professeur de mathématique pendant 38 ans, à la retraite depuis 1994, réalise maintenant un rêve : écrire de la poésie, non point imiter, mais tenter de trouver un style personnel. Un premier recueil a été publié en 2000, l'éphémère vérité, chez l'arbre à paroles, Amay ...

Il est membre sociétaire de l'association des écrivains belges de langue française.

Il est le récipiendaire du:

  • Prix de Vulgarisation Scientifique de la Province du Hainaut 

  • Prix Tobbie Jonckheere de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique 

  • Prix de la Communauté Wallonie-Bruxelles au concours de poésie Pyramide 2000

Plusieurs revues-papier publient ses textes:

  • Le Spantole

  • Traversées

  • L'Arche d'Ouvèze

  • Inédit nouveau

  • Dixformes-informes

  • An +

  • La Pensée Wallonne

  • Bleu d'encre

  • Plumes et pinceaux

Il est également possible de le lire sur les sites:

«Pour me qualifier : homme libre à la recherche d'un absolu ?» dit-il.

___________________________________________________ 


mots de sève mots de sang

mots mots fraternels mots de silence mots de miel ou de pleurs mots tendres fauves assoiffés pâles ou distendus mots des douleurs mots des encres délavées mots de nos erreurs mots des amours effacées par l'oubli mots nerveux entrevus dans l'ombre fatale mots affaiblis chassés de l'ennui mots aigus froids exigus mots de la faim criée mots des chagrins explosés mots qu'on assassine mots réservés aux voyageurs hasardeux mots fragiles porcelaines d'argile mots murmurés mots d'orgueil mots de sève de sang épanché mots harmonieux  mots des murmures des rêves d'amour vibrations du violoncelle mots épris de justice mots rubiconds des guinguettes mots sonnailles provençailles trompettes mots des passions partagées trouvailles mots âpres mots de l'exaltation mots de la révolution mots croissez et multipliez-vous devenez ces mots au charbon  ces mots de la sueur des hommes conduits chaque jour à l'échafaud  ces mots surgis des temps lointains ces mots prêtés par nos voisins ces mots forts immortels sur les tombes des victimes mots-étincelles mots ailés comme le vent ces mots vivaces comme le chiendent ces mots ardents au rythme trépidant  autant de mots retrouvés gravés dans nos mémoires étreintes griffes tentacules guillotines à renverser mots du chaos flots apportés transportés par les hommes sillons ou délires pieds de nez ou révérences régnez tissez vos toiles d'araignée capturez la beauté charmez nos oreilles triomphez de la peur soyez des seigneurs libres des vagues fertiles des vampires stériles mille surprises plaintes ou cris contre l'horreur

(14-07-2001)

 

ZOÉ

 c'était une évidence
tu serais

tu serais
le Z
l'aleph

(le ciel est moins sombre)

tu serais
le tout
le condensé
le potentiel

(étude en mi majeur de Chopin)

regarde
le jour se lève
c'est ton premier jour
Zoé

tu es
cette harmonie faite de longs traits
la densité qui s'infiltre en l'infini

tu es

pétale du ciel
sourire de la mer

tu es
une autre source

 (17 juillet 2001)

 

Tercets

écouter la nuit -
les étoiles éparpillées
sur la toile bleue

 *

les mots d'autrefois
déposés sur la page jaunie -
une odeur ravivée

 *

sur le mur glacé
un cloporte déambule -
en suis-je agacé ?

