MES LIGNES SONT ÉCRITES
Mes lignes sont écrites avec la terre,
Avec la vague, avec la chair et les cheveux,
Avec un long baiser, un feu interminable,
Dans un demi-sommeil surgissant dun tunnel.
Mes lignes sont écrites
Avec la colombe et le nard,
Dans la glaise et largile,
Avec des idées qui senroulent en spirales.
Mes lignes sont écrites avec lencre du temps,
Le sang, le sperme et leau,
Dans létreinte et lespoir.
Lamour attend son heure
Au milieu du silence.
Leau chante par la bouche
Au milieu du désert.
Laile des mots dissout
La pierre qui écrase.
Mes lignes sont écrites avec le blanc des yeux.
Mes mots se perdent dans les trains,
Dans les rues, dans les bois.
Mes mots apprennent le ventre vide,
La colère et la joie,
Le cur qui mendie
Dans la clarté lunaire
Et les épis secrets.
Mes lignes sont écrites avec la mer à boire,
Le minerai de lâme,
La flamme et la fumée,
La rumeur de labeille
Quand elle touche la rose,
Le fleuve Saint-Laurent
Qui porte mes racines,
Le chant de lembouchure,
La queue de larc-en-ciel,
Le corail et lécaille.
Mes lignes sont écrites à la lumière du rêve,
Avec linconscient, le soleil
Et les graines affamées.
Je chante lheure nue,
Le fumier frais des vaches,
La croissance des feuilles,
Le glissement des reptiles,
Les lapsus du vent.
Lamour attend son heure
Comme un lampyre dans la nuit.
Je ne sais pas encore
Ce que parler veut dire.
Je donne la lumière
Sans savoir doù elle vient.
Jécris pour être ce que jaime.
22 juillet, 2004
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PETIT MATIN
Chaque matin je déjeune
D'une gorgée d'azur.
Par la fenêtre ouverte
Je syntonise l'horizon.
Les ailes des oiseaux
Tournent les pages du ciel.
Les premières cigales
Me lisent les nouvelles.
Comme les collines au loin,
Les montagnes, les lacs,
Je lave ma peau nue
Dans un grand bain de soleil.
Un brin d'herbe fait signe
Aux étoiles endormies.
Des hirondelles se croisent
Et narguent Chibouki.
L'oreille contre le pouls du vent
J'écoute battre le monde.
Il y a toujours
Un bout de voie lactée
Dans le nid des abeilles,
Un murmure d'étoiles
Dans le fond d'un ruisseau.
Il y a dans chaque pas
Le creux de l'origine,
De la neige endormie
Dans une pluie d'été.
Je consens à l'infime
Pour toucher l'infini.
J'apprends à n'être
Comme on apprend à naître.
11 août 2004
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POÈMES INÉDITS
SUR UN FIL
Quand lidée du bonheur
Se jette sous le train
À 5 heures du matin.
Quand linfini bascule
Du côté noir des choses
À 5 heures du matin.
Quand un fleuve doiseaux
Perd ses vagues en volant
À 5 heures du matin.
Quand la fiancée des fleurs
Perd sa bague dodeurs
À 5 heures du matin.
Quand on marche sur un fil
Qui ne tient plus à rien
À 5 heures du matin.
Quand la chair des mots
Nest quune peau de chagrin.
Quand le cuir des bottes
Nest quune chair de poule.
Quand le sommeil abat ses rêves
Comme des cartes truquées
À 5 heures du matin.
Quand personne ne mattend.
Quand les morts me rejoignent
À 5 heures du matin.
Jinvente à lespérance
Une sur jumelle.
16 août 2004
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LA TERRE DES VOYELLES
Excusez-moi du peu.
Je nai pas dailes pour voler
Des chausse-trapes aux chaussettes.
