Je suis né le 3 février 1957, à 8 h 30 du matin, dans une villa du bord de Mer, à Châtelaillon-Plage en Charente-Maritime. J'ai mis quarante ans à comprendre que j'avais eu un coup de chance extraordinaire : je suis un " con " qui a eu l'avantage de naître quelque part. Au-delà de toute emphase, je porte la " marque " de la mer ; j'ai toujours été attiré vers Elle, et je lui dois à plus d'un titre, la vie, mais c'est une longue histoire… Disons simplement qu'Elle m'a fait naître, vu naître et fait renaître : je ne le savais pas, mais c'est Elle qui protégeait ma " citadelle "…

À part cela, ma vie a été compliquée, mais je n'ai pas trop envie d'en parler. Cela se voit dans mes textes, de toute façon. Sachez simplement que je suis rentré dans la vie active à l'âge de 17 ans, fait un peu tous les métiers, vécu nombre d'expériences, et connu beaucoup de gens, très différents les uns des autres. Avec un simple BEPC en poche, j'ai quand même entrepris une reconversion à 31 ans, qui aboutira par l'obtention d'un D.U.T. / INFO.DOC à 34 ans en 1991. Résultat modeste, mais j'en tire une certaine fierté.

Il y a eu deux tournants décisifs dans ma vie :
- 1982 : l'envol de " l'avion " ; autrement dit, l'émergence du poète.
- 1997 : la mère des batailles, gagnée par un vieux " char " contre les " hordes barbares " ; autrement dit, l'affirmation de l'homme de lettres.
J'ai écrit deux paraboles à ce sujet, qui m'ont mis chacune en transe, une nuit entière, en trempant de larmes mes draps. Ces émotions-là purifient : (catharsis) !

Maintenant, je sais ce que j'ai à faire, j'assume, et j'essaye de percer depuis quelque temps, tant en prose qu'en poésie : " alea jacta est ! ". J'ai encore beaucoup à apprendre, et c'est tant mieux. Je suis retourné en enfance, et je m'aperçois que j'ai de plus en plus d'amis, (ies). C'est plutôt bon signe, non ? Je vais m'arrêter là, je crois avoir dit l'essentiel.


À toute personne qui me lira, mon amical salut,

Jean-Jacques REY

 

 

Force d'un caractère (part 1)

Quand va le vent, péril en la demeure
L'envers du décor apparaît en son heure
Mais le vent souffle et n'enlève que la poussière
Sur les murailles qui le narguent trop altières

La citadelle en a vu d'autres des ouragans
Des vents claironnants et des Borées intrigants
Le sol à ses pieds est jonché de déchets
Mais elle veille et se tait, à ces heurts détachée

Si la citadelle du poète ne protégeait rien
Elle ne servirait à rien qu'aux arts des vauriens
Mais elle contient l'âme de la résistance
Le feu créateur du cœur de l'intelligence

Pendant quarante ans veillèrent sur la flamme
Les serviteurs et les sentinelles sur cette âme
Ils la défendirent, elle le défi, était la vie
Elle devait croître, timide, à l'abri des soucis

La flamme gère le transcripteur et le décodeur
Des influences extérieures, des sens intérieurs
Elle imprime et délivre les messages
Elle donne une raison pour que s'active le courage

La citadelle suffoque parfois sous la pression des maux
Alors le monstre d'orgueil, le char monte au créneau
Il part à l'attaque, arme fatale qui change le destin
Sa mission est d'extirper, de ronger le Malin

Le complexe de défense a soutenu ainsi les assauts
Et la flamme est devenue feu assez fort pour les flambeaux
Ils attendaient un porteur, un géant, et ce fut un titan
Qui partit ouvrant les portes dans un souffle d'océan

9 septembre 1997



TITAN

Fleurs de chair, fleurs de sang
Je vous aime tant
D'un pas lourd et triomphant
J'irai voir vos champs
Et je marche pour si longtemps

À vos miroirs, à vos fenêtres
J'irai faire resplendir mon flambeau
Et sans l'ire du Wotan
Seulement le plaisir du fardeau
Dans cette nuit humaine qui l'a fait naître

Humaine trace, humaine résistance
Titan, la Mer a dit son nom
Mille vents, mille feuilles
Que pourront les striges à vos fronts
Sous vos caresses, j'assure vos défenses

29 décembre 1998




M E R (II)

Poissons, ides d'argent
Grappes et virgules
Vous filez dans ses voies
Parfois dans les hymnes
Parfois dans les dérives

Il y a par là des émois
Dans la féconde qui met rubicond
La note salée et des âcres au palais
Le temps dans un espace
Et l'éternité qui perd vos idées

Parfois mulâtre, parfois turquoise
La Téthys si nourrice se pavane
Tour à tour narquoise ou impavide
Majesté colérique ou mère attendrie
Reine ou marraine des libertés