 *

du corps étendu
couvert de lumière blonde
surgit l'erg dodu

 *

comme un arbre mort
j'accepte la violence
des mots sur mon corps

*

le temps dégouline
sur les toits simulateurs
féroce machin

 (29 juillet 2001)

 

Réalisme d'un dieu sur le toit brûlant

Fleuve de serpentins mer d'émeraudes et d'impudences le goéland
te parle avec son rire mélodieux vagues incertaines du plaisir
tu es le dieu qui s'abreuve le rutilant coursier des airs
bel oiseau libertin pour les vacances les plus chaudes
tu rôdes joyeux imperturbable parmi les commérages
l'indépendance est ta seule danse fontaines claires rivières neuves
pour ton destin étincelant il te suffit d'un seul élan d'une seule chiquenaude
pour faire tomber tous les satins harmonieux séjours de rêve
je rêve de toi dieu étrange en ta nonchalance parmi les semences du vent
tout en toi est glorieux tes chalands de mystères mille preuves en maraude
toi tu es l'orgueilleux le dernier chemin toujours hautain au festin des évidences
toujours radieux brûlant tu es le soleil qui minaude et les ombres tristes
se meuvent à chaque instant

(14 août 2001)

 

 

la caravelle

                                pour  Amélie Nothomb

l'ombre
n'est qu'une illusion
le centre d'un vertige

ô silence

chantent les lueurs de la nuit

elle
la gueuse
la coloquinte
le sarment d'arc-en-ciel
du haut de l'escalier
regarde le ménestrel

les masques levés
stupeurs et tremblements

elle
radieuse
au centre de la provocation
caravelle
venimeuse

elle
se déshabille
fiévreusement

 (19 août 2001)

 

 

étoiles

lumières d'étoiles
ces clairs de terres inconnues
et ces chairs
vibrantes sous l'archer du désir

vagues brillantes
doux élixirs d'amour
avions perdus
dans l'incendie de nos rêves

 (19 août 2001)
 

 

la couleur rouge des mots.

les images pleurent sur les plages de l'exil
et ce cri
ce tremblement du silence

égratignures dans le gris du ciel

chantent les cimetières marins
rouges de sang épanché
et nos envies de repos

le monde s'achemine vers la guerre
cravates nouées autour des cous tendus

en son milieu le tonnerre
et la haine
le tonnerre cynique
suspendu

le triangle de la réalité m'étrangle
de quoi vomir chaque jour

il pleut des grenailles
même si le jaune des pissenlits reverdit

quel est ce pas attendu derrière la porte ?

  (20 août 2001)

 

le feu d'artifices

perfeccion del circulo

et
soudain
craquer

briser le cercle des choses
vibrer comme un moustique
se révolter

devenir mésange losange ou lion

selon son gré
devenir omelette ou squelette
rapace ou oiseau-fièvre
passion

devenir

devenir symphonie de framboises vertes
tapis d'Orient
ou bel épi des mers

briser les chaînes de l'esclavage
accepter le doute 
se fier au hasard

choisir comme modèles
le croquis inachevé
le riquiqui ringard

mais écrire

devenir paisible
indestructible
libre 
le tiers n'étant plus exclu

vivre

vivre les choses insensées
avec le sabot du soleil 
dans son sac d'arc-en-ciel

avoir le paquebot de la fée dans son lit
brûler les livres sérieux
s'accrocher au jupon d'églantine

vivre
préférer l'arabesque
l'esquisse
même le grotesque
à la certitude du charbon

s'envoler
parole folle
ivre de passions

s'éclater
en un grand
en un grand feu d'artifices

 (22 août 2001)

 

passage

la porte entrouverte
passage

un soleil inconnu
sur la plage déserte

passage
entre les mots

comme un oiseau
le ferait

 (24 août 2001)

 

huiles

pour le peintre Joël Delhaye

j'irai
creuser

ouvrir
la mémoire

les mots
gravés

j'irai
pour l'essentiel

au creux
du silence

l'art
décortiqué

ravages
pour comprendre

l'oiseau
la fièvre

l'esprit

 (25 août 2001)

 

la nuit

c'est beau
la nuit

la nuit creuse
comme une note
blanche

la peur
abandonnée

la nuit
éclatée
en soleils

 (26 août 2001) 

 

Et pendant quelques pas

pour Zoé

Et pendant quelques pas
je vais
t'accompagner

pas à pas
modestement

je vais vivre
pas à pas
tendrement
près de toi

te parler de nuages
ce sera un voyage
autrement

étranges découvertes
à partager

ce sera
pas à pas
mon enfant

 (1 septembre 2001)

