Charles D'Orléans

(Paris 1394 - Amboise 1465)

 

NOTES BIOGRAPHIQUES

Fils de Louis d'Orléans (frère du roi Charles VI) et de Valentine Visconti, la fille du duc de Milan, Charles d'Orléans a participé pleinement aux évènements de son temps. Son père est assassiné par les hommes du duc de Bourgogne en 1407, et sa mère meurt deux ans après.

Charles épouse en premières noces Isabelle de France, sa cousine germaine, fille du roi Charles VI et veuve du roi d'Angleterre Richard II . Elle meurt en 1409 après lui avoir donné une fille.

En 1410 Charles épouse Bonne d'Armagnac, âgée seulement de 11 ans.

Fait prisonnier par les Anglais après la bataille d'Agincourt (1415), il passe 25 ans d'assez douce captivité en Angleterre , où il a composé quelques 125 poèmes en anglais.

Il prend en troisième noces la très jeune Marie de Clèves, qui lui a donné deux filles et un fils, qui deviendra le roi Louis XII .
Charles passe les 15 dernières années de sa vie au château de Blois, où il compose de nombreux poèmes en français, surtout des rondeaux, et où il reçoit de nombreux poètes, y compris vraisemblement François Villon.

Oeuvre en français

Complainte de France (1433), composée après 18 années d'emprisonnement en Angleterre.

89 chansons et 5 complaintes composées en Angleterre
123 ballades, composées pour la plupart pendant sa captivité
435 rondeaux, écrits surtout à Blois

Sa poésie, surtout à ses débuts, est d'inspiration courtoise, et il emploie surtout les formes fixes de la ballade et du rondeau. Il est connu avant tout pour l'emploi de l'allégorie dans ses courts poèmes et pour l'aspect personnel et intime de ses poèmes.

Leurs thèmes principaux en sont l'exil, la douleur de la captivité, le temps qui passe, la vieillesse qui approche, l'amour, la décomposition du corps humain-- le tout sur un ton de tristesse et de mélancolie.


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RONDEAU DE PRINTEMPS

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n'y a bête ni oiseau
Qu'en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau
 

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie
Gouttes d'argent, d'orfèvrerie;
Chacun s'habille de nouveau:
Le temps a laissé son manteau.

* * *

Jeunes amoureux nouveaux,
En la nouvelle saison,
Par les rues, sans raison
Chevauchent faisant les sauts.

Et font saillir des carreaux
Le feu, comme de charbon :
Jeunes amoureux nouveaux
En la nouvelle saison.

Je ne sais si leurs travaux
Ils emploient bien ou non ;
Mais piqués de l'éperon
Sont autant que leurs chevaux,
Jeunes amoureux nouveaux
 

***

RONDEAU

Que nous en faisons
De telles manières,
Et douces et fières,
Selon les saisons !

En champs ou maisons,
Par bois et rivières,
Que nous en faisons
De telles manières !

Un temps nous taisons,
Tenant assez chères
Nos joyeuses chères,
Puis nous apaisons.
Que nous en faisons

* * *

RONDEAU

Dedans mon Livre de Pensée,
J'ai trouvé écrivant mon coeur
La vraie histoire de douleur,
De larmes toute enluminée,
En effaçant la très aimée
Image de plaisant douceur,
Dedans mon Livre de Pensée !

 

Hélas ! où l'a mon coeur trouvée ?
Les grosses gouttes de sueur
Lui saillent, de peine et labeur
Qu'il y prend, de nuit et journée,
Dedans mon Livre de Pensée !

* * *

BALLADES

En la forêt d'Ennuyeuse Tristesse,
Un jour m'advint qu'à part moi cheminais,
Si rencontrai l'Amoureuse Déesse
Qui m'appela, demandant où j'allais.
Je répondis que, par Fortune, étais
Mis en exil en ce bois, long temps a,
Et qu'à bon droit appeler me pouvait
L'homme égaré qui ne sait où il va.

En souriant, par sa très grande humblesse,
Me répondit : « Ami, si je savais
Pourquoi tu es mis en cette détresse,
À mon pouvoir volontiers t'aiderais ;
Car, jà piéça, je mis ton coeur en voie
De tout plaisir, ne sais qui l'en ôta ;
Or me déplaît qu'à présent je te vois
L'homme égaré qui ne sait où il va. »

- Hélas ! dis-je, souveraine Princesse,
Mon fait savez, pourquoi le vous dirais ?
C'est par la Mort qui fait à tous rudesse,
Qui m'a tollu celle que tant aimais,
En qui était tout l'espoir que j'avais,
Qui me guidait, si bien m'accompagna
En son vivant, que point ne me trouvais
L'homme égaré qui ne sait où il va.

ENVOI

« Aveugle suis, ne sais où aller dois ;
De mon bâton, afin que ne fourvoie,
Je vais tâtant mon chemin çà et là ;
C'est grand pitié qu'il convient que je soie
L'homme égaré qui ne sait où il va ! »


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