« La poésie c'est la cousine germaine de l'imprévisible
et, de l'imprévisible, il en faut des paniers
et des tonnes
à déverser en secret dans nos révolutions
qui sécrètent des bombes imaginaires du pouvoir,
du pouvoir de dire autre chose
que la guerre et les petits partis
qui se passent des petits paniers
aux barbes hirsutes
pour une libération de demain.

La poésie, c'est ce qui nous reste
quand les grands manitous de la fatalité
se sont prononcés contre la vie.

La poésie, c'est la lune penchée comme un canot
qui chavire son gréement
dans nos nuits d'attentes.

La poésie, c'est la manière se s'habiller
quand on ne peut pas parler.
C'est la manière de parler
quand on ne peut pas écrire.
C'est la manière de regarder
quand on ne peut ni parler ni écrire
C'est la manière de penser
quand on ne peut ni parler, ni écrire, ni regarder.

Mais laissez-nous la poésie.
Elle entrera forte, comme une fleur fille.
Elle tapissera nos murs de visages d'hommes anciens
qui ont dévisagé la folie, la mort, la solitude.
Plus jamais elle ne perdra le nord.

La poésie, elle aura des enfants qui auront des enfants
qui auront des enfants.
Elle fera tomber les drames psychologiques des prélarts,
du quotidien, des buildings, des photos de riches blasés.
Elle remontera l'horloge de la fable, des contes, des légendes,
des histoires à vivre debout au grand soleil.
Elle injectera de la digité archaïque dans les générations
qui ne font que commencer
à recevoir des balles de plomb dans les ailes.
Elle fera un mariage de raison,
aussi paradoxal que cela puisse paraître,
avec un homme d'affaires qui rendra la poésie populaire.
La grande vie, que je te dis!

La poésie, elle s'écrira, elle s'imprimera,
elle se dira, elle se chantera,
elle se taira et elle naîtra
dans nos vêtements, dans nos logis,
dans notre nourriture, dans nos fêtes
dans nos relations humaines,
dans nos relations inhumaines.
Elle corrigera l'obséquiosité hiérarchique
pour ceux qui n'ont pas de compte en banque
et, si jamais, elle pleure, la poésie,
ce sera pour inventer des criques d'eau salée
avec ses larmes,
pour que les hommes se baignent au chaud.»

(Texte composé à l'occasion de la nuit de la poésie de Montréal.)



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Tout le soleil couché dans nos épaules

les pluies géantes les matins pulpeux
notre haut chant de loup à la lune dans l'ombre

les nuages de nuit sentant la ciboulette
l'océan des sources et le ciel et toute l'eau
qui nous berce dans l'herbe gracieuse

et les saisons mes quatr'incomparables
et tout ce qui se mange et nous mange et le feu
les animaux le vent d'automne et les amis

ne sont rien ne sont rien ne sont rien
à côté de l'incandescence des amours
qui nous mènent qui nous mènent
en haut de la vie même

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NOTRE AMOUR N' EST PAS INACTIF

notre amour n'est pas naïf
et il a ses racines noires

notre amour a dépassé
le fragile des images

notre amour va quotidien
car il vit dans l'évidence

notre amour n'est plus à part
il a un nom qui nous ressemble

mais dans la rage que j'ai
de travailler dans mon pays

vers la liberté de tous
à travers les eaux du langage

et dans la lutte à dompter
les habitudes du désespoir

à force de chanter haut
de chanter fort dans la bataille

j'oublie parfois souvent
la tendresse de la promenade



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Voici des fruits des bouteilles et des filles

voici des fraises et des familles de moineaux
voici la vie multiple qui s'étire
voici les lapins qui s'élèvent tout seuls

pendant ce temps qui prend son temps
les catastrophes sont sans paresse
le soleil mûrit la terre comme un raisin
les lapins frivoles s'éduquent tout seuls

voici la chance et le hasard utiles
celui qui cherche doit savoir qu'il erre

les lapins me disent de toutes leurs oreilles
que le génie c'est être habile à respirer

et ils traitent la mort de fleur facile de marguerite


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image de Marie-Lydie Joffre

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