(1524-1585)

(Couture-sur-Loir, Vendômois, 1524 - Saint-Cosme-en-l'Isle, près de Tours, 1585) 

Cadet d'une famille aristocratique, Pierre de Ronsard entre en 1536 comme page au service de la famille royale. Le gentilhomme aspire à une carrière diplomatique et militaire, mais une soudaine maladie le frappe de surdité et le contraint, en 1540, à renoncer à la carrière des armes. Il se consacre alors aux Lettres (les Humanités) à l'étude du latin et du grec sous la conduite du réputé helléniste Dorat et se familiarise avec la poésie antique latine et italienne, se lie avec Du Bellay. Avec ce dernier, il fonde ensuite la Pléiade. 
 

Ses odes (1550-1552), imitées de Pindare et d'Horace, oeuvres chargées d'abondantes références au monde antique et de nombreuses allusions mythologiques, le rendent célèbre et le hisse au premier rang des poètes de l'époque. Il adapte les formes italiennes du Sonnet inspirées du pétrarquisme et après les Amours (1552), il trouve des accents lyriques dans la Continuation des Amours (1555-1556) et les Amours d'Hélène (1578), tandis que les Hymnes (1555-1556) montrent en lui un maître de la poésie épique. 

Nanti de bénéfices ecclésiastiques, poète officiel de la cour de Charles IX et Catholique fervent, il intervint par la plume aux côtés des Catholiques dans les guerres de Religion (Discours sur les misères de ce temps, 1562-1563). Après l'échec de son épopée en décasyllabes, la Franciade (1572, inachevée), Ronsard se retira au prieuré de Saint-Cosme où il composa des sonnets sur ses souffrances physiques et sa confiance en la miséricorde divine.

Après avoir été vénéré jusqu'au début du XVII e siècle, il fallut attendre la seconde moitié du XIX e siècle grâce à Sainte-Beuve, Maupassant ou Flaubert, pour que son oeuvre tombée dans l'oubli renoue avec le succès et inspire de nombreux musiciens au XX e siècle comme Debussy, Saint-Saens, Ravel, Poulenc et Milhaud.
Consacré en 1623 "Prince des poêtes" 

Pierre de Ronsard --> http://www.musique-renaissance.com/Ronsard.htm 

 

Je mourrais de plaisir voyant par ces bocages
Les arbres enlacés de lierres épars,
Et la lambruche errante en mille et mille parts
Ès aubépines fleuris près des roses sauvages.
 
Je mourrais de plaisir oyant les doux langages
Des huppes, et coucous, et des ramiers rouards
Sur le haut d'un futeau bec en bec frétillards,
Et des tourtes aussi voyant les mariages.
 
Je mourrais de plaisir voyant en ces beaux mois
Sortir de bon matin les chevreuils hors des bois,
Et de voir frétiller dans le ciel l'alouette.
 
Je mourrais de plaisir, où je meurs de souci,
Ne voyant point les yeux d'une que je souhaite
Seule, une heure en mes bras en ce bocage ici.
 
Continuation des amours (1555)

 


Comme un Chevreuil
 
Comme un Chevreuil, quand le printemps détruit
L'oiseux cristal de la morne gelée,
Pour mieux brouter l'herbette emmiellée
Hors de son bois avec l'Aube s'enfuit,
 
Et seul, et sûr, loin de chien et de bruit,
Or sur un mont, or dans une vallée,
Or près d'une onde à l'écart recelée,
Libre folâtre où son pied le conduit :
 
De rets ni d'arc sa liberté n'a crainte,
Sinon alors que sa vie est atteinte,
D'un trait meurtrier empourpré de son sang :
 
Ainsi j'allais sans espoir de dommage,
Le jour qu'un oeil sur l'avril de mon âge
Tira d'un coup mille traits dans mon flanc.
 
Les amours de Cassandre (1552)

 


Ange divin... 

Ange divin, qui mes plaies embaume,
Le truchement et le héraut des dieux,
De quelle porte es-tu coulé des cieux,
Pour soulager les peines de mon âme ?

Toi, quand la nuit par le penser m'enflamme,
Ayant pitié de mon mal soucieux,
Ore en mes bras, ore devant mes yeux,
Tu fais nager l'idole de ma Dame.

Demeure, Songe, arrête encore un peu !
Trompeur, attends que je me sois repu
De ce beau sein dont l'appétit me ronge,

Et de ces flancs qui me font trépasser :
Sinon d'effet, souffre au moins que par songe
Toute une nuit je les puisse embrasser.
 



Bonjour mon cœur Bonjour mon cœur, bonjour ma douce vie.
Bonjour mon œil, bonjour ma chère amie,
Hé ! bonjour ma toute belle,
Ma mignardise, bonjour,
Mes délices, mon amour,
Mon doux printemps, ma douce fleur nouvelle,
Mon doux plaisir, ma douce colombelle,
Mon passereau, ma gente tourterelle,
Bonjour, ma douce rebelle.

Hé ! faudra-t-il que quelqu'un me reproche
Que j'aie vers toi le cœur plus dur que roche
De t'avoir laissée, maîtresse,
Pour aller suivre le Roi,
Mendiant je ne sais quoi
Que le vulgaire appelle une largesse ?
Plutôt périsse honneur, court, et richesse,
Que pour les biens jamais je te relaisse,
Ma douce et belle déesse.

(Recueil : Second livre des amours)

Comme on voit sur la branche

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'Aube de ses pleurs au point du jour l'arrose;

La grâce dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur;
Mais battue, ou de pluie, ou d'excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendres tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.

Amours, 1560.




Sonnet à Marie

Je vous envoie un bouquet que main
Vient de trier de ces fleurs épanouies ;
Qui ne les eût à ce vêpres cueillies,
Chutes à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,
En peu de temps cherront, toutes flétries,
Et, comme fleurs, périront tout soudain.

Le temps s'en va, le temps s'en va, ma dame
Las ! le temps, non, mais nous nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame ;

Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle.
Pour c'aimez-moi cependant qu'êtes belle.



Maîtresse, embrasse-moi...

Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi,
Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie,
Mille et mille baisers donne-moi je te prie,
Amour veut tout sans nombre, amour n'a point de loi.

Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi
Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,
A baiser (de Pluton ou la femme ou l'amie),
N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?

En vivant presse-moi de tes lèvres de roses,
Bégaie, en me baisant, à lèvres demi-closes
Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.

Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée,
Je ressusciterai ; allons ainsi là-bas,
Le jour, tant soit-il court, vaut mieux que la nuitée.


Sonnets pour Hélène, 1578.

Sonnet à Hélène (1578)

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
"Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle."

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et fantôme sans os
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

Le printemps

Le printemps n'a point tant de fleurs,
L'automne tant de raisins meurs,
L'été tant de chaleurs halées,
L'hiver tant de froides gelées,
Ni la mer a tant de poissons,
Ni la Beauce tant de moissons,
Ni la Bretagne tant d'arènes,
Ni l'Auvergne tant de fontaines,
Ni la nuit tant de clairs flambeaux,
Ni les forêts tant de rameaux,
Que je porte au coeur, ma maîtresse,
Pour vous de peine et de tristesse.



Je n'ai plus que les os

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m'a trompé ;
Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant le face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m'en vais le premier vous préparer la place.

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