L’arbre Cœur

Il est un arbre aux mille branches
Qui se déploie sur la montagne,
De ses bras noueux jusqu’aux hanches
Il salue l’aube, sa compagne.
Dans son bois chaud, coule la sève
Qui alimente son feuillage,
Quand il fait beau ses bras s’élèvent,
Solides, verts en son bel âge.

Il est un arbre inachevé
À l’intérieur de son écorce ;
Qui pourrait voir qu’il est blessé,
En tenant de toutes ses forces ?

Pourtant quand la foudre est tombée
Elle n’a pas atteint sa cime,
Seule sa fibre fut touchée,
Ébranlant son port si sublime.

Quelques feuilles se sont détachées
Retombant au sol doucement
Et ses bois se sont resserrés
Comme pour se protéger des vents.
Mais il ne s’est déraciné ;
Par quelque chance, fut sauvé.

Il est un arbre merveilleux
Qui se dresse, vaillant et fier,
Vrai colosse silencieux,
Il embrasse la terre entière.
Majestueux, en forme de cœur
Et portant le goût du bonheur,
Un arbre ici, avec des yeux,
Qui regarde au-delà des cieux.

(Juillet 2003)



Lettre d’un enfant à l’amour

Cher Amour,

Il faut que tu reviennes, c’est tous mes frères qui le demandent,
aussi mes sœurs et mes cousins avec ceux qu’on aime très fort !
Ils disent que le cœur des gens s’endort comme un oiseau qui meurt.
Et puis y a des orages partout, le ciel n’est pas content du tout,
Ça peut faire peur au Père Noël ! !
Cher Amour, tu vas revenir dis ?
Tiens… Je t’ai dessiné une fleur.



Aussi vrai que le Large tinte en notre oreille,
Que la foudre éperdue se fracasse en chemin,
La manne du divin, discrètement réveille
Nos âmes endormies accrochées au destin…



Résonances

Il est des gens parfois que l’on aime si fort
Qu’on ne désire pas voir s’écouler le temps
Qui viendra ponctuer de ses doigts croc-en-sort,
Le terme de l’instant, en tenant ses serments…

Ils savent vous conduire vers de vastes forêts,
Bien loin de tout empire interdit et muet
Quand, prenant votre main, bruissent en vos oreilles
Des mots tendres-refrains qui n’ont pas leur pareil…

Tant de précieux bouquets sont offerts à nos cœurs
Qu’un soupir musical cueille pour nous offrir !
Tant de sensible amour aux subtiles douceurs
En mille mains acclame : Et candeur et sourire !

Un souffle suspendu, accroché à nos lèvres
En ces élans si grands où l’instant nous transporte,
Timidement échoue sur une phrase mièvre ;
Une bise se brise, malhabile, l’emporte...

De par vous qui chantez, orchestrant la cadence,
Résonance d’un soir : Un seul corps s’est ainsi
Formé pour accueillir en tendre connivence,
Cette fusion qu’alors vous composez ici…

Quand vous achèverez votre ronde magique,
L’écho prendra dès lors, le relais de vos pas ;
De ces notes sonores qu’exaltait votre voix
L’ambiance et le décor, ne les oublieront pas.

Et s’il est tant de mots qu’il faudrait que j’explique
Ce n’est que de silence qu’ils parleront pour moi ;
D’émotions de “ vibrance ” s’élève ma supplique,
Dans cet instant d’éveil je le pense si fort,

Sans même attendre encore une simple réplique :
- Ne nous quittez jamais pour aller vers la mort !

Dieux d’amours et de paix, de l’innocente infante
Enrayez vos horloges pour un grand temps d’années
Et faites que cet homme qui a grandeur d’aimer
Réveille encor longtemps, les cœurs ensommeillés !

(Dédié à Gilles Vigneault, le 2 mars 2005)



Femme de Parchemin

Je prends tous les crayons de quand j'étais enfant,
Je dessine un oiseau en son plumage blanc
Dans son beau nid tout rond, sur la branche dormant.

Au faîte de mon arbre, j'apprivoise un nuage
Qui ne voulait dormir puis j'enlève une page
À quelques souvenirs, tout horizon éteint ;
Là, mon doux paysage est un pays lointain.

Un coup d'éclair au cœur, un coup de foudre à l'âme
Et voici maintenant le dos bleu d'une dame
Marchant vers l'océan qui semble lui sourire.
Marquera-t-elle un temps avant de repartir ?

Je cherche dans ses yeux ce refrain de bonheur,
Je puise dans sa voix, au verbe, la saveur
De ses élans semés, comme empreints de douceur,
Sa souveraineté puis aussi sa fraîcheur.

Quand je la vois marcher sur des chemins déserts
Sans jamais regarder un oiseau de travers,
C'est un peu comme si le vent guidait ses pas ;
De ces âges passés, elle ne parlera.

Je change de crayon puis dessine une fleur,
Emblème de son nom à l'image d'un cœur.
Telle une enfant fébrile, j'invente à son histoire
Une larme, un regret, une fugue, un miroir.

