Verbe
mon recours
ma spirale
mon intime
*
* *
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O soleil
Cracheur de feu de mon enfance
Terre
ma Terre
Ligne courbe dans le pur espace
Pur désir
À caresser les hanches de la nuit
O soleil
Entre les stries de l'ombre
Le visage implorant de l'amour
Te regarde
* * *
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J'ai rêvé des matinées de grâce alanguies
lentement
dénouées
le soleil lissant ses plumes
aux brumes moirées
orfèvre des petits jours
pointant sa griffe légère
sur la joue tiède encore
de mes petits rieurs
* * *
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Nous pouvons bien jouer avec les
mots puisqu'ils se jouent de nous.
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DÉFINITIONS
Épanchement
Penche
vers moi
ton regard doux
pour
que sans reproche
glissent tes pensées
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Penche
vers moi
ton regard doux
pour que sans remords
glissent tes pensées
Un petit nuage de bonté
C'était un petit nuage de bonté qui déambulait vaguement triste dans le
ciel, un ciel bleu, limpide comme la cruauté. C'était un homme. (Un
homme… est-ce possible quand sous la fière carapace des ans, on porte
comme un enfant un petit paquet de terreur muette qui ne s'avoue pas être
?) C'était un homme donc, à sa fenêtre, par dessus les toits de la
ville, qui observait un petit nuage trop frêle et petit pour soulager son
âme défaite. Et rien, rien dans cette prison sans murs pour soulager son
âme défaite. Mais quel homme aussi seul eût cherché secours auprès
d'un simple petit nuage de bonté déambulant dans le ciel lisse d'un
dimanche d'août ? Quel homme ?
Lourd est le regard de l'homme, trop lourde sa solitude pour voyager dans
le ciel… Alors le petit nuage de bonté se sentant inutile s'évanouit
dans la nue comme neige au soleil, laissant l'homme contrit arrimé au
silence de la ville.
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Tintamarre
Fable
ou cloches
tintent à la volée
(À des lieues de tintamarre
sonnant
et résonnant
comme fanfare)
Bruissement
Bruine doucement
des mots qui mentent
* * *
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Nostalgie d'une légèreté rêvée,
entrevue dans le parfum de l'air,
dans l'air du temps d'une enfance éternelle.
* * *
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ENFANCE
Enfance
eau jaillissante des bassins
Enfance
délivrée de la soif au bouche à bouche des fontaines
cœur abondant
inondé du bruissement de l'été
Enfance
odeur de
l'herbe fraîchement coupée
source vive
ciel ouvert
Enfance
chemin creux frayant dans les
charmilles
et les taillis de coudriers
Enfance
je dominais le
monde sur le " Cou d'air "
à flanc de roche
je n'avais ni remords ni regrets
mais pressentais déjà mon rêve
* * *
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Mon enfance est à jamais liée au souvenir d'un tombereau bleu
dont les planches à claire-voie cédaient sous le poids du fumier
et qui cahotait sur un étroit chemin de pierres
ahanant lui-même
entre la remise à bois et le haut mur aveugle
~ grand pourvoyeur d'ombre fraîche ~
de la ferme de mes grands-parents.
* * *
Les mots parlent aux mots
entendre et voir les bien nommés
ainsi PLATANE désigne un mot
qui érige son P
comme un poing au ciel
son T
est précis, immobile, planté
en terre
son L l'allège
l'aère
berce un ciel
où les voyelles
donnent le la
de la légèreté
* * *
MOTUS
motus
mot de tous mes mots
mémoire de mes mots
mot de passe
passe-muraille
silences observés
mille échos
de mes mots
mouvements des signes
entrelacs
entre-lignes
mot
de vous à moi
* * *
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Découvrir les mots
Effeuiller soulever les voiles
Les paupières des mots
Mots tendus aiguisés
Déguisés sous le tranchant
Ouverts ou repliés
Le dos rond à l'usage
Perles jalouses
Ou cailloux frondeurs
Frottés à toutes les lèvres
Mots de tous les jours
Mots de toutes les nuits
Solitaires
Ou chaînons de farandole
Roches noires
Aboulées d'un cratère
Ou fretin
Coulant de source vive
Mots
Découvrir les mots
Soulever les masques
Remonter les fleuves
Suivre les sens obliques
Tout l'or des mots
À la source imprenable
Plis et replis
En pluie de timbres
Et d'effluves neuves
Aux genoux de la musique
* * *
Je suis riche d'une dette d'amour et
d'une capitale de tendresse.
