Rainer-Maria Rilke

(Prague 1875 - sanatorium de Val-Mont, Montreux 1926)

 

NOTES BIOGRAPHIQUES

1875   - 4 décembre : naissance à Prague. 

Rilke s'attribuait volontiers une ascendance de noblesse corinthienne; il semble en fait que cette ascendance ait été purement imaginaire. Le père, ancien officier, fait une carrière médiocre et se retrouve employé dans une compagnie de chemin de fer. La mésentente règne entre le père et la mère et le couple se dissout. La mère, Phia Rilke, dévote et coquette à la fois, s'éloigne; Rainer- Maria souffre de cette absence et d'un amour maternel insuffisant : les oeuvres de sa jeunesse en portent de nombreux témoignages. 

1882 -  Entrée à l'école primaire 

1886 -  Fin septembre : entrée à l'école des cadets de Sankt-Pölten, en Autriche, puis,
1890 à l'école militaire supérieure de Weisskirchen en Moravie. Premières publications de vers et de prose dans diverses revues.

1892 -  Retour à Prague. Rilke se prépare à l'examen de maturité par des leçons particulières.

1895 -  9 juillet : examen de maturité à Prague. Semestre d'hiver : université de Prague (littérature, histoire, philosophie, histoire de l'art).

1896   Fin septembre : départ pour Munich, où Rilke s'inscrit à l'université. Rédaction des premières poésies, qui figureront dans Offrande aux Lares, Couronné de rêve, Avent ; ainsi que du journal Wegwarten, destiné à être distribué gratuitement.

1897 - Rencontre avec Lou Andreas Salomé, de treize ans son aînée.
Juin-juillet : séjour auprès de Lou à Wolfratshausen, près de Munich.
Début octobre : Rilke suit Lou dans la banlieue berlinoise, où il reste, avec des interruptions, jusqu'en mars 1901.

1898 - Publication de divers récits, dont plusieurs constitueront les receuils Au fil de la vie, Deux histoires pragoises.
Avril-mai : voyage à Florence et Viareggio.
Décembre : chez Heinrich Vogeler, à Worpswede, près de Brême, dans une colonie d'artistes.

1899 - D'avril à juin : premier voyage en Russie, en compagnie de Lou et de son mari Carl Andreas.
27 avril : rencontre avec Tolstoï, à qui les voyageurs sont recommandés par le peintre Leonid Pasternak.
Au retour, rédaction de la première partie du Livre d'heures (Le livre de la vie monastique).

1900 - De mai à la fin août : deuxième voyage en Russie; nouvelle rencontre avec Tolstoï à Iasnaïa Poliana.
Au retour de ce voyage, fin de la première période des relations avec Lou Andreas Salomé.
27 août : arrivée à Worpswede.
Publication des Histoires du bon Dieu.

1901 - Mars : mariage avec Clara Westhoff, qu'il a connue à Worpswede.
Rédaction de la deuxième partie du Livre d'heures (Le livre du pèlerinage).
12 décembre : naissance d'une fille, Ruth Rilke.

1902 - D'abord à Westerwede, près de Worpswede. Rédaction de la monographie Worpswede.
Fin août : départ pour Paris (où il restera jusqu'en mars 1903), avec l'intention d'écrire une monographie sur Rodin (dont la première partie est publiée en 1903).
Rédaction des récits qui constituent le recueil Les Derniers et composition d'un grand nombre des poésies du Livre d'images.

1903 -  Avril : Rilke quitte Paris (pour y retourner quelques mois plus tard) jusqu'en 1905.
Composition du Livre d'images et des premières pièces des Nouveaux poèmes.
Troisième partie du Livre d'heures (Le livre de la pauvreté et de la mort), écrite à Verragio.
Première des Lettres à un jeune poète.
Mi-décembre : Rome (jusqu'en juin 1904)

1904 - Rome, puis, à partir de juin, séjour en Scandinavie, où Rilke est invité dans deux maisons amies.
Février, à Rome, début de la rédaction des Carnets de Malte Laurids Brigge, en même temps que sont conçus quelque-uns des Nouveaux poèmes.