Quiconque triche avec Elle
Sot, est un mort en sursis
Aux autres, Elle accorde l'espoir
Sinon les rêves sur la braise
Toujours ennoblis pour la vie

C'est la limite et l'ouverture
Sur l'horizon, le trait d'union
Qui nous relie et souffle au délit
Se délier et s'affranchir
Des mornes juges ou des tyrans

Et quand Elle a décidé
Elle reprend, nul n'est immortel
Mais tout peut renaître
Il est ainsi sur Terre
Elle commande et on lui obéit

Certains verront en Elle le destin
Derrière Elle, la main divine
D'autres l'admirent pour sa raison d'être
Au carrefour, à la réunion des grands hasards
Elle fut un miracle, il est ainsi !

Souvent, petit brin, je m'inspire
Humble, j'aspire son message
Naissance, mélopée de puissance
Je vibre, harpe sur ses vagues
Et m'endors à son rythme

Ceux qui l'aiment, la craignent aussi
Moi j'ai confiance en Elle
Car la Mer est aussi la justice
Comme il sied à l'Origine
Largement au-dessus d'une humaine !

15 janvier 1999




M E R (VI)

Le rideau du ciel et le rude poids
Tombent toujours en Elle
Et les noyés de la vie
Obtiennent parfois le sursis

De ses doigts fluides, du jour
Elle enchâsse le rubis
Il semble alors, tremblante
Que la fuite n'est plus nuit

Labeur, plaisir ou défi
Pour l'inuit ou le Jedi
Poussent les graines d'une vérité
Qui s'autorise à dévider

Sacrilèges et mécréants
N'ont point d'avenir ici
En ces cheveux qui dressent
Et forgent les destinées

A sa ligne d'horizon
Mauve ou cyan
Se perdent les limites
La trace et le tison

Par la houle et le timon
Au vent des sortilèges
Dans son caban et son ciré
L'homme ploie et s'agrandit

Dessus, dessous, épaulée glissante
La barque des songes s'y blottit
Un monde glauque s'y perd
Sonde le consistant du noir profond

Par-dessus tout, espérance
Espérons, nous, les enfants
Dans l'utopie et la messianie
La Mère du Monde nous attend. 

Du 28 mars 2000 

 

COUCHANT

Ce cercle qu’on porte sur des brancards
Et qui porte sa tunique jaune
Est-il mon soleil ?

Sur la chaîne des mots épiques
Accrochée à cette encolure liquide
S’élève une enseigne

La lune appareille de l’autre bord
Vers des chapeaux brun bronze
Aux confins des indigos

Un poisson-lune rentre à l’assaut
Dans les forêts, tendre fusée
Léchant aux hanaps du temps

L’homme vert referme la fenêtre
L’homme terne boucle sa misère
A l’horizon soporifique

Alors les colères s’éteignent
Les volcans s’apaisent
Ont-ils des aimants ?

Sur la litière des géants
Au fourniment, au firmament
Se tiennent les gentils…

Qui sont-ils ?
Ont-ils des habits d’ange
Un rêve pour habiller leurs soucis ?

Ils ont bondi
Ont-ils dit : viens avec nous
Dénoue l’écharpe des orages ?

Ce cercle qui se teinte d’orange
Assis sur le ventre de la Vie
Était bien mon soleil

1er juillet 2000


Nymphe

Vivre sa collerette
Pour une pensée, pour une ivresse
Rose ceinte et levrette
Pour un baiser d'or, perle au front

Vivre honnête, éthéré,
En ses charmes légers, aimés
Enivré à perdre haleine
Perché sur son ventre, à surnager

À l'ombre blanche de ses forts
Pointe l'aurore des corps
Entre deux étoiles, une absence
Qui plonge au sol, ravie

Et puis son sourire, très fort
Pour vous rendre heureux
La fleur aux lèvres, à ses seins
Abandonné, puisant très fort.

21 octobre 2001





Printemps de la vie

Habiter à l'autre bout du tunnel
Entre charmes écrire sans retenue
Ce poème qu'est la vie

Aux ailes du plaisir, s'élèvent les âmes
Elles baignent dans ce vide où il chavire
Ivres d'extase

Lumière des yeux, assaut d'étoiles
Qui l'attirent, bouche où il descend
Livrer des secrets

Au milieu des vagues, battements d'ailes
Imprimer davantage leurs messages
Les yeux dans les yeux

Au creux des lèvres, glisse un baiser
Ouvert dans le grand livre de la vie
Sur les pétales de soi

28 mars 2003



Les pensées

En colimaçon les pensées
S'enroulent aux lignes
Au gré des humeurs
Au champ de cire
Où s'impriment les volontés
De vivre encore
Naître et renaître
Aux ailes des transports
Dans la baignoire de l'univers
L'illusion de soi
Attachée aux comètes
Flammes des pulsions

