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Force d'un caractère
(part 1)
Quand va le vent, péril en la demeure
L'envers du décor apparaît en son heure
Mais le vent souffle et n'enlève que la poussière
Sur les murailles qui le narguent trop altières
La citadelle en a vu d'autres des ouragans
Des vents claironnants et des Borées intrigants
Le sol à ses pieds est jonché de déchets
Mais elle veille et se tait, à ces heurts détachée
Si la citadelle du poète ne protégeait rien
Elle ne servirait à rien qu'aux arts des vauriens
Mais elle contient l'âme de la résistance
Le feu créateur du cœur de l'intelligence
Pendant quarante ans veillèrent sur la flamme
Les serviteurs et les sentinelles sur cette âme
Ils la défendirent, elle le défi, était la vie
Elle devait croître, timide, à l'abri des soucis
La flamme gère le transcripteur et le décodeur
Des influences extérieures, des sens intérieurs
Elle imprime et délivre les messages
Elle donne une raison pour que s'active le courage
La citadelle suffoque parfois sous la pression des maux
Alors le monstre d'orgueil, le char monte au créneau
Il part à l'attaque, arme fatale qui change le destin
Sa mission est d'extirper, de ronger le Malin
Le complexe de défense a soutenu ainsi les assauts
Et la flamme est devenue feu assez fort pour les flambeaux
Ils attendaient un porteur, un géant, et ce fut un titan
Qui partit ouvrant les portes dans un souffle d'océan
9 septembre 1997
TITAN
Fleurs de chair, fleurs de sang
Je vous aime tant
D'un pas lourd et triomphant
J'irai voir vos champs
Et je marche pour si longtemps
À vos miroirs, à vos fenêtres
J'irai faire resplendir mon flambeau
Et sans l'ire du Wotan
Seulement le plaisir du fardeau
Dans cette nuit humaine qui l'a fait naître
Humaine trace, humaine résistance
Titan, la Mer a dit son nom
Mille vents, mille feuilles
Que pourront les striges à vos fronts
Sous vos caresses, j'assure vos défenses
…
29 décembre 1998
M E R (II)
Poissons, ides d'argent
Grappes et virgules
Vous filez dans ses voies
Parfois dans les hymnes
Parfois dans les dérives
Il y a par là des émois
Dans la féconde qui met rubicond
La note salée et des âcres au palais
Le temps dans un espace
Et l'éternité qui perd vos idées
Parfois mulâtre, parfois turquoise
La Téthys si nourrice se pavane
Tour à tour narquoise ou impavide
Majesté colérique ou mère attendrie
Reine ou marraine des libertés
Quiconque triche avec Elle
Sot, est un mort en sursis
Aux autres, Elle accorde l'espoir
Sinon les rêves sur la braise
Toujours ennoblis pour la vie
C'est la limite et l'ouverture
Sur l'horizon, le trait d'union
Qui nous relie et souffle au délit
Se délier et s'affranchir
Des mornes juges ou des tyrans
Et quand Elle a décidé
Elle reprend, nul n'est immortel
Mais tout peut renaître
Il est ainsi sur Terre
Elle commande et on lui obéit
Certains verront en Elle le destin
Derrière Elle, la main divine
D'autres l'admirent pour sa raison d'être
Au carrefour, à la réunion des grands hasards
Elle fut un miracle, il est ainsi !
Souvent, petit brin, je m'inspire
Humble, j'aspire son message
Naissance, mélopée de puissance
Je vibre, harpe sur ses vagues
Et m'endors à son rythme
Ceux qui l'aiment, la craignent aussi
Moi j'ai confiance en Elle
Car la Mer est aussi la justice
Comme il sied à l'Origine
Largement au-dessus d'une humaine !