 

le carré rouge

les cercles de fer de Valjean les rails tordus de la misère 
les tentures rayées de désespoir 
la prison close aux murs gris délavés

le carré noir de Malevitch 
le soleil tout noir écrasé 
en apesanteur

mais ce léger murmure 
ce pignon jaune de Vermeer

elle est là 
elle se prépare 
la révolte la marche triomphante

glorieuse la marche vers la liberté

le carré rouge les poings levés 
le carré aux angles écartelés par le sang versé

par le sang versé 
inutile 
le temps mis entre parenthèses

il pleut des grenouilles vertes 

arabesques tenailles de l'évidence meurtrière 
qu'il faut bannir

corrida des morts en Israël en Palestine 
horreurs sur les chemins désertés 
le soufre flottant dans l'air desséché

demain n'existe pas encore

seule la transparence du désastre peut faire réfléchir

folle construction aléatoire de maisons détruites 
Picasso ouvert au déluge 
la terreur amplifiée 
le minautaure et la jument lacérés devant la grotte de Platon

elle viendra la liberté
il viendra le respect mutuel des hommes

vibrance du violon triste de jolie Éva

il pleut des grenouilles vertes déjà

 (4 septembre 2001)

 

 

dans nos mains

                                                  en hommage à Paul Eluard

dans nos mains
rien que de la terre
et du sang

de la glaise
et de l'eau
pour construire

de la joie et de la colère
des rires et des pleurs
pour aimer

rien que de la terre
et le ciel
et ses nuages

pour ouvrir les portes
de l'amour
sans lâcheté

car il faut de l'audace
de la persévérance
pour réduire les différences

pour gommer les peurs
face à l'autre
face au bonheur

 (5 septembre 2001

 

Je parlerais

tempo du 2d largo du concerto
pour violoncelle et orchestre
en mi mineur
de Vivaldi

pour Arle

je parlerais de la poussière
je parlerais du vent
je parlerais de toi

de la dune fertile
de cette image inscrite
en moi

je parlerais d'un souvenir
d'un orage
sous ton parapluie

je parlerais

aurais-je le courage
de dire
l'essentiel

le nécessaire
l'évident

 (6 septembre 2001)

 

Haïkus

la carte postale -
empreinte à la confiture
c'est signé Zoé

juste après le rot
Zoé s'assoupit enfin -
un vieil âne brait

 (8 septembre 2001)

 

poème par une nuit inconnue

hommage à Van Gogh

quelle mémoire m'appartient qui peut le dire ? intensifier tous les mots pour parvenir à la quiétude et à l'harmonie gonfler le soir de mille feux y introduire les mangeurs de pommes de terre le docteur l'impression nocturne les oliviers portés par les nuages blancs la lune s'élève elle montre le chemin à la nuit pleurent les traits d'un visage il faut oublier le soleil dilaté le champ de blé trop mûr monter vers l'exaltation de la salle de danse vers l'entrée du jardin public s'éloigner du café de nuit s'éloigner des cyprès des flammes noires à rejeter s'écarter de l'engrenage le peintre doit être un peintre même s'il est maudit une claire journée tendre voit déjà le jour je deviendrai célèbre je le sais tel le pèlerin qui chante dans la joie mémoire le panier avec les oignons à fleurs le soulier délacé la languette pendante les iris cette mer jaune cette inconnue au bout du temps

 (8 septembre 2001)

 

Aux portes de la mort

Flux et reflux en nos mémoires

Des larmes parlent d'autres larmes
Des cris raniment d'autres cris
Poussières qui avalent d'autres poussières

La haine mugissant

La tour et sa jumelle en feu
L'oeil et la peur de voir plus loin
L'homme et sa chemise agitée

Juste avant de mourir

 (11 septembre 2001)

 

paralysie du verbe

langue de l'exil
cette tendresse de 
la pierre lisse

enroulée dans sa
forme inhumaine
et combien sereine

langue étrangère
à nos esprits malins
langue souveraine

évacuation de l'
angoisse sans le
moindre bavardage

sans orage sans passion
le silence enveloppé dans
toute la tristesse du monde

 (16 septembre 2001)

