Nicolas de Rosanbo

 

J'étais là

J’étais là, dans cette ville qui m’observait de tous ses yeux, fenêtres, tours, lumières. 
Elle m’enfonçait à ses pieds goudronneux et je sentais ses cimes se refermer sur mon centre. 
Elle riait effroyablement fort aux méandres de ses avenues, longs vaisseaux sanguins sur une peau de fer. 
J’entendais grimper jusqu’à mon lit rouillé ses éclats retentissants. 
Mon lit, ma chambre, immonde bulle parmi tant d’autres, dans son ventre trop rempli qui menace d’accoucher. Petite boite au fond du tiroir d’un immeuble, cage animale encerclée par d’autre cage, alvéole dans un foi, casserole sous un couvercle de cuivre scellé par Dieu lui-même, reposant sur les flammes du centre de la terre. 
J’étais là, j’arpentais son estomac infecté de gaz et de fumées. Je vivais dans ses entrailles décomposées. J’appartenais à son peuple, comme les rats appartiennent à un égout saturé. J’appartenais à ses lois, à sa vie. J’étais là.

 

Une plaine dans l'oeil

La plaine, du buisson jusqu’à l’horizon,
Se houle dans son bain de vert et marron.
Elle s’étale longuement comme la pâte,
Sous le rouleau des nuages bleu écarlate.

Par endroit l’encre semble avoir coulée:
Un peu de ciel et puis un peu de terre,
Mélangés par le vent du silence mouillé,
Sous les arbres étourdis de la toile mystère.

Et puis la lumière qui s’efface derrière,
Laissant au bleu de nuit, la fuite orange
Et le bout d’un clocher près d’une grange.

Et puis les voyageurs, le visage derrière
L’absence, le rire, l’ennui ou bien le deuil,
Dans le train qui transperce la plaine, et l’œil




Perles de mélancolie

...Les villes sifflotent un air de tristesse
Le soir quand les trottoirs sont brillants
Il reste une place pour la solitude
Un banc pour les histoires d’enfant...

Perles de mélancolie
Teintes aux bords des yeux
Orages de détresse et calmes d’angoisse
On vogue sur quelques houles hasardes
Vois notre sillage, comme il s’éloigne !
Oh ! L’avenir s’étale,
Au loin la vie est presque ronde!

Perles de mélancolie
Teintes aux bords des yeux
Larmes vagabondes
Sur les cimes des songes

Les villes sifflotent sifflotent un air de tristesse
Le soir quand les trottoirs sont brillants
Il reste une place pour la solitude
Un banc pour les histoires d’enfant
Une fenêtre et une lumière jaune
Petite étoile parmi tant d’autres

Perles de mélancolie
Aux vents des peines
Et teintes au bord des yeux

Une promenade où les cœurs se flétrissent
Dans les parcs ou sur les rives d’un fleuve condoléant
Une promenade où les cœurs se rencontrent
Au bord des quais ou au soleil des terrasses.
Il reste encore une petite taille à l’enfant
Pour construire un rire de ses jeux
Et il n’y a pas de lieu pour son cœur
Car il est au bord de ses yeux.

Perles de mélancolie
Voyages des ondes
Qui font pleurer les cœurs sensibles

Vieille chanson que celle d’aujourd’hui !
Musique du temps
Qui ramène les vieux et faire surgir les enfants
Douce histoire dont on ne connaît pas la fin
Joli papier qui enveloppe le cœur si c’est un cadeau

La touche d’un piano qui résonne
et puis qui s’efface, et puis qui s’en va !

Jolies perles de mélancolie
Froides sur un désert monotone
humides au souffle de l’œil
Qui reviennent sur un autre ton
Sur un meilleur visage !
Chaudes sur une peau fragile
Et sèchent au vent du temps !



La bougie bleue

Le sommeil se pointe à mon œil 
Et mes rêves s’étirent vers ton cœur. 
Oh comme tu me manques sous la nuit ! 

Être la bougie bleue qui te veille ! 
Celle que tu allumes aux derniers songes, 
Petit phare des barques vermeilles, 
Étoile sur les brumes qui s’allongent ! 

Oui, être cette jolie branche de cire, 
Rameau couronné d’une flamme passive 
Qui te bénis quand tu vas t’endormir 
Et qui danse, t’emmène vers l’autre rive ! 

Simplement cette présence tranquille, 
Bougie bleue au seuil de tes nuits, 
Que tu allumes pour éteindre tes cils 
Et souffler la solitude de ta vie. 



Au bord de l'amitié

Au bord de l’amitié se dresse hélas, l’oubli. 
Joyeux châteaux qui s’effondrent s’ils sont vides, 
Les foyers s’éteignent avec le temps des rides. 
L’ami navigue sans toi, s’efface vers sa vie ! 