1905 - Divers séjours en Allemagne.
Septembre : installation à Meudon, chez Rodin.
Octobre et novembre : tournée de conférences (sur Rodin).

1906 - Deuxième tournée de conférences.
Mars : mort du père de Rilke.
Vers la mi-mai : brouille avec Rodin, Rilke s'installe à Paris.

1907 - Publication de la monographie augmentée sur Rodin.

1914 - Début d'une longue période de voyages (Afrique du Nord, Egypte, Berlin, Espagne, Venise). Travaille aux Nouveaux poèmes et au Requiem. Séjour à Paris de mai à octobre 1907, de mai 1908 à février 1910 (où réconcilié avec Rodin, il loge à l'hôtel Biron). Un de ses voyages (en 1909) mène Rilke aux Saintes-Maries-de-la-Mer, à Aix-en-Provence, à Arles, en Avignon.

1910 -  Rilke termine et publie les Carnets.
Avril :     il fait la connaissance de la princesse Marie de Tours et Taxis, à Duino, au bord de l'Adriatique, entre Venise et Trieste.

1911-  Voyages.
Hiver 1911-1912 à Duino. Traduction du Centaure de Maurice de Guérin.

1912 - À Duino, composition des premières Élégies. Traduction de L'Amour de Madeleine.

1913 - Espagne, Paris. Traduction des Lettres Portugaises.

1914 - Traduction du Retour de l'enfant prodigue d'André Gide.
Relation avec la pianiste Magda von Hattinberg (Benvenuta).
La déclaration de la guerre trouve Rilke en Allemagne, où il reste jusqu'à la fin des  hostilités, le plus souvent à Munich. Ses papiers sont placés sous séquestre à Paris.

1916 - Mobilisé à Vienne en janvier, il est libéré dès le mois de juin.

1918 - Rilke reprend contact avec son éditeur Kippenberg. Traduction de Vingt-quatre sonnets de           Louise Labé.

1919 - Rilke reprend sa vie errante. Tournée de conférences en Suisse.

1920 - Rilke retrouve la princesse de Tour et Taxiz. Relation avec Merline (Baladine Klossowska). Relation amicale avec Werner Reinhart, un industriel de Winterthur, qui, l'année suivante, achète à son intention la tour isolée de Muzot, près de Sierre, qui sera pour plusieurs années sa résidence.

1922 - Achèvement des Élégies de Duino et rédaction des Sonnets à Orphée.
Mariage de Ruth Rilke en Allemagne.

1923 - Muzot. Rilke travaille à des traductions de Paul Valéry.

1924 - Premier séjour en clinique à Valmont, près de Montreux. Premiers poèmes en français, pour appuyer, dit Rilke, sa future demande de nationalité suisse.

1925 - Séjours en Suisse et à Paris, qu'il quitte soudain pour Sierre; nouvelle cure à Bad Ragaz.

1926 - 29 décembre : Rilke succombe à une leucémie.

1927 - 2 janvier : enterrement au petit cimetière de Rarogne.

 

 

 

 

 

Poèmes à la nuit   (Un extrait du recueil)

Un tel souffle, ne l’ai-je pas puisé au flux des minuits,
pour l’amour de toi, afin que tu vinsses un jour ?
Parce que j’espérais apaiser ton visage
par des splendeurs à la force presque intacte,
une fois que dans l’infini de ce que j’en suppose il reposerait en face du mien.
Sans bruit, de l’espace advenait à mes traits ;
afin de suffire au grand regard levé en toi,
mon sang miroitait et s’approfondissait.

Quand à travers la pâle division de l’olivier
la nuit régnait avec plus de force, de toutes ses étoiles,
je me dressais, je me tenais debout et me
renversais en arrière, et recevais la leçon
dont jamais ensuite je n’ai compris qu’elle venait de toi.