Je nai pour vous parler
Que quelques cris du cur,
Les dix doigts de la main
Pour retenir le temps
Comme on retient la pluie,
Le rouge des oreilles
Qui tache la musique
Et le rouge des joues
Qui remonte à lenfance,
La page inachevée
Sur laquelle je mendors,
Du vin blond, du vin fou
Sur la nappe des yeux,
De la couleur dans lombre
Et ses poils en pinceau,
Des mots roulés en boule
Dans un sac kangourou,
Des poissons bizarres
Qui traînent leur bocal
Avec une laisse en eau,
Un vieux chat qui ronronne
Dans ma gorge nouée,
Le pollen des amis
Qui me saoule de mots,
Le bleu du Richelieu
Qui coule dans mes bras.
Et porte dans ma voix
Tous les genoux qui saignent
Et les cailloux lancés
Sur le pas des vieillards.
Excusez-moi du peu.
Jai troqué ma valise
Pour le cheval du rêve.
Je nai quun peu davoine
Pour traverser lhiver,
Le mouvement des bras
Amorçant laccolade,
La terre des voyelles
Où croissent des images,
Un soleil en pied de bas
Et des abeilles en fleurs.
8 octobre 2004
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LE POÈME INVERSÉ
Une table en pommier
Garde lodeur des pommes.
Ça commence par les graines
Et finit par les miettes.
La sève semmêle au pain
Et le verre à la soif.
Ce nest pas moi qui chante
Cest la clef de fa
Dans mon coffre à outils.
Ce nest pas moi qui tombe
Cest la pomme
Avec un gramme en trop.
Elle offre sa peau nue
À lhumus gourmand.
Ce nest pas moi qui vois
Cest le cur de laveugle
Qui lui sert de lumière.
Ce nest pas moi qui pleure
Ce sont les larmes bleues
Sur le mur de crépi,
Lencre légère du vent
Sur les tuiles dardoise.
Je ne dis jamais rien
Cest le soleil qui parle,
Les plumes dhirondelle
Dans la mémoire du nid,
Les chaussettes oubliées
Dans le tiroir du cur.
Ce nest pas moi qui frissonne
Cest la hanche envahie
Par des paumes aveugles,
Cest la maison qui bouge
sous le souffle des morts.
On a beau voyager
À lautre bout du monde
Il y a toujours un voisin
Qui cogne à la cloison.
Le linge sale de chacun
Finira par se taire.
Il se rétrécira
Jusquau linceul final.
Je nai jamais compris
Que les pensées quon sème
Dans la terre des mots,
Lentêtement des racines
Dans les vagues immobiles.
Jouvre au flanc du néant
Une fenêtre dimages.
Ne croyez pas ce que je dis
Cest le poème qui mécrit
Quand je rêve en dormant.
3 décembre 2004
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POSTE RESTANTE
Demain cest décidé
Je laisse mes idées
Courir la galipote.
Je marche sur la tête,
Un chapeau sur le cur.
Je vois avec ma peau.
Et mes orteils chantent
À travers les trous de bas.
Je serai le cheveu
Dans la soupe des riches,
Lassassin du pouvoir
Dans leurs matelas de peur,
Le chien sale qui jappe
Quand le silence frappe,
Les yeux sans fond dun chat
Qui griffent le réel.
Je serai le trou de beigne
Dans le sourire dun Big Mac,
Le menu quon égorge
Sur la table de lois,
Le téléphone qui sonne
Derrière linvisible,
Le mur quon abat
Au pied du merveilleux.
Je serai la lumière
Dans les flocons de suie,
Les cristaux de lespoir
Sur la glace des curs,
La mouche qui se noie
Dans un bouillon de culture
Et leau claire des yeux
Rinçant le paysage.
Demain cest décidé
Étant déjà timbré
Jenveloppe le silence
Et je me poste avec.
13 décembre, 2004
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À LIMPÉRATIF
Au milieu des klaxons
Je détisse à lenvers
Le vieux pull dAriane
Pour retrouver les prés.