Veille des hommes
Aux arènes des flammes
Les pensées font et défont
Les mondes d'ombres
Et de lumières

Les fenêtres du monde
Happent les rivières
D'énergie des hommes
Souveraines et belles
Aux vents de l'univers

Abris d'eux même
Inconsistants
Les pensées des hommes
Tissent les habits
Autour des sens
Des scènes en chaîne
Où trament les navettes
Des existences
Traînées de poudre
Dans l'univers
Qui boit
Et absorbe tout

14 septembre 2003

 

Dernière chance


I

Un squelette de passion servit d’escalier
Aux arbres torturés de son esprit
Le magicien attacha le fil de sa vie
Pour se jeter dans le vide
Où nous entraîne l’éternité
C’en était fait du surmoi
De Patagan et Pantagruel
Coléoptères des misères
L’éternité était un gouffre noir
Où glissaient les pattes des Envies
Tout ce qui passe à travers
Aux parois de verre sans plafond
Tout s’y confond sans répit
Et la trace et le sel et le vrai
Le magicien compta alors
Les milliards d’étoiles
Et les écailles de passion
Qui ne restaient dans son cœur
Avide qu’un court instant
Aussi vide que l’éternité
Que comptait alors le temps ?

II 

La passion était morte sidérée
En chemin très considérée
Congelée et consommée
En bloc de chair fraîche
Les pantins et les polichinelles
Avaient fricoté sur la banquise
Que fallait-il au magicien
Pour la monter au ciel
Un peu d’imagination sans doute
Perdu dans sa végétation
Le magicien refaisait le monde
Où rien n’est ni se passe
Comme l’on entend et à moins
Pour sauver le vrai du faux
Offert par la Terre scène de vie
Et très encore sans trier folies
Alors que conter sinon rien
Toute décence confondue
Indéfendable idée portion saugrenue
Le magicien s’était pendu
Mais le fil s’est brisé
Qui n’attend pas et lui sauva la vie
Assurément !----

 

 

POÈMES INÉDITS

Morte falaise

C’était dentelle de crêpe blond sur les flots laiteux
Que le couchant venait incendier de ses feux
Pain d’épice que l’océan rongeait aux entrailles
Ecumant comme glouton avide de sa trouvaille

Dans ses excavations que livrait le reflux
Amphitrite laissait son butin de drague mafflue
Et sur l’écrin du fucus gisaient mille broutilles
Qu’une main enfantine dérobait en pie sautille

Ô gravelots, ô sternes, je fus là votre égal
A fouir la grève en quête de praires aux fériales
A patauger dans les sentines du bath ouvrage
A pousser mes rets dans les sillons du corsage

Elle était ma cathédrale aux flèches tourmentées
Gai, le vent du large musait sur sa face dentée
Austère domaine que gardaient des gnomes momifiés
Dans ses orgues l’écubier des rêves laissait bruire l’aubier

J’ai quitté mon éden, lapidé au banc d’Elbe
Pour une louche de bortsch aigre, j’ai gravi l’Horeb
Ainsi parle le destin et n’apporte rien de se plaindre
Mais dévale le pied errant qui ose l’enfreindre

Un jour Diafoirus et ses pairs ont décidé
Ils ont tout fait sauter, si ! la fameuse idée
Nobel a bien travaillé et son bâton est loi
Mais son piètre fakir est de mauvais aloi

Au nom du tourisme, l’écologie est soumise
Au nom du fric et plus du roy s’est tu Soubise
Chatellaillon a perdu son âme, roches s’entassent
Et l’oiseau maritime n’a plus gîte en ces places

Il n’est à l’horizon qu’écharpe de gris ardoise
Monolithes impassibles, emplâtre géant qui toise
Que j’arpente, ébahi sur le chemin de ronde
Hélant en vain le vestige d’une fière Trébizonde

8 septembre 1982



Manifeste du poète

Ô méritoire sans grand mérite
L’imagination fertile du poète
Sur l’aisance qui s’effrite
Est une rage d’allumette

Ô manne obsolète, prouesse du don
La poésie est une promesse
Qui traverse nos froides saisons
Par les âmes qui s’y blessent

L’esprit moyen qui paresse
Qui s’enferme dans ses raisons
S’irrite fort de cette ivresse
Qui échappe à ses prisons

Ainsi est le poète qui dérange
A la marge des comptes d’effets
En charge des prurits qui démangent
De ces gens qui n’ont rien fait

Rien fait d’autre qu’on y pense
Que gérer parfois bien les modalités
De leur petite entreprise d’existence
Navrés sinon abrutis de sa banalité


Le dépassé qui essaime
Est encore plus loin sans ressources
Du dépassement de soi-même
Il se meut sans les sources