 

les casseurs de pierres

à genoux
inlassablement
ouvrir la masse

briser le ciment des mots
l'ombre effacée
avec le temps

 (18 septembre 2001)

 

Si

pour Arle

Si
c'était vrai
l'amour

Si
c'était l'évidence
l'amour

Une rose
une fleur
un orage oublié

Si c'était vrai
l'amour
notre rencontre


( 22 septembre 2001)

 

La victoire du colosse

à toutes ces victimes innocentes

Beaucoup de monde sur les routes
de la misère jusqu'au bout
des doigts de la grande déroute

Visages parsemés de froid
jusqu'au refus de la crémière
d'extérioriser son effroi

Visages éteints sans lumière
dans le petit matin glacé
pourri par la peur coutumière

La gueuse vous prendra debout

Des mains mais encor des blessures
des coeurs qui saignent à grands flots
sous le poids de ces meurtrissures

Des mains tendues vers l'espoir
des silences ô pénitence
pourquoi l'effet de repoussoir ?

Sont-ils maudits par la puissance
tous ces hommes abandonnés
sont-ils détruits par l'ignorance ?

Beaucoup d'erreurs sans aucun doute
et les pauvres ont toujours tort
leur lymphe coule goutte à goutte

Visages burinés de maux
transpercés d'insultes gratuites
vous conduit-on à l'échafaud ?

Visages aux couleurs détruites
par la main dure du bourreau
votre mort sera-t-elle instruite ?

La gueuse vous attend dehors

Des corps mis à nu sous l'angoisse
des dos brisés par les canons
que l'interminable cri croisse !

Corps offerts ô soumission
corps broyés cassez le silence
corps hurlez sans rémission !

Sont-ils maudits par la puissance
tous ces hommes abandonnés
sont-ils détruits par l'ignorance ?

 (28 septembre 2001)

 

Un mot

J'écris 
un mot 
un seul mot

Aimer

Aimer la vie 
en toi 
la puissance inscrite en tes gènes
comme un orage insensé 
le vent libéré en toi
insensé

 (7 octobre 2001)

 

métamorphose

ll faut que je me détruise
il faut que j'élimine mes scories
pour être à nouveau
cet autre je
cet autre Rimbaud
avec cet autre sourire
avec ce rire nouveau

il faut que je me détruise
je reviendrai bientôt
avec d'autres ailes
avec d'autres chapeaux

je reviendrai bientôt
sur les lieux de ma rime
avec d'autres pipeaux

j'écrirai 
j'écrirai l'autre signe
le signe nouveau

 (15 octobre 2001)

 

la bataille finale

en hommage à Henri Michaux

tout est illusion même les corps à corps lorsque les mots se bousculent et s'étranglent le fantôme noir surgit de la tombe le mot écarté réapparaît le mot relégué plante alors ses griffes d'aigle dans le tas mouvant le dictionnaire déchiré péniblement le képhir se redresse perd son sang il dévore encore le lait d'écume qui coule de la page vierge le fantassin bleu ou vert ronge les coquilles vides les virgules les tirets c'est la fin du monde littéraire la bataille se termine mine de rien un gros mot s'enfuit oui c'est fini définitivement fini

 (15 octobre 2001)

 

Destruction

J'assiste à une destruction qui, déjà, n'est plus la mienne. Oui la ville est morte. Les chiens aux pelages vitreux nous regardent d'un oeil opaque. Les vitrines aux vitres blessées sont des gerbes éteintes. Oui, les maisons s'écroulent sous le poids des silences. Les femmes ne prient plus, les hommes chevauchent avec peine quelques murets déteints par le sang épanché, les enfants mâchent des crayons sans pointe. La rue est frileuse jusqu'au bout des pieds gelés. Cette peur qui dévore l'âme... Un papier graisseux s'envole dans l'air sulfureux, un vieux vélo sans chaîne rouille à côté d'une porte enfoncée. Les oiseaux ont même déserté les parvis crasseux.