Que soit
toujours
Noël
en elle ailé
aux blancs oiseaux pareil
jamais
Noël
en elle allé
comme neige au soleil
Qu'enfance
lui soit volé
et c'est un grand ciel vide
en son cœur installé
* *
*
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Plutôt se fondre
au présent d'une vie
à vivre au jour
la joue d'un jour
sans fin
plutôt désirer
comme les enfants
des aubes éblouies
bleuissantes
où tendre
je reviendrais
me pendre
aux cheveux de ma mère
* * *
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J'écris à mes moments gagnés sur mon temps
perdu
Le ciel nous ment
au ciel se tend
l'immensité
Écheveau de l'invisible
la mer hirsute
et sans partage
lime l'éternité
Auprès de ces abîmes
risibles sont
nos amertumes
* * *
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On ne peut plus rentrer chez soi;
la serrure de la porte ne fonctionne plus,
la clé reste bloquée.
Rien à faire.
Ce doit être cela mourir.
* * *
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N'osant céder à l'écriture
inertie du doute
j'aurai
marché en équilibre sur la frange d'un ailleurs
Bercé par cette errance
j'aurai pourtant mieux écrit que je n'aurai vécu
et faute de ne m'être jamais senti tout à fait au monde
je n'aurai tressé çà
et là que quelques lianes
lancé à la dérobade que de brèves
incantes
* * *
Aller à la rencontre de mots déjà inscrits en soi
S'accomplir plutôt qu'accomplir
Restituer ce qu'on ne se pardonnerait pas d'avoir perdu
Devenir ce qu'intimement on était déjà
* * *
Et si la mort était un petit caillou creux
à la vingt-cinquième heure…
Au matin
écarquillant les paupières
soulevant
les
lambeaux
de
la
nuit
on se réveille
parmi les débris
d'un rêve
que le jour atroce
a mis en pièces
* * *
Dans le cœur de la nuit
étoile éclatée dont les branches
fuient vers les confins
de l'obscurité
dans l'œil de ma mémoire
tendu
vers ce point de lumière
qui retarde la stupeur de l'aube
j'implore le temps
où le temps
s'arrêtait
happé par la douceur
d'un jour d'été finissant
le miracle de l'enfant
qui courait sur l'eau vive
des chemins
le cœur battu déjà
par le murmure des ombres
de la nuit montante
* * *
A M.
Un simple crépuscule
Et " l'éternité se met à bruire "
Il est mort
Étrangement on a du mal à pleurer
Une fenêtre ardente sur la vie s'est fermée
* * *
Tout poète est dépositaire. Tout acte
poétique est dépossession.
Les mots sont des fleurs de sang, des baisers mortels sur ta bouche,
lecteur.
L'indicible raison qui nous oblige, a survécu, survivra sur tous les
champs de bataille de la mémoire.
Mon avenir, lecteur, t'appartient car nous courions sur les mêmes dunes
formant les pleins et les déliés d'une même langue.
Mon enfance est la tienne, lecteur.
Chevillée au cœur comme un caillot de larmes, tu sais comme moi qu'elle
s'insurge contre nos pâles déguisements.
Tu connais comme moi le poids terrible des mots dans la balance de l'oubli
et tu sais que le chant est la seule conversion possible de l'attente.