De la laine à la source
Je broute lherbe nue
Qui me sert de papier.
Le bleu du ciel mappelle
Par la fenêtre ouverte.
Les cent pas dans ma tête
Font la ronde en dansant.
Mes idées à fleur de peau
Affleurent en caresses.
Face aux rêves perdus
La même vague se lève,
La même rage de vivre.
Je conjugue le temps
À limpératif du désir
Et mon verbe à lespoir.
13 décembre, 2004
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PASSAGE EN DOUCE
Je songe à ma femme qui est parmi les fruits, les plantes, les oiseaux. Je me
réveille à peine et je la sens présente. Je la dispute aux feuilles, aux
abeilles, à la neige. Ses bras sont un ruisseau où je plonge mes doigts. La
rosée tendrement vient me parler pour elle. Ses yeux font sur ma vie un
grand vague perdu. Je limagine encore toute fine et tremblante, agrandie
par les champs, avalée par le vent. Je demande aux oiseaux de lembrasser
pour moi. Les plantes lentement penchent la tête sur elle. Les gestes des
ajoncs ressemblent à ses cheveux.
Après toutes ces années, elle renaît au printemps et passe doucement pour me
dire bonjour. Ses bruits de papillon rendent sa mort légère. Elle sétend
pour lété dans la terre du jardin. Jy sèmerai des mots qui sentent la
framboise, des mots verts, des mots bleus, des mots imprononçables aux
syllabes darc-en-ciel. Elle sert de racines à ma flore despoir.
Je la guette derrière le silence. Elle détache les arbres prisonniers de la
terre. Son souvenir a la force du vent. Il pousse les fontaines un peu plus
vers la soif. Ses paupières sont des ailes dans le ciel du rêve, ses
souvenirs des rames dans l'eau de la mémoire. Pour peu que j'imagine un peu
de pluie ancienne, le vide à mes côtés se remplit de présence. Son corps, ce
matin, est le soleil qui pointe et déshabille d'un geste les seins de
l'horizon. Son corps, ce matin, est un désert envahi de verdure. Le monde
malgré tout s'emplit de plénitude.
Un million d'années c'est peu, mais cinq années sans toi, une journée sans
toi, une seconde sans toi, c'est plus long que la mort.
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EN HABITS D'AUTOMNE
Un étrange parapluie a recouvert lautomne. Les pas cherchent les pieds. Les
mains perdent leurs gestes. Le sang tache le temps. On sent les morts bouger
dans la peur des vivants. Les yeux perdent leur flamme. Les mots se
prononcent en panique quand ils se laissent dire. Quant au silence, il
déchire la peau. Ça sent le pet de Dieu et les ombres des hommes écrasées
sur le mur, lévier bouché, la mort dans lâme. Ça sent le tatouage sur le
bras des idées, les pieds dans les plats, les yeux mal affûtés qui se
refusent à voir. Quest-ce qui a pu nous échapper ? Trop de chiffres nous
salissent les doigts. Le sommeil tombe comme un oiseau qui ne sait plus
voler. Les plumes du rêve séparpillent partout et se tachent de boue, de
sang et de misère. Les mots nous sautent à la figure et laissent des trous
noirs sur la langue. La beauté nous quitte et brise les images jusquau fond
des pupilles. Je parle avec le vent mais ça ne change rien. Il emporte mes
mots comme des feuilles mortes. Le ciel qui venait lire sur les
feuilles des arbres se déchire à ses branches. Les tempêtes pliées dans la
tête du vent sapprêtent à sortir. Elles ont mis leurs défroques de neige.
Il faudra des mitaines pour caresser le bois. Les fruits ferment boutique au
bec des oiseaux. Lair bleu qui dansait en caressant les filles se fige dans
lespace. Les fleurs se cachent pour mourir. Le silence vient déposer des
mots à labri des orages.