  (22 octobre 2001)

 

Fractals

Orée bleue des trajets de l'inconscient
Fractals de l'imaginaire
L'hypothèse découpée en sa demeure
La réalité surpeuplée de mythes rares
Et d'oiseaux solitaires

Le temps se détourne de son lit
Les frimas enfouis avec tous nos soupirs
Juste un goût d'orties fraîches
Les plus blanches
En nos bouches abandonnées à la nuit

Mille nez de sauge au coeur du néant
Mille mains de serpolet dans le vent léger
À la découverte d'une géométrie variable
D'un langage nouveau
Rempli de persil

  (30 octobre 2001)

 

Équations

Artifices notes folles
équations filles du feu
silences éclatés en silex
comme des lumières losanges

  (29 octobre 2001)

 

mirages

très loin
trop loin
le ciel
le ciel vert tendre 
le gazon 
l'horizon déroulé
la roue brisée éclatée
le ciel s'écroule
casse ses liens
l'amphore vidée de ses illusions
la sensation amplifiée par le rire
pluie fine de perles rares
la beauté du silence
et
trop loin
très loin
l'horizon
peut-être un oiseau rare
une statue
un théorème inutile qui gesticule
non
un axiome une évidence
comme elle dit
la Vérité
la fin inéluctable des moyens
les ombres déshéritées
l'oiseau-fièvre endormi
l'argile fragile des questions
comme tes mots
endormis
sur le carreau d'un jeu de cartes
truquées

 (18 novembre 2001)

 

23 poèmes booléens

en hommage à Raymond Queneau

¤

inlassablement
écrire
murmurer

¤

inlassablement
murmurer
raturer

¤

inlassablement
paraître
gommer

¤

écrire
ombres silencieuses
imperturbablement

¤

effacer
oser
opiniâtrement

¤

paraître
murmurer
courageusement

¤

inlassablement
créer
inévitablement

¤

ombres des silences
effacer
malicieusement

¤

opiniâtrement
rechercher
la lumière

¤

créer
inévitablement
sonnettes geysers

¤

créer
imperturbablement
marées vaisseaux

¤


¤

imperturbablement
créer
alliages langages nouveaux

¤

décire
ces langages
inévitablement

¤

cauchemars théâtres
tempêtes cris
les créer

¤

opiniâtrement
rechercher
une lumière

¤

violences langages erreurs
inlassablement
inlassablement

¤

écrire écrire
écrire
souvent

¤

tempêtes

¤

miroirs

¤

miroirs

¤

miroirs

¤

l'antépénultième
miroir
sans tain

¤

 18 novembre 2001 

 

Le rire du poète

pour mes amis de Reg'Art

j'ai pris le soleil
délicatement
entre les doigts
et je l'ai pincé
fermement

j'en ai extrait
le jus suprême
ce sang d'amour
que j'ai bu
goulûment

dois-le dire ?
l'énergie souveraine
m'anime
je suis devenu plus que
surhumain

bête féroce
sans rime ni raison
telle est
ma nouvelle destinée
au centre du rire

ardent plaisir
où les mots ni l'euro
n'ont plus cours
ultime vertige

maintenant
que ma soif assouvie
me dévore
maintenant
que mon désir ne peut plus
s'apaiser
que vais-je devenir ?

cet "autre je" ?