Ô quelle forte parole fut semée en moi
pour que si jamais ton sourire advient,
par mon regard je transfère sur toi l’espace du monde.
Mais tu ne viens pas, ou tu viens trop tard.
Jetez-vous, anges, sur ce champ de lin bleu.
Anges, anges, fauchez.

 

Lettre à un jeune Poète

Une seule chose est nécessaire: la solitude. 
La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne - c'est à cela qu'il faut parvenir. 
Être seul comme l'enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l'enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s'en affairent et que l'enfant ne comprend rien à ce qu'elle font.
S'il n'est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d'être prêt des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. 
Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d'évènements auxquels vous pouvez prendre part. 
Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.

 

La fontaine   (recueil : Vergers (extraits)

Je ne veux qu'une seule leçon, c'est la tienne,
fontaine, qui en toi-même retombes, -
celle des eaux risquées auxquelles incombe
ce céleste retour vers la vie terrienne

Autant que ton multiple murmure
rien ne saurait me servir d'exemple;
toi, ô colonne légère du temple
qui se détruit par sa propre nature

Dans ta chute, combien se module
chaque jet d'eau qui termine sa danse.
Que je me sens l'élève, l'émule
de ton innombrable nuance !

Mais ce qui plus que ton chant vers toi me décide
c'est cet instant d'un silence en délire
lorsqu'à la nuit, à travers ton élan liquide
passe ton propre retour qu'un souffle retire

 

Livre de la Pauvreté et de la Mort  (extrait)

Toi, mont, seul immuable dans le chaos des montagnes,
pente sans refuge, sommet sans nom,
neige éternelle qui fait pâlir les étoiles,
toi qui portes à tes flancs de grandes vallées
où l'âme de la terre s'exhale en odeurs de fleurs.

Me suis-je enfin perdu en toi,
uni au basalte comme un métal inconnu ?
Plein de vénération, je me confonds à ta roche,
et partout je me heurte à ta dureté.
Ou bien est-ce l'angoisse qui m'étreint,
l'angoisse profonde des trop grandes villes,
où tu m'as enfoncé jusqu'au cou ?

Ah, si seulement un homme pouvait dire
toute leur insanité et toute leur horreur,
aussitôt tu te lèverais, première tempête de monde,
et les chasserais devant toi comme de la poussière_

Mais si tu veux que ce soit moi qui parle,
je ne le pourrai pas, car je ne comprends rien ;
et ma bouche, comme une blessure, ne demande qu'à se fermer,
et mes mains sont collées à mes côtés comme des chiens
qui restent sourds à tout appel.
 

 

Chant éloigné  (extraits du texte)

Étourdis-moi, Musique, de ta rage rythmique !
Haute réprobation impénétrablement dressée devant mon cœur
pour n’avoir point ressenti un tel déferlement et s’être ménagé.
Ô mon cœur, là :
vois ta propre splendeur. Ne te contentes-tu pas presque toujours
d’un élan moindre ? Mais les voûtes attendent,
les plus hautes, que tu les emplisses de l’afflux de tes orgues.
Qu’as-tu à te languir du visage d’une bien-aimée étrangère ?
Manque-t-il à ta nostalgie le souffle issu de la trompette de l’ange
qui inaugure le Jugement dernier, pour déclencher des orages sonores :
oh, c’est donc qu’elle non plus n’est pas, nulle part, et ne naîtra jamais,
celle dont la privation te dessèche..

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AILLEURS SUR LE WEB:

Élégie à  MARINA TSVÉTAÏEVA
Description de Rilke par Zweig
Notes de Rilke sur Rodin
Encyclopédie de l'Agora
Huitième Elégie de Rilke

BIBLIOGRAPHIE:

      Ses livres  

  • Élégies de Duino 

  • la Huitième élégie de Duino 

  • Lettres sur Cézanne 

  • Chant éloigné:

    Poèmes
    Nouvelle édition bilingue augmentée
    Traduit de l’allemand par Jean-Yves Masson
    128 pages, 69 F 
    ISBN : 2-86432-301-X

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L' Appel des sommets, Techniques mixtes de l'artiste-peintre, 
Pierrette Labonté

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