Jeune poète, Jean-Luc REYMOND nous fait part 
du résultat de son introspection où tourbillonnent
intimement mêlés: le constat divin, l'amertume de la fatalité amoureuse, 
l'éphémère et, paradoxalement, indestructible passion,
la vision onirique d'un monde qui guérit ses plaies.

L'auteur a remporté le prix du concours de poésie attribué
par le Centre Culturel du Nord-Isère (CCNI) pour son poème intitulé "Naufrage".

« [...] et moi j'ai souri,
comme on sourit à un enfant qui
dans sa naïve raison
embrasse ses illusions ...

... passion si délicate de l'amour,
pareille à deux étoiles
s'aimant dans l'infini de l'univers,
libres,
mais séparés pour l"éternité.
[...] »

(extrait d'un article de presse)

 

 

ELLE S' APPELAIT JEUNESSE

Elle se nomme jeunesse,
Sa beauté n'a d'égale que son insouciance.
Son image représente
Depuis le fond des âges,
Le regret de l'éphémère.

Son royaume est immense,
Et ses espoirs illimités.
L'éclat de ses rires naïfs,
Remplit le monde de désirs ensorcelés.

L'humanité l'a servie, chacun l'a aimée.
D'autres l'ont bravée.
Mais comme surgi d'un mauvais conte d'enfant,
Le seigneur du temps l'a emprisonnée.
A présent,
Jeunesse a peur.
Du fond de son cachot,
S'élève la plainte d'une vie brisée.
Sur les murs de pierres grises,
Dans un dernier sanglot,
La triste princesse y grave un ultime message.
" Je meurs ".



LIVRE À COEUR OUVERT

Mille ans d'amour à se chercher,
mille ans d'amour à essayer,
mille ans d'amour à se mentir,
si peu de temps pour se maudire.

Destins scellés,
Au matin d'automne,
Destins destinés pour le meilleur,
Sans un instant, craindre le pire.

Anneau doré,
Chaînon d'amour,
Barreaux rouillés
Prison velours.
Puis un soir d'hiver,
Le serment déchiré.
L'ultime instant d'été.
Roman resté sans suite, Amants dernier chapitre.
Avant que la mort nous sépare.
Conclusion sans signature.
Auteur dévoré par son œuvre.

Le mal, vissé sans fin à l' inconscient, tel le marteau martelant
l' enclume,
Enfonce au plus profond de nous, le clou rouillé des jours passés...
À peine effleurer l' oubli, nous pousse à saisir l' envie,
D' une pensée anodine, 
D' un trouble vagabond,
D' enterrer les cris, 
Des êtres évanouis.
Voiler le face à face,
Des souvenirs qui glacent,
Pour ne garder la trace,
Que d'un reflet qui passe...
Lasse...


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" souvenirs "

Tatiana, regarde-moi. Écoute et ne renonce pas.
Tu ne peux fuir, et encore moins mentir.
Je ne peux lutter, et encore moins te retenir.
Adopte-la, maîtrise-la, ne la laisse pas partir.
Elle devient chaque jour un peu plus forte en toi.
Tu l'entends, elle te parle. 
Apprends à la respecter, et à la craindre.
C'est ton unique amie, ta plus grande réussite,
Ta plus fragile alliance.
Tatiana, ne t'interroge pas, ne me demande plus.
Je ne saurais te dire pourquoi, ce que je n'ai pas su.
Retenir de toi, cet amour déchu.
Je t'offre cette chance, ce passage ouvert,
Vers d'autres regards, d'autres sens, et d'autres terres.
Elle a germé en toi, et t'a dressée contre nous.
À présent, elle me terrasse, car maintenant, elle t'obéit.
Tu ne veux pourtant me blesser, à peine m'effleurer.
Et cette larme qui lacère ton visage, et achève le partage,
Est le dernier baiser que tu me donnes.
Je n'avais pas compris, que tu l'aimais autant,
Autant que nous, et plus que moi.
Elle t'arrache à mon emprise, fait de moi un condamné.
Pourtant, de l'amour éperdu que je te porte,
Je ne peux te la refuser.
Elle est à toi, elle est ton droit,
Elle est ma perte...
Ta liberté.


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                                                             " Liberté "

L'OISEAU

L'oiseau ne vole plus ,l'homme ne l'a pas vu,
Il vient de se blesser,
Personne ne l'a su.
Il gît l'aile brisée ,immobile innocent,
Sur la terre effacée, la fin du goéland.
Ils l'ont tant admiré,
Qu'ils ont voulu savoir,
Comme lui, pouvoir voler,
Pour voyager et voir.

Alors en vain ils ont cherché,
Et enfin, ils ont compris,
Qu'eux aussi pouvaient voler,
Tous les trésors des matins gris.

Ainsi la plume devint l'acier,
En un instant s'est écroulé,
Le mur du son,
Dernier rempart contre l'infini,
Vers autre part.
Le ciel devint bientôt l'étoffe des héros,
L'homme devenu roi, allait choisir ses proies.
Le goéland, se meurt.
Il souffre et il attend.
L'oiseau s'agite et pleure,
Mais l'homme n'a plus le temps.
Il veut aller plus haut, atteindre d'autres cieux.
Le ciel et les oiseaux ne sont déjà plus dieux.
Sur terre,
L'oiseau est mort.
Ses plumes déchirées ne sont qu'un vieux remord,
Pour leurs ailes d'acier.

Quelle erreur naïve ai-je commise,
Que de croire en cet exil,
Pouvoir m'arracher à toi.
Cet océan que j'ai placé entre nous,
Ne fait que rejeter ton visage,
À chaque nouvelle vague.
L'écume semble refléter ma rage, 
Mon impuissance à t'oublier.
De cette immensité de vide,
De ce désert mouvant,
Ton souvenir si loin, m'attire,
Mêlé au chant maléfique des sirènes.
Construire un radeau, tel un naufragé,
Aborder une île, éden oublié,
Puis attendre, attendre.
Jusqu'à douter des traits de ton visage.
Attendre, encore et encore,
Que s'estompe ton image.
Alors de cet empire de vide,
Saborder la flotte de mes sentiments meurtris,
Et couler dans les eaux profondes,
L'épave de notre amour englouti.

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jl. " naufrage "


Du nord au sud, d'est en ouest,
Erre mon âme dépolarisée.
Vent fort, brise légère,
Souffle court, cris lointains.
Poursuit sa quête du néant.
S'abreuver de l'océan, s'enivrer d'écume,
Sonder l'espace intemporel.
Défier l'azur et l'horizon,
Basculer le ciel et l'enfer,
Troubler le repos du guerrier,
Gardien des montagnes sacrées.
Enfouir mes peines sous la banquise,
Geler le désert de ma vie.
Noyer mon chagrin au fond de l'Amazone,
Échouer mes rancoeurs sur les rives de la mer noire.
Vouer mon destin, aux dieux mystiques de l'olympe,
Dompter les courants et marées éternelles.
Renflouer l'Atlantide de mes illusions englouties,
Confondre ton ombre à celles des pyramides,
Et ton odeur aux senteurs envoûtantes des orchidées sauvages.
T'oublier jusqu'aux confins de l'Himalaya,
Accepter t'avoir perdue à jamais, telle la toison d'or.
Alors dans un dernier soupir, déployer mes ailes,
Et renaître de mes cendres.

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<< verseau >>

Jean-Luc REYMOND
jean-luc.reymond@wanadoo.fr

NAUFRAGE
ISBN 2-912173-10-8

 

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