Aux sources qui le feraient verdir
Ou prendre des couleurs
Lui ne puise aucun désir
Hors du concret qui fige ses valeurs

D’ailleurs qu’il pousse à l’azote
Ou dans le fumier pour se montrer ardent
Il coince sur la même note et vivote
Terre à terre qui s’enterre à ses dépens

L’ordre des temps modernes
Est l’ombre des prudhommes
Et l’oubli de ce qui le concerne
Dans les phares du décorum

A l’heure des étales du stress
Du rendement promis des sévices
Peinent les improductives noblesses
Des penseurs qui sont rentrés en lice

Poète, que valent les trompettes
Des hordes du convenant
Assurément des impuissances qui tempêtent
Quand ton feu assaille sur leur étant

11 juillet 1997


 



Mer (V)

Comme des ruisseaux de rinçures
Des flots de biles et des folies saillies
Grondent les humeurs irrévérencieuses
Le temps chaud et le sang aussi
Comme des envies et des soucis
Aux lampes, flux et reflux
Pourpres et sons sous les paupières
Chantent les géants, trompe le soleil
Courbes, ellipses, sentiments agrandis
Visions aussi, haut banc des envols
Ogres et songes, sondeurs sillonnant
Comme des lames jaillies à la surface jade
Festoieront les sentiments des maudits
Gent d’armée et couleurs sans merci
Au large, grand cru débourre et sonne
Regarde au bord des nez soûls
Les bateaux seront feuilles et récits
L’œil mouillera et l’œil sera fronde
Ainsi sont dits, la ronde se poursuit
Dans l’arène des mondes où l’art férit

22 Mars 2000

 

 



Prêt à partir

Au prêt à partir
Silence de flammes
Résolution des songes
A l’ombre du soleil

A ces cimes lissées
D’éternelles chevauchées
Pointent d’éternelles questions
Et nos tranches de vie
A l’apprêt indigo d’une nuit
Sont à la lumière des étés

Les clés jetées
Au puit sombre
Réapparaissent gantées
Aux doigts fouisseurs du jour

C’est ainsi l’être
Prêt à partir
Silence de flammes
Brûlé de joie de naître
Qui nous interpelle
Au plus profond de nous-même

1er octobre 2004

 


TRÊVE ORIGINELLE


De son roc et citadelle
L’insoumise et la reine
Fatiguée de tant de laideur
Enveloppa les survivants
De ses voiles pleines de douceur
Dans les coches de l’aurore
Ils passèrent libres devant Elle
Des petits tas de lueurs roses
Qui allaient s’effilochant à l’horizon
Pâlissant sur ses rondeurs


Apparurent alors au sommet
Chantournés par ses lés de blancheur
Les immenses auvents du soleil
Qui répudièrent les ombres de la mort
Le froid de la nuit qui engourdit
Se retira sur la pointe des pieds
Et la terre rebelle devint belle
Elle s’ouvrit à la Mer, au cœur de l’esprit
Il scintillait des perles du bonheur
Sur le cou de la reine Poésie


Les féroces des bêtes noires
Des idées et leurs chiens
Qui traquaient les feux de lumière
Au ventre de leur mère
N’ayant plus de raisons
Se retrouvèrent nus
Sous leurs armures
Et l’incertitude les gagna
Par des vagues venues lécher
Toutes leurs ardeurs


De ces voiles dans le ciel
Qui avaient délivré tant d’esprits
Par les mots et les sens
Les corbeaux des féroces
Ne viendraient jamais voler
Le moindre fil des profits
Et c’est là ce vaste piège
Où les becs coupent en vain
La reine Poésie ne donne rien
Qui se lie au déficit humain

 

nouveau

Du 20 décembre 2010


LE CHANT DU SIGNE


Tu brilles,
Des yeux et des fontaines
Dans tes cheveux,
Mère, je t’ai quitté
Et en fait jamais quitté
Tu m’as donné le jour
De mes grands secrets
Et pardonnez mes ivresses
Mes inconsciences
Et mon ignorance
.

Je ne savais pas et j’ai appris
Appris à te regarder et t’écouter
Tu as toujours été là
Sans le savoir je l’ai su
Tes flots de toutes les couleurs
que j’aime,
Ont bordé mes rêves
Dernière ligne
Et dernier rempart fidèle
Ils ont brisé l’adversité
.

Et quand tu brilles dans la nuit
Sous la lune ronde de ton ventre
Me baignant d’eau chaude
Alors qu’autour gèlent les heures
Je ne sais encore
Si j’ai appris à bien t’aimer
Mais ce que je sais
C’est que je suis une île dans ton cœur
Et que tu la fais flotter…
Alors je continue à vivre


Victoire !

- © Jean-Jacques REY, 2011
 

Lire Jean-Jacques REY sur son site :
Les feux de la Mer

____________________________________

retour à l'accueil de La Poésie que j'aime ...