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POÈMES AJOUTÉS
Le silence des maisons vides
Est plus noir que celui qui dort dans les tombeaux,
Le lourd silence sans repos
Où passent les heures livides.
On dirait que, comme le vent
Qui siffle à travers les décombres
Des vieux moulins tout remplis d'ombre
passe, toujours se poursuivant,
L'heure, passant par ce silence
Comme si le pendule lent
Qu'une antique horloge balance
La comptait à pas lourds et lents,
Passe sans rien changer aux choses
Dans un présent cristallisé
Où l'avenir et le passé
Seraient comme deux portes closes
Et dans ce silence béant
On dirait, tant le temps est lisse
Que c'est l'éternité qui glisse
À travers l'ombre du néant.
Entre le ciel et l'eau, je suis entre le ciel
Qui est hier fixé dans l'azur du passé
Un ciel qui n'est pas immobile mais qui reste
Le même presque - Et l'eau de l'avenir qui fut
troublante et donne
le vertige, où se reflète le ciel d'hier
pareil, mais pas du tout de la même façon
Instable, comme glissant, d'un pas mal sûr
Inquiet comme se tenant sur une boule,
Et puis aussi selon les ondulations
Changeantes toutefois, plus profond ou plus clair,
Allongé par des bouts et raccourci par d'autres
Très incertain, assurément, très incertain
Et je me tiens ainsi, entre le ciel et l'eau
Appuyé tout contre le ciel sans empêcher
la clarté que je fais irrévocablement
Vers l'eau, vers l'eau mal sûre et pleine
d'inconnu, fascinante parfois ou qui fait peur
Selon que tel reflet s'allonge ou se restreint
prend toute la place ou la laisse à un autre
toujours selon les ondulations.
Ô poésie enfin trouvée! Ô bon dégoût qui vous déchire
Au fond, jusqu'au bout, dans la chair
Et qui vous éperonne l'âme qui rebondit
Enfin et se retrouve assise auprès de Dieu
Car dans toutes les plaies ouvertes et qui saignent
À travers la déchirure qu'elles font
Luit la lumière où toute vie change de face
Où toute la laideur qui faisait mal s'efface
Si qu'il ne reste enfin que la douleur qui fait du bien.
Ô poésie! tu m'apparais dans mon amour
Elle, le voile donc un ange dans ma pensée
Car je suis dépouillé de toutes mes laideurs,
La faiblesse où je fus dans la fange et le sang,
Le mal autour et surtout le mal en moi se sont évanouis
Et par la déchirure transparaît la lumière
Métamorphosant tout. Et je vois clair enfin.
Ô poésie! c'est toi, Joie et Beauté, enfin!
De sorte qu'elle est ange, elle, la bien-aimée
Qui fut un jour aussi une femme de chair
Pour moi. Mais elle est ange, et ma rédemption
Celle-là dont la chair avait été complice
Avec ma chair à moi, dans ces jours aveuglés
Mais voici qu'elle est ange enfin dans la lumière
Et redevenus fiers, nous levons vers les cieux
Qui nous accueilleront, des regards pleins d'azur.
Elle qui fut mon lourd lien à ses péchés
Maintenant que le ciel est ouvert à nos pas
Sera comme une étoile intacte à mon ciel pur
Ah! Tu me guideras, cher coeur que je possède
De la bonne façon, vers la beauté suprême
Tu seras mon refuge au loin de la tempête
Qui gronde sans arrêt au bord de ma faiblesse
Tu seras cet amour et cette piété
Dans lesquels, te voyant en Dieu et Dieu en toi,
Je veux aller toujours vers la bonne beauté
Quand la fatigue morne éteint l'avidité
L'âpre curiosité et le désir énorme
Lorsque les yeux vidés comme un phare sans feu
Ne découvrent plus rien au long des flots obscurs
Envahis tout à coup de brumes ténébreuses
L'esprit tel un coursier qui s'abat vers le soir
Rompu, bavant, et ne sent plus de tout,
De la route effrénée et du jour traversé
Que l'halètement sonore et douloureux
De son coeur sourd, trébuche et tombe à la renverse
Quand loin de ton coeur, ton coeur vénéré
Quand loin de ta chair, ta chair fraternelle
Quand loin de tes mains, colombes plus belles,
Quand loin de tes pieds, tes pieds adorés.