Et je trace des mots en signe d'au revoir
Sous l'ombre du stylo, dans l'encre de l'espoir ;
Je ne connais rien d'elle que sa silhouette,
Fragile esquisse bleue à l'allure fluette.

Quand je n'ai rien à faire, je dessine le ciel
Avec un vert feuillage, visant à l'essentiel ;
Sans attendre autre chose, en quête d'invention
Je place en mon décor l'ébauche d'un avion.

Un coup de brume aux yeux, tel un coup de pinceau
Subtil et malicieux, enfante un long ruisseau.
De mon cœur, peu à peu déborde le décor
Car des millions de vœux s'infiltrent dans mon corps...

Et la dame qui lit et la femme qui danse,
Traverse ainsi la vie sur cette page blanche
Vêtue comme la mer, calme comme un dimanche,
Elle passe sans rêve et sans trêve s'avance.

Or je la veux encor poursuivre son voyage,
Parcourant les vallées et autres paysages.
" Que figurent la pierre et l'herbe sur le sol
Où dans son horizon, quelques oiseaux s'envolent ! "
 


Entre les éclats de nos vies,
Parmi les âmes démunies
Il y a toujours un cœur à prendre,
On a tant de mots à entendre.
Au fil du vent, de nos ennuis,
Sur les bordures de la nuit,
Entre la peur et l’infini,
Il y a la tendresse et l’oubli.


Aller vers lui

De tous ces états de douceur
Qui nous font joie, aussi langueur,
Tour à tour, bonheur et malheur
Sur la trame de nos erreurs,
Il y a de longs arpents de temps,
De lassitude et réconfort
Qui se tissent au gré des vents,
En sentiments comme en remords.

Je voyagerai le matin
Jusqu’au chevet de son ennui,
J’apprivoiserai le destin
Pour que jamais l’amour ne fuie !
Et lorsque descendra le soir
Comme une pluie toute perlée,
Par ses yeux il saura bien voir
Où se loge le verbe aimer !

Au travers de l’étourderie,
Que de fadaises dans l’oubli,
Ont dû dompter la fourberie
Jusqu’à l’en trouver anoblie !
Il comprendra que le silence
Est parfois source de chagrin ,
Les meurtrissures de l’absence
Blessent tant d’âmes en chemin.

Je suis amoureuse d’un songe,
Une âme qui vit en exil
Une aventure, un mensonge,
Un cœur esseulé sur son île.
Il y a pourtant bien des bateaux
Qui pourraient l’amener ici
Mais est-il trop grand ou trop beau,
Y ai-je droit en cette vie ?

Alors j’écris chansons d’amour,
Alors j’écris refrain d’espoir,
Mais le chanter dans les faubourgs
Semble certes, bien dérisoire.
Aussi, j’invoque la patience
De me garder encor longtemps
Sans qu’une quelconque indolence
Ternisse mes espoirs présents.

(Décembre 2005)


Le livre déchiré


Il y avait des cascades dans ce livre brisé ;
Rires et embuscades venaient l’y égayer.
Mais parfois les images sur le papier froissé
S’échappent, c’est dommage, du livre déchiré.

Il y avait des enfances et des jeux et des pleurs,
De l’audace, des danses, des musiques, des fleurs.
J’ai tout jeté en vrac, las de m’y attarder,
Sans remettre à leur place, ces vers tout éclatés.

Comme ils étaient bien seuls, comme ils étaient transis ! …
Je les ai donc logés, aussi même, nourris.
“ Venez leur ai-je dit, ne cherchez plus personne
Allant vous lire ici, je vous offre mon nid ;
Que l’auteur me pardonne. ”



Rêver

Rêvez ! Rêvez, il est grand temps !
Inventez un monde meilleur,
Un univers humain menteur,
Ne peut rien engendrer de bon !

Rêvez ! Rêvez à l’horizon
Et fixez- le jusqu’à ne voir
Que les couleurs d’un bel espoir,
Puis ressentir jusqu’en vos veines,
Le goût d’aimer, l’envie de vivre !

Chassez de votre esprit, la peur,
L’envie de détruire, la mort !
Assez de torture morale,
Violence et désordre assassin !
Assez de sang et de tuerie,
Comme si nous tournions un film !

Rêvez un monde pour demain,
Pour aujourd’hui et maintenant
Avec des chants, avec des rires
Pour les petits et pour les grands,
Pour les aînés, puis les parents !

Rêvez un monde de patience,
De tolérance, d’amitié,
Avec des jeux et de la danse
Puis de la chance à volonté ! …

(Alès le 5 novembre 2005)

tiré de son recueil : "Teintes Multiples",
(dépôt 1er trimestre 2006)

© Lydia PAVOT

lire aussi sur son site : http://chezaspho.perso.sfr.fr

________________________________________________________________

retour à l'Accueil de La Poésie que j'ame ...