Il reste, emprisonné dans les murs du cœur, 
Une parcelle d’histoire, un souvenir commun, 
L’image d’un bonheur, et le sourire lointain. 

Vois celui qui s’est lié et n’a pas oublié. 
Emporte avec lui les images d’autrefois ! 
Regarde, il est ailleurs avec un peu de toi ! 
Au bord de l’oubli se dresse, ô joie ! L’amitié ! 



Ombre magique 

C’est marrant,
J’habite dans une ruine depuis que tu es partie.
Seulement des murs tapissés de souvenirs 
Des embruns malheureux de ton odeur
Des poussières remplies de tes pas
Des plis dans les draps
Des ombres, des clins d’oeil,
De vielles musiques
Et mon errance.

C’est marrant,
Je sens ta présence
Derrière mon miroir mélancolique.

Hier, je marchais, les entrailles remuées par le vent,
Oh non, je courrais plutôt,
Je devais avoir peur ?
J’avais écrit.

« Grandiose tempête dehors
Vent qui me soulève
Large étreinte que j’adore
Mauvais temps qui apaise…

Mon amour, mes racines,
Je suis où nous allions.
Mon amour, assassine
Cette horrible flagellation.

Le temps a des lames
Qui s’aiguisent sur les cœurs
Etait-ce bien ton âme
Que j’ai cru voir tout à l’heure ?

C’est le vent des souvenirs
Qui fouette nos boulevards
Et dans ma course je te respire
Jusqu’à ton grand départ.

Je suis seul, juste une musique
Qui vole autour de moi.
Ou bien ton ombre magique
Qui s’efface de toi ?

Et la tempête après s’épuise
Dans le silence et l’ennui
Et l’attente s’éternise
De ton ombre infinie.

Tu apparais au coin du boulevard
Quand le soleil revient
Les couleurs reviennent, bizarre,
C’est un joli matin.»

 

Rien d'autre

Je ne m’accrochai
Plus qu’aux falaises éclairées de l’horizon.
Les roches jaunâtres
Qui ne changent pas sur le temps d’une vie.
Les filets de lumière que laissent traîner les astres
Quand ils s’éveillent au dessus des océans.

Je ne m’accrochai à plus rien d’autre…
Rien d’autre qu’une branche au bord des falaises
Au dessus du vide et plus près du ciel.

J’abandonnai mon élan rêveur .

Je ne m’accrochai
Plus qu’à l’immensité azur
Et aux récifs qui étendent les bras.
Rien d’autre que la fraîcheur de l’altitude
Et un soupir emporté par le vent.

&&

J’abandonnai le feu
Grand brasier des hommes
Et m’accrochai aux glaces
Silence, calme et foi.

Au dessus des foules
Bien loin des visages
Moi comme une étrave
Coupant les flots et scrutant l’invisible !

Derrière mon front brûlant,
La dégoulinure de l’épuisement
Qui s’éloigne qui s’éloigne, vers les villes !

La trace souillée des rêves là-bas submergés…
Des constructions qui n’ont pas eu le temps…
Des souvenirs qui me rattrapent si je me pose…

Comme l’oiseau au bord des falaises
Sauter, 
Mais étendre ses ailes.

 

Poudre miraculeuse 

Le soleil perd son sang : je le sens ruisseler le long de mon corps émerveillé ; même se répandre sur les plantes timides et les façades secrètes ! Voila que tout son être s’écartèle sur ma terre, et par son souffle parfumé, c’est le mien qui s’enflamme!!

Sa blessure le gagne et le sang afflue ; il inonde les parcelles, asperge les ramifications, gratte les cimes…

Son caprice miraculeux est l’étreinte de mes yeux ; Je suis un voleur de délices ; Un voyeur, pour une caresse divine.

Ah ! Le monde ce matin est couvert d’étoiles. J’attrape, ici où là, une écaille de soleil, petite relique qui me remonte comme ces jouets mécaniques ; Un morceau de lumière torsadé, ah ! Comme si un enfant avait tressé les lignes d’un arc en ciel ;

Une lèvre rougeoyante, un frisson…

J’attrape ici où là les draps qui pendent du paradis, si le vent me les amène ; ils me couvriront quand viendra la fraîcheur de la nuit d’été.

Les plantes se déshabillent sous le regard du soleil, et puis le soir, elles s’inclinent en reprenant leur pudeur. Il ne reste dans l’ombre, que les traces de la nuit ; l’empire du jour s’installe, la tente du bonheur est dressée, voudrez vous y passer ?

textes et dessin: Nicolas de Rosanbo

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le site de Nicolas de Rosanbo

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