Angèle PAOLI


Je suis née à Bastia.
J'ai enseigné pendant de nombreuses années la littérature française et l'italien en Picardie.
Je vis actuellement à Canari, dans le Cap Corse, où je développe Terres de Femmes, la revue "littéraire artistique et cap-corsaire", créée en décembre 2004 avec mon mari Yves Thomas et le photographe et architecte Guidu Antonietti di Cinarca. J'ai publié plusieurs ouvrages, mais aussi dans les revues Pas, n° 4 (Editions Laurence Mauguin), Faire-Part, Europe, Siècle 21, La Revue des Archers, Thauma,...


Bibliographie
- Noir Ecrin, A Fior di Carta, Barrettali (Haute-Corse), 2007
- Manfarinu, l'âne de Noël, A Fior di Carta, Barrettali (Haute-Corse), 2007
- A l'aplomb du mur blanc, livre d'artiste illustré et réalisé par Véronique Agostini, éditions Les Aresquiers, Frontignan, 2008
- Lalla ou le chant des sables, récit-poème, éditions Terres de femmes, Canari (Haute-Corse), 2008
- Corps y es-tu ?, livre d'artiste illustré et réalisé par Véronique Agostini, éditions Les Aresquiers, Frontignan, mai 2009
- Le Lion des Abruzzes, à paraître en 2009 aux éditions Cousu Main
- Carnets de marche d'une cap-corsaire, à paraître en septembre 2010

Collectif (anthologie poétique) :
Calendrier de la poésie francophone 2008, Alhambra Publishing, Bertem, Belgique
Calendrier de la poésie francophone 2009, Alhambra Publishing, Bertem, Belgique
Calendrier de la poésie francophone 2010, Alhambra Publishing, Bertem, Belgique ( à paraître )



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CAMAÏEUX

Camaïeux
de verts de bleus de mauves et de gris
de vagues hérissées de cristes-marines
pommelé or des genêts camaïeux de câprier des îles
centaurées de Salonique et du solstice
de silènes à fleurs roses saponaires et scabieuses
camaïeux de jusquiame blanche
et de filaires lancéolées haut perchées
sur leurs ergots de tiges sombres

Camaïeux de fauvettes et de carouges à tête jaune
d'hirondelles Astarté d'alouettes des champs
de passerins Ciris et de pluviers des sables
camaïeux de cailles blés d'Ortygie et faisans de Colchide
d'aigrettes des récifs de butors étoilés
camaïeux de caméléons crocodiles et caïmans
alligators miniatures et geckos des murailles
lézards Mürr filant au gré des lauzes
immortelles dressées odorantes du temps
ivresses du sentier nuages en miroir sur la roche

Camaïeux de vert de turquoise de noir
tiédeur des roches douces ivresses de sel
bouquets de mandragores gorgées de soleil
et du miel de dragons languissants
écharpes de lumière phylactères de brumes sombres
les serpents d'écailles étirent leurs ondes
encerclent les roches vagues bleues crêtes
et voiles d'écume blanche
camaïeux du roulis régulier de la vague
crépitements crêpelés de lumière ambre rousse
grenailles de cailloux de criques aux bruyères
incendiées de folioles
clairs de terre en camaïeux
de chants de cuivre
de cymbales et crotales
de feu

 

 



FLEUR D'EAU

Là-bas
plus loin
au large
du vallonnement des dunes
délaissé par la vague
au milieu des ridins
fleur d’eau
ancrée dans le sable
une bonde

 

 

 

 


J’ATTENDS

ange déchu livré aux
sarcasmes du vent
sagittaire lancé
au giron de la nuit
l'odeur de chairs
et de lauriers
frissonne
à mes narines
obole de fraîcheur
livrée au silence

j'attends

 

 

 


Infidélités

toi qui brûles d’être fidèle à l’art
pourquoi es-tu infidèle à la vie

- et les bons sentiments alors

l’art n’a rien à voir
avec les bons sentiments
à quoi bon les bons sentiments
sinon à édulcorer la vie
et donc à édulcorer l’art

pourquoi être fidèle à la vie
elle qui se conduit
en mégère avec toi

toi qui brûles d’être fidèle à l’art
pourquoi es-tu infidèle à la vie

si la vie brûle la vie est un art
 

 




LAISSES DE MER

À toi

Il faudra alors se satisfaire de l’extrême lenteur des jours
du parfum affadi des journées sans lumière
des coquillages vides sur les laisses de mer
du craquèlement des pas dans les pas de l’absent
du ricanement persistant des mouettes rieuses
des plumes abandonnées dans les recreux de dunes
des filins emmêlés dans les lagons d'oyats


Il faudra alors oublier la lueur du regard
et laisser au sourire le temps de s’estomper
de n’être plus qu’une ombre au coin de ta paupière
à peine un battement imperceptible des cils
la soie d’un cheveu pâle glissé entre deux pages
juste un mot évadé de tes courriers froissés
juste un nom éclipsé dans l’océan du ciel
une larme égarée dans l’infini silence

 

 



Terres d’encres        noyées d’ocres et de bruns
étirements        filandreux         d’arbres et de traits flèches
en mouvance dense

vers le ciel

Noyées d’ocres et de bruns         terres d’encres         trempées diluées
fuselage sombre et lignes         d’arbres élancés         faisceaux réticulaires
de signes en départance

vers  l’au-delà  du  ciel

Paysages d’ocres et de sienne brûlée         terres d’encres diluées détrempées
filaments délavés         noires veinules         étirées filochées résilles
d’encres en latence

vers  l’en-deçà  du  ciel



 

 

 



LA VAGUE

L a vague sur tes pas est passée
elle a de toi tout effacé
les larmes de ton passé
elle a caressé et roulé
d’un revers d’onde
emporté
tes peurs et tes espoirs salés
pris dans sa ronde
et dépecés

le temps le temps t’a dispersée
d’un coup d’aile t’a enlevée
tes rêves et tes bonheurs brisés
se sont enfuis en une ondée

la lune la lune vague
de son voile t’a effleurée
le rire fou d’un geai gouailleur
t’a laissé choir dans un ailleurs

ta vie ta vie de trépassée
gît en lambeaux
sous la feuillée.

 

 



LE BLEU EST PAR-DESSUS LES TOITS

« Le ciel ce soir est
uniformément
bleu
bleu pâle
bleu presque blanc
bleu délavé
par les moiteurs de la journée
un avion trace sa voie
moutonneuse
silencieuse
disparaît
sans laisser de trace
les martinets
fous
zèbrent l’espace au-dessus des toits
vrillent le silence de leurs cris
elle aspire
à petites bouffées
le parfum d’herbe
tendre
d’un vert de pelouse
mal léchée
piquetée de pâquerettes
l’odeur de terre
mouillée
d’humus de sous-bois
monte jusqu’à elle
son regard mauve
vagabonde
des clématites aux iris
jaunes et blancs
feuilletés de pivoines
bourgeons poings fermés
cosmos aérien corolles délicates
bleuet solitaire
arraché au talus
lavandes
hissant leurs menus épis
hors des massifs chevelus
ciste fragile
pétales frissonnants
seringa entêtant
pavots velus encore enclos
dans leurs cocons
roses
roses veloutées
roses rouges
rosées roses
tendres douces cajolées
du bout des lèvres
baiser déposé
au creux des plis
serré
l’été est là
drainant la plaie
de son chagrin »

Angèle Paoli/Terres de femmes

- Un entretien avec la journaliste Elizabeth Flory


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