords

Je ne suis qu’une arabesque tournoyant sur les nuages mordorés
Un astre inconnu brillant au firmament de ton âme assoupie
La passion qui se glisse dans le passage secret des jours alignés
Un silence qui aimerait exploser dans la vague de ton esprit.

Je ne suis qu’un arbre mort allongé au centre d’un pays d’illusions
Une lueur frémissant dans les frimas qui dévêtissent le feuillage
Le temple païen érigé sur la plage du désir colorée de provocation
Un pétale d’amour déployé sur ton jardin, de l’autre côté du rivage

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nébulosité d'amour

J
e tends mes bras vers les étoiles cendrées
Au loin, brillent les flambeaux célestes
Un royaume coloré qui s’étale sur les nuées
Un abri pour se cacher dans la tristesse

La nuit étale son chapelet ténébreux d’écume
Tel un pli d’océan au flux lentement évaporé
Le peuple incandescent dans la sourde brume
Sur l’autre rive me conte ses lourds secrets.

Je viens m’ancrer sur le vitrail de la lune captive
Sur l’horizon rectiligne, je cours vers son histoire
Pour oublier que de ma nuit, je suis craintive
Pour me perdre dans l’intemporel, loin du cauchemar.

Quand je reviendrai de mon parcours nébuleux
Avec l’encre qui rougit les veines de mon stylo
J’écrirai sur le jour nouveau des mots bleus
Un chant d’amour pour celui que j’aime trop

Je saluerai le soleil levant à l’est de mon regard
Fenêtre ouverte sur le bruissement du matin
Je partirai avec pour seul bagage, un nouvel espoir
Celui de le rencontrer au hasard de mes chemins

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CROISSANT DE LUNE

Les rêves s’endorment dans les flaques de la nuit
Et le vent emporte dans sa valise mes vagabondages
Me laissant dans la froideur glauque et endolorie
Mes os craquent sur les gelures perfides du rivage

Dans la sente embaumée de mon inconscient, gisent
Des envies dont le reflet crisse sur le gravier temporel
Sur l’azur brûlé, fond mon esprit telle une banquise
Et je te cherche, mon étoile, dans le jardin du ciel.

Les fifres résonnent au cœur des prairies d’amour
Des océans caressent l’horizon de leurs vaguelettes
Sur l’obscurité, je marche, solitaire comme toujours
Ton nom précède mes pas, je ne suis qu’une fauvette.

Allongée dans la lassitude, je cherche dans le silence
Ton épaule pour communier au festin joyeux du désir
De mes je t’aime pathétiques, j’entends la résonance
Sur les débris de ma vie, la révolte vient m’occire

Quand les larmes flétrissent la lande à l’écart du bonheur
J’accroche mes mots au croissant d’étoile imaginaire
Mendiante suspendue à l’étreinte de cet étrange voyageur
Je prie pour trouver une oasis d’amour dans ce désert

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FIÈVRE

L'écriture secoue les branches des arbres si pâles
Dans la semence du jour, un rituel poétique allume
L'horizon bleuté et le moment s'installe
Tournés vers une nouvelle chaleur qui enfume
La glaise alourdie de nos corps déliés
La vie, doucement se cache dans un coin
Elle filtre les pleurs au bord des yeux abîmés
Elle s'allonge dans de douces mains
Enserre les bouches dans des dialogues
Les pensées déferlent en remous de folie
L'amour tue l'ennui dans ses bogues
Embrasse la forêt de nos intimes interdits
Se noue aux draps d'une musique folle
Au milieu de la rime pétrifiée
J'accours cers celui qui est mon idole
L'encrier renversé sur la feuille usée
Féconde une si belle histoire
Un canevas de mots dans le discours
Brode des souvenirs pour nos tiroirs
Que ton coeur saoulé de ma tendresse
S'endorme dans la nuit inanimée
Laissant sur les plages traîtresses
L'écho de nos souffrances partagées

Quand la valise de l'heure s'ouvrira
Je me consumerai en un brasier ardent
Toujours assise au seuil de tes bras
Je continuerai à t'aimer infiniment. infiniment. infiniment..

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UNE LARME D'ÉTOILE

J'ai recueilli dans ma main, une larme d'étoile
Echappée de la lande tourmentée de la nuit
Sous les mots, échouée sur le sombre voile
Elle se dissout dans l'écume du rêve endormi

Je veux la réchauffer de mes tendres murmures
Mais elle me quitte, dans l'angoisse, retournée
Elle emporte dans son bagage les coulures
De l'exil de mes pensées intimement données

Elle jette un regard insouciant dans son grimoire
Pour me coincer dans le magma rugissant
Des gestes entrechoqués aux désirs du hasard
Ensorcelés par la fuite continue du temps

Elle vient de mourir dans une autre dimension
Et je renais dans la conscience du jour maudit
Pour déchirer les fils de la triste illusion
Tel un pantin, désarticulé dans le théâtre de la vie

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MON ÉTOILE

Dans le désert mauve de la nuit
J'ai croisé une étoile effarouchée
Le temps grésille dans l'âtre de la vie
J'aimerai tant lui dire de rester

L'inviter à se reposer sur la plage
De mes désirs modulés par les rêveries
L'entraîner dans la tendresse de ma rage
Me glisser sur les pensées de sa vie

Quand la lune, maîtresse du ciel
Féconde le cosmos déjà soumis
J'attache mes tourments passionnels
Au ruban constant de l'infini

Mon esprit vogue à ta rencontre
Dans les rumeurs cendrées du vent
Défilent les heures sur la montre
Où es-tu bel amour errant ?