Quand loin de ta vie, ta vie désirée
Quand loin de tes jours je serai parti
Ils me resteront, tes yeux agrandis
Les grands pins, vous êtes pour moi semblables à la mer.
La rythmique lenteur de vos balancements,
Vos grands sursauts quand vous luttez contre le vent,
Vos rages soudaines,
Vos révoltes,
Ces grandes secousses qui jaillissent de vos racines,
De vos racines inébranlables,
Et tout le long du tronc,
Tout au long du centre résistant
(Les secousses qui s'amortissent dans les racines, dans
le tronc, où tout meurt dans la paix et le calme.)
S'en vont mourir à votre surface
Dans le vert glauque des feuillages
Qui frémissent au vent dur
Et votre faîte se renverse comme une tête cabrée.
Chaque tête de la forêt frémit,
Mais d'un frisson intérieur
Qui circule à travers le bois élastique des troncs
(tendus)
Dans la grande masse de la forêt
De sorte que c'est bien semblable à la mer.
LES CHEVEUX CHÂTAINS
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Les cheveux châtains en poussière qui sont comme des rêves flous, auréoles sans consistance qui ne sont que comme un cadre. |
J'avais son bras d'eau fraîche autour de mon cou
Et la brûlure de son ventre sous mon épaule
Et ma tête était portée sur le spasme misérable
de son corps
Roulée sur cette suffocation misérable
Sur cette respiration malade
Et dans mes yeux qu'on ne peut fermer
L'horreur d'un plafond bas et blanc
Et cependant autour de mon cou
Son bras incroyable restait d'eau fraîche
Le jour, les hymnes furent pauvres
Il leur a fallu le crépuscule, la venue de la nuit
Nos chemins
Nos champs
Nos forêts
Nos montagnes
La terre est en repos
Sa respiration n'a plus besoin de voix pour chanter
Les montagnes des grèves autour de ce grand lac calme le ciel la nuit
Les arbres cils au bord de ce grand oeil la nuit
Les hymnes n'ont jamais été si pauvres
Que durant cette journée où nous avons cherché
la terre à nous désâmer
Où nous avons tant recherché notre reflet fantôme la terre
Nous n'avons jamais été tant et si mal blessés
Que par ce soleil étranger dans le ciel que nous n'avons pas créé
Que par ce soleil qu'il a fait que nous n'avons pas créé
Les hymnes n'ont jamais été si pauvres si délaissées
Que ce jour où nous avons voulu prendre le soleil
à témoin de notre lumière
Et lorsque nous sortons la tête de sous notre toit nous voyons
La nuit d'un seul grand oeil immense
(le ciel) regarde la terre
Comme une grande femme en repos
la terre respirante qui dort
Nous sommes-nous agités suffisamment cette journée
Avons-nous assez promené l'anxiété de notre soif dans la journée
Avons-nous assez recherché la terre fantôme
Avons-nous assez cru assez douté
Le soleil nous a-t-il fait assez de mal, assez de bien
Les hymnes pendant ce temps ont été pauvres
Il leur a fallu maintenant cette heure depuis le crépuscule
Quand l'horizon est monté s'étendre au bord du ciel comme un bon chien
Et puis petit à petit toute la terre s'est étendue dans sa vallée pour s'endormir
Toute la terre s'est détendue avec ses épaules et ses vallées
Et sa respiration maintenant n'a plus besoin de voix pour chanter
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RECUEILS DE SAINT-DENYS GARNEAU
~ REGARDS ET JEUX DANS L'ESPACE ~
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