15 janvier 1999
M E R (VI)
Le rideau du ciel et le rude poids
Tombent toujours en Elle
Et les noyés de la vie
Obtiennent parfois le sursis
De ses doigts fluides, du jour
Elle enchâsse le rubis
Il semble alors, tremblante
Que la fuite n'est plus nuit
Labeur, plaisir ou défi
Pour l'inuit ou le Jedi
Poussent les graines d'une vérité
Qui s'autorise à dévider
Sacrilèges et mécréants
N'ont point d'avenir ici
En ces cheveux qui dressent
Et forgent les destinées
A sa ligne d'horizon
Mauve ou cyan
Se perdent les limites
La trace et le tison
Par la houle et le timon
Au vent des sortilèges
Dans son caban et son ciré
L'homme ploie et s'agrandit
Dessus, dessous, épaulée glissante
La barque des songes s'y blottit
Un monde glauque s'y perd
Sonde le consistant du noir profond
Par-dessus tout, espérance
Espérons, nous, les enfants
Dans l'utopie et la messianie
La Mère du Monde nous attend.
Du 28 mars 2000
COUCHANT
Ce cercle qu’on porte sur des brancards
Et qui porte sa tunique jaune
Est-il mon soleil ?
Sur la chaîne des mots épiques
Accrochée à cette encolure liquide
S’élève une enseigne
La lune appareille de l’autre bord
Vers des chapeaux brun bronze
Aux confins des indigos
Un poisson-lune rentre à l’assaut
Dans les forêts, tendre fusée
Léchant aux hanaps du temps
L’homme vert referme la fenêtre
L’homme terne boucle sa misère
A l’horizon soporifique
Alors les colères s’éteignent
Les volcans s’apaisent
Ont-ils des aimants ?
Sur la litière des géants
Au fourniment, au firmament
Se tiennent les gentils…
Qui sont-ils ?
Ont-ils des habits d’ange
Un rêve pour habiller leurs soucis ?
Ils ont bondi
Ont-ils dit : viens avec nous
Dénoue l’écharpe des orages ?
Ce cercle qui se teinte d’orange
Assis sur le ventre de la Vie
Était bien mon soleil
1er juillet 2000
Nymphe
Vivre sa collerette
Pour une pensée, pour une ivresse
Rose ceinte et levrette
Pour un baiser d'or, perle au front
Vivre honnête, éthéré,
En ses charmes légers, aimés
Enivré à perdre haleine
Perché sur son ventre, à surnager
À l'ombre blanche de ses forts
Pointe l'aurore des corps
Entre deux étoiles, une absence
Qui plonge au sol, ravie
Et puis son sourire, très fort
Pour vous rendre heureux
La fleur aux lèvres, à ses seins
Abandonné, puisant très fort.
21 octobre 2001
Printemps de la vie
Habiter à l'autre bout du tunnel
Entre charmes écrire sans retenue
Ce poème qu'est la vie
Aux ailes du plaisir, s'élèvent les âmes
Elles baignent dans ce vide où il chavire
Ivres d'extase
Lumière des yeux, assaut d'étoiles
Qui l'attirent, bouche où il descend
Livrer des secrets
Au milieu des vagues, battements d'ailes
Imprimer davantage leurs messages
Les yeux dans les yeux
Au creux des lèvres, glisse un baiser
Ouvert dans le grand livre de la vie
Sur les pétales de soi
28 mars 2003
Les pensées
En colimaçon les pensées
S'enroulent aux lignes
Au gré des humeurs
Au champ de cire
Où s'impriment les volontés
De vivre encore
Naître et renaître
Aux ailes des transports
Dans la baignoire de l'univers
L'illusion de soi
Attachée aux comètes
Flammes des pulsions
Veille des hommes
Aux arènes des flammes
Les pensées font et défont
Les mondes d'ombres
Et de lumières
Les fenêtres du monde
Happent les rivières
D'énergie des hommes
Souveraines et belles
Aux vents de l'univers
Abris d'eux même
Inconsistants
Les pensées des hommes
Tissent les habits
Autour des sens
Des scènes en chaîne
Où trament les navettes
Des existences
Traînées de poudre
Dans l'univers
Qui boit
Et absorbe tout
14 septembre 2003
Dernière chance
I
Un squelette de passion servit d’escalier
Aux arbres torturés de son esprit
Le magicien attacha le fil de sa vie
Pour se jeter dans le vide
Où nous entraîne l’éternité
C’en était fait du surmoi
De Patagan et Pantagruel
Coléoptères des misères
L’éternité était un gouffre noir
Où glissaient les pattes des Envies
Tout ce qui passe à travers
Aux parois de verre sans plafond
Tout s’y confond sans répit
Et la trace et le sel et le vrai
Le magicien compta alors
Les milliards d’étoiles
Et les écailles de passion
Qui ne restaient dans son cœur
Avide qu’un court instant
Aussi vide que l’éternité
Que comptait alors le temps ?