Quand l'aube parviendra à taire
Les bavardages insensés des galaxies
Je continuerai à frôler ta sphère
A marcher dans ton regard attendri

Dans les morsures grises du jour
Des lueurs chevauchent les nuages
Une voie fruitée d'odeurs d'amour
S'ouvre sur un océan de mirages

Par cette vague, je t'espère subjuguée
Petite étoile qui allume mon coeur.
Dans ma fable, j'éternise mes souhaits
Pour réchauffer ma nuit de ta chaleur

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LA LUNE

J'éparpille les étoiles sur la voie diamantée qui mène à la lune
Et de mon espace inter-sidéral, je t'aperçois au firmament des songes
Sur un pan de voie lactée, tu t'accroches dans les poudreries de rêves
Le jour fuit dans le glas de la nuit mauve et les ombres revivent dans le sang de l'obscurité.
De la chouette hululant dans l'heure désespérée aux feuillages épouvantés par le vent
je glisse un regard attendri sur les amants unis, sur la nature endormie
Quand notre amie s'endormira, l'horizon s'embrasera dans une nouvelle journée
Qu'elle te soit légère à porter

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MON ANGE

Sur l’avenue du jour, des miettes de soleil
Éteignent les dernières cendres de la nuit
La lune, isolée dans la froidure, a sommeil
Dans les coulisses sidérales, elle s’étire d’ennui

Dans le palais des soupirs, je t’invite mon ange
Viens déguster la brume de mes mots inconnus
Sur les limbes floconneuses du temps, j’engrange
Des romans chevaleresques, des chants sans issue

Blottis-toi sous le duvet brûlant de mon amour
Je réchauffe ton cœur vagabond de mes incendies
Entre dans mon château pour partager le jour
Je t’attends au seuil pour éloigner la mélancolie

À la source du désir, viens allumer la flamme
Mes draps ensorcelés de tendresse t’accueillent
Pour glisser sur la houle écumante de mes lames
Le temps divague et tremble sous mes feuilles

Le reflet du ciel nous invite dans son innocence
Laisse-toi porter par les elfes sur mes soieries
Je vais t’inventer des soleils, des caresses intenses
Pour qu’immortelles demeurent nos envies

Toi, mon unique contrée, mon refuge, mon abri
Sur tes monts, éloignée des chagrins, je m’envole
Mon âme verse des étoiles sur le velours de ta vie
Viens te reposer à tout jamais dans ma farandole

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SUR LE CORRIDOR DE LA NUIT

Dans la vitrine embuée de ma constellation,
Loin des orages qui grondent dans l'air
J'enlace mon regard à ta lumière
Et je me consume dans un brasier sans nom

Je pose mon corps sur tes désirs charnels
Toi, l'artiste, le bel ensorceleur
Tu t'emploies à dévorer mon coeur
Dans ton printemps, je suis hirondelle

On aurait pu coire à une passade
Mais des volutes d'amour germent partout.
Insolentes, passionnées, c'est fou :
Elles s'engagent volontaires dans ta rade

Eclaboussée par les assauts de tes mots
Je m 'enivre de tout ce qui est toi.
J'avais oublié d'aimer à ce point là
Tendre amertume qui parfois sonne faux

Pourquoi, derrière l'écran de la vie
Seules quelques brindilles de dressent
Dans le vase de la réalité qui blesse
Afin d'éclore dans la prison des interdits

Dans la bise courroucée, senteur de braise
Je me cache alors, derrière le rocher des délires
Enlacée au ciel hivernal, je voudrais m'endormir
Et dire à cette langueur qu'elle se taise

Marcher sur le corridor de la nuit diamantée
Ecouter les étoiles mélancoliques chanter en cadence
Sur des accords de musique rompant le long silence
Et me confondre dans ton corps, en une mélopée

 

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AU LOIN DERRIÈRE LA COLLINE ...

Au loin, derrière la colline, un écheveau de brume
Rejoint la rive des sentiments secrets et éperdus
ur y aller, il suffit de suivre cette modeste plume
Elle t'indiquera volontiers le chemin attendu

Des mots en équilibre sur les interdits quotidiens
Assurent leur démarche aux frondaisons solidaires
Des tentations longtemps prisonnières en vain
Des gestes enfin libres s'inventent de nouveaux matins

L'amour se repose sur cette planète dans l'attente
D'ondulations apprivoisées, de fusions charnelles
D'aventures entre toi et moi si charmantes
De vagues enroulées sur les corps en dentelle

Viens te coucher dans cette phrase écrite pour toi
Dans le nid de mes mains, t'attendent les caresses
En suspens dans mon sang immobile et froid
Viens revivre enfin dans la volupté traîtresse