18 novembre 2001

 

cet autre je

pour Jean-François Pollet

je serai toi le pauvre
avec mes pauvres mots

je serai toi le malade
avec mes faiblesses avec mes douleurs

je serai toi l'ortie dans le bouquet
avec mes incapacités

je serai toi le condamné
fier et brave face aux bourreaux

je serai moi sans lâcheté
en toute liberté

je serai avec toi l'ami
avec nos pauvres mains réunies

23 novembre 2001



elle et lui

elle et lui
face à face -
se regardent

23 novembre 2001



le secret

ne dis rien
garde le doigt
sur la bouche du temps
chut ! ne dis rien !

je suis fou
mes yeux de panthère mes cornes de bison
mes lunettes de vieil hibou
ne font plus illusion

je suis le clown du dimanche
avec ma passion dévorante
pour le goût particulier
de la chair de papillon

ne dis rien !
garde le secret
je délire au centre de l'écriture
je ne suis pas du Haut lieu

garde le secret
je suis le diable sans la moindre instruction
mes ongles sont peints de rouge
mon sang est de charbon

ne dis rien !
les autres pauvres me reconnaîtront
facilement

(23 novembre 2001)


la foule

la foule la foule dans sa mouvance
la foule dans son errance
la foule vengeresse
la foule enroulée dans ses plis
la foule du lundi la foule du vendredi saint
la foule endormie
la foule des martyrs
la foule des victimes
la foule des opprimés
la houle mystérieuse de la masse pensante
la foule innocente
la foule des handicapés
la foule envahissante la foule-carnaval
la foule qui danse
celle qui n'a pas de masque celle qui chante
la foule abandonnée aux bourreaux
la foule des démons féroces 
la foule sans le Pouvoir
sans le Haut Savoir
la foule avec sa vérité toute petite 
avec sa vérité toute éphémère
avec son petit coeur qui bat
la foule des passagers clandestins
la foule avec ses vagues avec ses passions
la foule totale 
la foule immense
(souveraine beauté du cri de Munch)
où se cache l'amour

23 novembre 2001

 

fleuves et claviers

je dédie ce poème difficile à mon interprète Isabelle Spriet, à son talent manifesté lors du spectacle "fatrasies d'avant Quiévrain" donné dans plusieurs villes de Belgique et de France

fleuves et claviers "voleurs de feu" désirs ardents comme des éclairs de génie roses trémières comme des pieds de faux nez passions dévorantes comme mille carnavals en feu foudres transplantées dans le sang du poète vos certitudes futiles effacées écrasées par mes vers multiplicateurs par mes gribouillis tels un jazz pictural tracé à six bras croisés au-dessus du néant toutes les chairs du poème recopiées avec le regard de la mer déferlante mille greffes de plaisirs accrochées aux farouches claymores mille bouches du savoir dévorées par la passion mille feux en clair obscur déployés modulations des lumières franches souches ardentes du clavecin de Diderot et sur les trottoirs explosent les générations folles des schèmes philanthropes branches modulaires porteuses de plaisirs interdits tels des rameaux porteurs d'appétits féroces mille folies sur les arbres de la vie dressés tous les fruits apparents nullement cachés dans ce désordre singulier jusqu'à l'illusion d'être et tous ces affluents ramifiés de la folie créatrice tous ces vertiges intemporels des notes bleues dans leurs apparences légères jusqu'à l'illusion d'être encore plus et encore plus êtres de l' errance vent léger léopards puissants tous nos désirs répertoriés sur le cahier de l'envers seront oubliées les voix organiques des profondeurs funestes seront détruits tous ces vieux tissus pulmonaires de la peur outrancière ces geysers intempestifs remplis de défis hautains seules les gammes d'un fleuve torride définitif s'écouleront en moi en cette clepsydre d'un temps éternel qui m'échoit en cette recherche fondamentale de mes rivières souterraines

(24 novembre 2001)



offrande

pour Stéphane Hamon

déposer
le mot nu
offert
à la page
vierge

24 novembre 2001

 

il

il était
nu
comme un vers

(25 novembre 2001)

 

Il y eut

il y eut
la nausée

il y eut
la peur et l'erreur

et
bien plus

il y eut
la trahison et la honte

comme un sortilège
la belle excuse

aujourd'hui il y a l'erreur entretenue
et la peur hautaine

et la nausée
au summum

(ce 7 avril 2002)

© Marcel Peltier / m.o.peltier@skynet.be

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- L'éphémère vérité 2000, une critique

- La vie ordinaire 2003, présentation
- une critique

- Le carré rouge I 2003, une critique

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