II
La passion était morte sidérée
En chemin très considérée
Congelée et consommée
En bloc de chair fraîche
Les pantins et les polichinelles
Avaient fricoté sur la banquise
Que fallait-il au magicien
Pour la monter au ciel
Un peu d’imagination sans doute
Perdu dans sa végétation
Le magicien refaisait le monde
Où rien n’est ni se passe
Comme l’on entend et à moins
Pour sauver le vrai du faux
Offert par la Terre scène de vie
Et très encore sans trier folies
Alors que conter sinon rien
Toute décence confondue
Indéfendable idée portion saugrenue
Le magicien s’était pendu
Mais le fil s’est brisé
Qui n’attend pas et lui sauva la vie
Assurément !----
POÈMES INÉDITS
Morte falaise
C’était dentelle de crêpe blond sur les flots laiteux
Que le couchant venait incendier de ses feux
Pain d’épice que l’océan rongeait aux entrailles
Ecumant comme glouton avide de sa trouvaille
Dans ses excavations que livrait le reflux
Amphitrite laissait son butin de drague mafflue
Et sur l’écrin du fucus gisaient mille broutilles
Qu’une main enfantine dérobait en pie sautille
Ô gravelots, ô sternes, je fus là votre égal
A fouir la grève en quête de praires aux fériales
A patauger dans les sentines du bath ouvrage
A pousser mes rets dans les sillons du corsage
Elle était ma cathédrale aux flèches tourmentées
Gai, le vent du large musait sur sa face dentée
Austère domaine que gardaient des gnomes momifiés
Dans ses orgues l’écubier des rêves laissait bruire l’aubier
J’ai quitté mon éden, lapidé au banc d’Elbe
Pour une louche de bortsch aigre, j’ai gravi l’Horeb
Ainsi parle le destin et n’apporte rien de se plaindre
Mais dévale le pied errant qui ose l’enfreindre
Un jour Diafoirus et ses pairs ont décidé
Ils ont tout fait sauter, si ! la fameuse idée
Nobel a bien travaillé et son bâton est loi
Mais son piètre fakir est de mauvais aloi
Au nom du tourisme, l’écologie est soumise
Au nom du fric et plus du roy s’est tu Soubise
Chatellaillon a perdu son âme, roches s’entassent
Et l’oiseau maritime n’a plus gîte en ces places
Il n’est à l’horizon qu’écharpe de gris ardoise
Monolithes impassibles, emplâtre géant qui toise
Que j’arpente, ébahi sur le chemin de ronde
Hélant en vain le vestige d’une fière Trébizonde
8 septembre 1982
Manifeste du poète
Ô méritoire sans grand mérite
L’imagination fertile du poète
Sur l’aisance qui s’effrite
Est une rage d’allumette
Ô manne obsolète, prouesse du don
La poésie est une promesse
Qui traverse nos froides saisons
Par les âmes qui s’y blessent
L’esprit moyen qui paresse
Qui s’enferme dans ses raisons
S’irrite fort de cette ivresse
Qui échappe à ses prisons
Ainsi est le poète qui dérange
A la marge des comptes d’effets
En charge des prurits qui démangent
De ces gens qui n’ont rien fait
Rien fait d’autre qu’on y pense
Que gérer parfois bien les modalités
De leur petite entreprise d’existence
Navrés sinon abrutis de sa banalité
Le dépassé qui essaime
Est encore plus loin sans ressources
Du dépassement de soi-même
Il se meut sans les sources
Aux sources qui le feraient verdir
Ou prendre des couleurs
Lui ne puise aucun désir
Hors du concret qui fige ses valeurs