Des brasiers s'allument dans les tendres nébuleuses
Pour réchauffer mon souffle déployé sur la chimère
Océan sauvage à l'incandescence douloureuse
Frissons d'écume en errance dans l'univers

Au loin, derrière la colline, je respire dans ton absence
Des effluves de tendresse partagés, des accords imaginés
Je m'invente les mots que tu ne me dis plus, silence
J'épuise le temps dans la musique du soir esseulé

Mais, l'écriture fuyante murmure ses paroles vaincues
Je ne vois plus ce pays magique, seulement un espace
Que l'encrier a coloré de noir, rêve secret et déchu
Rivière sans eau, prophétie d'avenir sans trace

Alors que le rêve n'a plus de plage pour courir
Que la poésie ne suffit plus à combler le désespoir
Mon coeur affolé vient soudain, me dire
Qu'une étincelle brille encore dans ton regard

Au loin, derrière la colline où cognent mes pleurs
Je glisse dans l'abandon frénétique du cauchemar
Ce pays existe toujours dans l'implosion du coeur
Mais je ne veux pas y habiter, seule, avare



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AU BOUT

Cachés sous la ouate des nuages exilés dans la nuit profonde
Les rêves se bercent au son des mélodies soyeuses et légères
Ils s'inventent des vibrations qui animent un nouveau monde
Et tissent des canevas de frissons sur l'immense désert

Alors, je traverse les mirages affolés pour danser sur l'horizon
Mes sentiments explosent dans l'eau de ta bouche apaisée
Dans le sang de ta tendresse, je brise les chaînes de ma prison
Et je cajole les mots pour dans ton coeur, enfin, pénétrer

Je suis là devant toi, gisante dans le vertige de l'attente
Je suffoque dans le désir éclaté sur la mer de murmures
Mon coeur se projette dans les fantasmes qui hantent
Les ombres du jour abîmé sur les doutes impurs

Je ferme la porte de la nuit pour livrer mes sens
Les confondre dans les lueurs volcaniques de tes envies
Je te respire à chaque seconde qui termine le silence
Je marche dans la mémoire de tes pas sur aujourd'hui

Je casse le fil du temps pour en extraire la quintessence
Je t'entraîne sur la voie de gestes intimes et exaltés
Je te couche dans une clairière d'absolue jouissance
Je me glisse sur les accords de ta musique insensée

Je reste assise dans la confiance de ce doux vers
Pour glaner des brins d'amour sur tes baisers
Je les cache sous l'édredron de mes paupières
Seul, le vent étoilé scintille de mes secrets

La caresse sème sur ta peau offerte des éclairs
Mes mains sculptent des lueurs vaporeuses
De mon âme, coulent les mots en rivière
Et mes étreintes grandissent, chaleureuses

Même quand je partirai vers le purgatoire
Mes cendres te porteront encore en elles
Immobile et assoupie dans le couloir
Je dormirai avec toi, dans une fusion charnelle

Au bout du monde, il y a le coeur
Au bout du désespoir, il y a la foi
Au bout de cet instant, il y a la douleur
Au bout de moi, il y a TOI

 

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LE LUXE DU RÊVE

Je vais te bâtir un pays d'étoiles où tu pourras
Étendre tes ailes soyeuses, mon papillon de nuit
Sur le chemin qui borde notre chaumière là-bas
Seuls tes pas laisseront leur empreinte cette nuit

Dans l'air assourdi de silence, la lune brûlante
T'indiquera la porte de mon lit ouvert aux sensations
Au sommet du temps arrêté, me voici tremblante
Sur le promontoire éclairé par le feu des tentations

Je graverai nos mots sur les étoiles safranées
Nos mains délieront la voie lactée avec douceur
Les voix des anges effeuilleront le ciel esseulé
Et, je viendrai allumer la lande de nos coeurs

Je te construirai un mirage déployé dans la brume
Et, pour dissuader l'éternité de prendre ses droits
Je brûlerai les pages du temps pour qu'elles enfument
L'onde de nos pensées et s'échappent dans le froid

Je transporterai les montagnes vers la lumière
Je courberai les arbres vers notre demeure
Je creuserai dans le sol désséché des rivières
Pour alimenter la source de notre bonheur

Regarde poindre au firmament de ma réflexion
Les éclats de soleil que je dessine sur tes rêves
À nous, les manants de l'intemporelle évasion,
J'accorde la liberté, qu'elle règne sur cette trêve


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LE TEMPS

Dans le temps qui déroule son foulard endimanché de givre, un petit nid existe pour chacun. Il suffit de s'y asseoir un moment, de regarder le nouveau jour poindre. Il apporte avec lui, de nouvelles espérances, une résurrection de la vie. Parfois, la nuit succède à la nuit mais dans l'heure qui s'annonce, tu ne sais pas quel sera ton destin. Ne le devine pas, laisse-lui une chance d'exister dans le soleil.
Il y aura toujours un rai de lumière sur ton chemin, un sourire, une fleur éclose, un amour naissant, une sucrerie, une image, ... l'espoir fait reculer les affres de la noirceur. J'essaie d'en faire ma religion.
S
oyons deux.
 
© Sedna

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