Nous n'avons que des mots d'ici pour parler d'ailleurs.
Ce que nous nommons la beauté est au bout de l'errance.
* * *
LA VIE EN BLANC
Aujourd'hui ne dites rien qui ne sourît
Dehors les crabes de l'insomnie
Adieu l'araignée du remords
L'araignée dit
C'est un peu fort
Je ne mérite pas cette métaphore
J'ai tissé verticalement ma toile
Avec le fil de l'aube
C'est une bonne nouvelle
La lumière captive éclate en petits points
La terre s'appuie sur le ciel
Le jour est neuf
Lavé des scories d'hier
Des torpeurs de la nuit
Comme il respire le jour
Hors de sa chrysalide
Et mon amie
Comme ses yeux sont clairs
Et le petit chinois
Qui vit de rien
Qui vend des boîtes de thé sous ma fenêtre
Qui sourit à mon chien
Il a repeint la vie en blanc
Il ne me connaît pas
Mais il me veut du bien
* * *
Solitude,
ma bouteille étoilée.
ANICROCHE
"Qu'ai-je fait aux bêtes théologales de
l'intelligence ?"
Apollinaire
Le monde s' enivrait de quelques folies centésimales
Deux ou trois extravagances
Qui faisaient du bien à mon mal
Un jour sans importance
Tarit les jours passés
Madame qui passez
Prenez mon mal en patience
Quelquefois le sens est vain
Et rien ne compte que la musique
Je boirais bien un verre de vin
Pour le plaisir de faire un hic
Qui n'a rêvé faire l'histrion
Au nez d'une gourgandine
L'argentin désargenté...
On a volé mon églantine
* * *
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JE
N'AI PAS VU SYRACUSE
À Bernard Dimey
Je n'ai pas vu Syracuse
pas plus que le Grand Mausolée
la chine profonde
ou les rives du Bosphore
Je n'ai pas vu les Montagnes Bleues de l' Oregon
ni les terres australes
ou les terres glacées
sous le ciel boréal
pas plus que le Guadalquivir
dont le seul nom invite la guitare
J'ignorerai sans doute le rêve bleu
des glaces du Népal
et les bords du lac Titicaca
où vient paître l'alpaga
J'ignorerai même Louxor
temple des temples
où Bernard rêve de la vie
entre le jaspe et le phosphore
Je n'ai pas vu Syracuse
pas plus que le Grand Mausolée
et je rêve encore du mont Fuji-yama
et de ces villes lointaines
qui portent des prénoms de femme
Alexandrie Avila ou Cyrène
et Syracuse entre toutes
que je n'ai jamais vue
*
* *
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Se couvrir dans la vie de sa
panoplie d'homme…
|
J'étais que chien parmi les loups
Enfin j'étais naïf
Une reine apocryphe
Me buvait l'âme dans le cou
Quand lassée de sa proie sans doute
Maudite elle s'enquit
De prendre le maquis
Tous les sbires tous les manitous
M'ont dit pas de remords
Ta reine n'est pas tout
Tu seras matamore
Matamore moi pourquoi pas le Cid
Un roi plus grand que nous
Plia les deux genoux
Devant la Reine des numides
* * *
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Sonnez l'hallali
Toutes les en allées
Défilent dans le cercle
O mânes sardoniques
Soulevez le couvercle
Crachez le fiel
De vos joues pourries
Et le grand Pétomane
Là haut
Peut renverser le ciel
* * *
Voici des mots : la
poésie est la fête éblouie de leur alliance.
*
* *
Peindre ce qui reste après la fuite
Les nuages alanguis du couchant au-dessus de la ville, au loin…
Mémoire, ravine d'ombre et de lumière
*
* *
Mon enfant
mon petit tout
mon garçon mon fils
je t'en prie,
par tout
ce qui survit et renaît
ne grandis pas,
reste tout neuf
tout bleu tout jour au-dedans,
n'émousse ni ton regard
ni ton âme
ni ne taris
le petit ruisseau de ta chanson.