D’ailleurs qu’il pousse à l’azote
Ou dans le fumier pour se montrer ardent
Il coince sur la même note et vivote
Terre à terre qui s’enterre à ses dépens
L’ordre des temps modernes
Est l’ombre des prudhommes
Et l’oubli de ce qui le concerne
Dans les phares du décorum
A l’heure des étales du stress
Du rendement promis des sévices
Peinent les improductives noblesses
Des penseurs qui sont rentrés en lice
Poète, que valent les trompettes
Des hordes du convenant
Assurément des impuissances qui tempêtent
Quand ton feu assaille sur leur étant
11 juillet 1997
Mer (V)
Comme des ruisseaux de rinçures
Des flots de biles et des folies saillies
Grondent les humeurs irrévérencieuses
Le temps chaud et le sang aussi
Comme des envies et des soucis
Aux lampes, flux et reflux
Pourpres et sons sous les paupières
Chantent les géants, trompe le soleil
Courbes, ellipses, sentiments agrandis
Visions aussi, haut banc des envols
Ogres et songes, sondeurs sillonnant
Comme des lames jaillies à la surface jade
Festoieront les sentiments des maudits
Gent d’armée et couleurs sans merci
Au large, grand cru débourre et sonne
Regarde au bord des nez soûls
Les bateaux seront feuilles et récits
L’œil mouillera et l’œil sera fronde
Ainsi sont dits, la ronde se poursuit
Dans l’arène des mondes où l’art férit
22 Mars 2000
Prêt à partir
Au prêt à partir
Silence de flammes
Résolution des songes
A l’ombre du soleil
A ces cimes lissées
D’éternelles chevauchées
Pointent d’éternelles questions
Et nos tranches de vie
A l’apprêt indigo d’une nuit
Sont à la lumière des étés
Les clés jetées
Au puit sombre
Réapparaissent gantées
Aux doigts fouisseurs du jour
C’est ainsi l’être
Prêt à partir
Silence de flammes
Brûlé de joie de naître
Qui nous interpelle
Au plus profond de nous-même
1er octobre 2004
TRÊVE ORIGINELLE
De son roc et citadelle
L’insoumise et la reine
Fatiguée de tant de laideur
Enveloppa les survivants
De ses voiles pleines de douceur
Dans les coches de l’aurore
Ils passèrent libres devant Elle
Des petits tas de lueurs roses
Qui allaient s’effilochant à l’horizon
Pâlissant sur ses rondeurs
Apparurent alors au sommet
Chantournés par ses lés de blancheur
Les immenses auvents du soleil
Qui répudièrent les ombres de la mort
Le froid de la nuit qui engourdit
Se retira sur la pointe des pieds
Et la terre rebelle devint belle
Elle s’ouvrit à la Mer, au cœur de l’esprit
Il scintillait des perles du bonheur
Sur le cou de la reine Poésie
Les féroces des bêtes noires
Des idées et leurs chiens
Qui traquaient les feux de lumière
Au ventre de leur mère
N’ayant plus de raisons
Se retrouvèrent nus
Sous leurs armures
Et l’incertitude les gagna
Par des vagues venues lécher
Toutes leurs ardeurs
De ces voiles dans le ciel
Qui avaient délivré tant d’esprits
Par les mots et les sens
Les corbeaux des féroces
Ne viendraient jamais voler
Le moindre fil des profits
Et c’est là ce vaste piège
Où les becs coupent en vain
La reine Poésie ne donne rien
Qui se lie au déficit humain
- © Jean-Jacques REY, 2005
Lire Jean-Jacques REY sur son site :
Les
feux de la Mer
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