Mon petit
mon abeille
mon brin de soleil
cours à vau-l'eau
sur les routes du ciel,
danse, danse
mon arbrisseau
mon roseau sur le vent,
ose encore et toujours ton rire
à la face du ciel
et laisse tomber je t'en prie
ce qui se trame
et chuchote
dans la cour des grands.
*
* *
|
Ce que je cherche depuis toujours
me trouvera un soir
au pied d'un mur
derrière lequel mes mots
seront enfin exaucés.
En attendant j'agite mon petit drapeau
sur une mer de survivance
où quelques orpailleurs
fouillent avec moi
la blessure secrète
qui saigne sous les mots.
*
* *
|
Ma vie ne tient qu'à un fil d'écriture.
Mémoire
Mémoire, mot sur le secret, la perte, le silence, la déroute,
l'embrouillamini des jours, des heures, des instants immergés dans un magma qui
s'énonce
comme mal de mots, fausses vérités, vrais mensonges… vrais mensonges ces collines,
ces fontaines, la lumière d'une aube prometteuse, l'odeur acide des foins
dans le bourdonnement d'un été écrasé de soleil. Mémoire éprise de musiques, de
petites notes sur fond de désirs, de rêves et de courses à travers champs.
Petites notes ces refrains, ces images qui dansent et jalonnent un chemin creux où
je me vois de dos, fuyant à grandes enjambées l'emblématique faux, le
quartier blême de la lune qui voulait me couper les jambes.
* * *
Ma mère
son petit parapluie voltigeait dans la foule.
Son petit parapluie
dans la foule voltigeait ma mère…
Obsédants ces mots revenus
déposés dans un souffle
sur la vague légère.
Légère ma mère
son petit parapluie faussement débonnaire
avec quels fantômes croisait-il le fer ?
Ma mère
parapluie petit voltigeur
main de noyée
dans la mer aveugle des marcheurs
ton fils écrit des mots dérisoires
qu'on retrouvera peut-être
serrés dans la main d'un passeur.
A moins que la mort ne vienne avec l'oubli
quand les mots
cendres éparses
auront cessé leur petit roulis.
* * *
À Chloé
Tu es venue d'un pays qui dormait en moi.
Chaque jour grandit cette certitude :
je te vois, je t'ai déjà vue,
j'ai déjà vu ce que je vois, rien
ne m'est inconnu,
pas plus ces bouffées de rire
que la tristesse qui penche
ton regard.
Bien avant de naître tu me souriais…
Cette douceur était d'avant,
d'avant l'inflexion de ta voix, le pli joyeux
de ta lèvre, les douze petites lunes
qui s'allument dans tes yeux.
* * *
Nuit
Nuit, grande gueule puante, sans fond,
nuit, effrayante, effarante,
nuit incroyable.
Incroyable, c'est le mot !
L'incompréhensible horloge céleste étouffe,
tarit le souffle fragile
qui tout à l'heure m'imposait l'écriture.
Nuit, grande rivale,
effeuillaison de mon enfance, entonnoir
qui aspire toute promesse.
Nuit, agonie de ma soif
qui ne peut franchir les limites terrestres…
Ô, moribonde ma soif
au point que la littérature me dégoûterait
sans cette intuition tenance d'un possible,
d'un ailleurs, d'une énigme
qui interroge ce cœur brûlant au bord
des mots, des mains, des yeux,
sans cet incompréhensible amour
qui bouscule mon sang, précipite mes mots,
folle et frêle embarcation,
vers la chute de mon poème.
* * *
Je suis au monde dans la peau de celui à qui on a rendu la liberté et dont la certitude de la perdre à jamais, tapie au fond de l’os, blesse le moindre de ses mots, trahit le renoncement, parfois jusqu’à l’écœurement et la fuite.
Je suis au monde avec ma peau de forçat, mon sac de veines où palpite incrédule un cœur de plumitif. Avec mes bouffées de poèmes comme autant de ruptures, de noirs secs entre les tableaux, j’avance… J’avance, je cherche, je questionne les réponses. Mais rien ne détourne le fleuve du précipice. Rien ne résiste à la force aveugle du courant. Mon fétu de poème est emporté par les flots ténébreux.
* * *
(nouveau)
Mes
petites éternités
Quitte
à finir en tourbillon dans les chutes niagaresques d’une existence inique
où je n’aurai que balbutié, attardé de tout et revenu de rien, j’aurais
voulu – pourquoi ? je me le demande car je ne suis pas dupe des fins
dernières, de l’agonie des espèces, voire même de la mort du soleil et
autres collisions interstellaires – laissé derrière moi quelques traces,
soigneusement écrites, imprimées noir sur blanc, rémanentes d’une vie
aimée tant et désaimée autant, tout dégoûté par tant de crapuleries,
mensonges et violences qui bourdonnent à mes oreilles, ternissent mon
jardin, tant d’efforts concertés pour précipiter la chute annoncée et que
d’aucuns aveuglés par leur orgueil de créature sortie de la cuisse d’un
Jupiter belliqueux, prennent – j’en suis estomaqué – pour une ascension
première classe vers d’éternelles félicités ! Et même que certains pour de
telles fariboles vont jusqu’à faire feu de tous leurs artifices au milieu
des foules innocentes.
C’est
dire qu’il y a des matins, atroces comme une toile de Velickovic, à renier
le jour, à plonger sous les draps, retourner comme un hippocampe dans le
sommeil amniotique d’avant les nouvelles de sept heures qui vous annoncent
la fin du monde entre deux spots publicitaires ; un raz de marée par ci,
un massacre par là, que je t’affame au sud, te pollue au nord, et que je
t’arrache les yeux et la langue, et que je cours t’exploser la planète au
nom de Jéhovah et du pétrodollar.
Et
allez dire au péril de votre vie à ces esprits tourneboulés que la leur
est myope comme un Singapourien, que l’éternité est une courte vue, c’est
flûter pour les sourds ou prêcher dans le Hoggar. Dire que je m’étais
levé, avant ce foutu journal de sept heures, avec l’innocente intention
d’écrire pour me distraire un peu de la vie et de l’inéluctable retour des
saisons…
Foin
des délices de Capoue comme disait l’autre qui me manque, mes petites
éternités me suffisent ; elles ne durent qu’un sourire, un geste, un mot,
mille autres petits riens qui pardonnent l’existence et à la seule
évocation desquels mon cœur de vieil enfant vire encore à la débandade.
* * *
(nouveau)
Prends un
peu de temps
pose le sous l’arbre
et glisse-toi dedans.
Dans ma tête
J’ai dans ma tête
un réduit de silence
une grange d’hiver
un tombereau qui danse
dans ma tête
une forêt de Compiègne
un genou bleu qui saigne
dans ma tête
une course la nuit
folle à travers les champs
et la lune qui danse
dans ma tête.
J’ai dans ma tête
une grand-cour d’école
un quartier Batignolles
mon père Gary Cooper
dans sa tête
des indiens de sept ans
un « poteau de couleurs »
un enfant pris de trac
un livre d’Apoutsiak
l’esquimau sur le cœur
et la lune qui danse
dans ma tête.
J’ai dans ma tête
un arbre tutélaire
auréolé d’oiseaux
glissant sur la lumière
un vieux batteur de faux
qui marque le tempo
sous le tilleul en fleurs.
De ces temps martelés
de ces sourdes cadences
j’ai gardé accrochée
cette lune qui danse
dans ma tête.
Jacques
ROLLAND
JRCHORALL@aol.com
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- Graphisme: Au fin fond de nulle
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