Larbre sait-il déjà sil sera une porte ou un cercueil, une table, une
matraque, un lit ou une potence ? Loiseau qui se veut feuille ne connaît
pas le destin des racines. Rejeté par la mer lhomme détruit la terre pour
un ciel hypothétique. Quand le temps passe et efface tous les livres, je
prépare un en-cas. Je sais bien que les mots napprennent pas la vie mais
ils aident les morts. Bien au-delà des cendres, les lignes de nos mains
continuent dexister. Cest dans les mots quon rencontre le silence, celui
que la mort nous refuse. Tout bouge pourtant. Tout remue. La vie est en
latence. Lespoir bourgeonne en cachette dans le repaire des écureuils et
les graines oubliées. Les mots tassés derrière ma bouche nattendent quun
signal, une guitare, une voix. Dans un monde de trous et de vides, il faut
quand même faire le plein.
Les mots se vident en parlant ou se remplissent. Les voix de nos pères
labourées dans la terre et celles de nos mères dans les fleurs du jardin se
répondent en écho. Ceux qui parlent avec la voix cassée ont aussi des
regards en tessons, des ébréchures à lil. On ne voit pas le temps passer
mais chaque objet enregistre les saisons. Je suis un étranger parmi les
travailleurs, un poisson qui nage à lenvers pour éviter le filet, un
marteau sans tête qui cherche ses feuilles, un loup qui se ronge la patte
pour se sortir du piège, une plante sauvage qui mange lasphalte, une
abeille qui bourdonne dans un essaim doreilles.
Nous sommes rescapés des obus de la pensée, poussière cosmique de souvenirs
innés. Lhistoire quon nous conte est un habit sans squelette. Je cherche
la parole entre le cur et les boyaux, celle qui fait exploser les miroirs
et les masques. Je cherche le noyau dans le fruit du silence. Je cherche
lair dans le paradis des bulles, la caresse des ronces au milieu du jardin.
Fatigué de marcher sur les mains, jécris la tête à lenvers comme une
chauve-souris. Même la boue reçoit la lumière du ciel. La douleur ou lamour
sont si vastes, et pourtant, ils entrent dans le cur.
Les oiseaux senvolent quand on coupe les arbres. Ils volent en boitant dun
léger désespoir. Leurs plumes sautent du coq à lange et de lauge aux
étoiles. Les racines survivent dans la tête des fruits. Jécris comme une
fillette fait la lecture à sa poupée, sans déranger lhistoire mais en
changeant les mots. La prière des sourds-muets na pas besoin de voix, elle
dessine lespoir dans lenvol des mains. Nous naissons éternels dans le
néant du temps. Peu à peu nous crevons la carapace du silence. Dans ce vide
environné dimages quelque chose de nous doit survivre à la mort. Au
cimetière dà côté des polissons escaladent le mur pour ramasser entre les
tombes une balle perdue. Ils cueillent en passant des arcs-en-ciel en fleurs
pour en faire un sandwich. Quelques morts se réveillent, leurs tripes à la
main, pour jouer du biniou. Les statues dansent sous lil vert des arbres.
Les pierres tombales se mettent à rire et les piquets de clôture à
chatouiller lespace. La terre reprend son rythme au départ des enfants.
Seule la rosée témoigne du passage des fées.
À lécole des feuilles les arbres se préparent une carrière dhumus. De
branche en branche, de nid en nid, les oiseaux répondent au silence des
racines. Déclair en éclair, le ciel se déchire en gouttes dinsomnie. De
motte en motte, la terre se décline en phrases végétales. Il faut des mots
solaires au milieu de la neige. Même les fleurs du givre ont besoin de
pollen dans la grande main du froid. Il arrive quun poème me réveille la
nuit. Je méveille au matin avec un mot déjà fané sur la tige du crayon, son
pistil oublié par labeille du sens.
Le temps passe comme une eau qui boirait nos visages. Sur quel néant ou
quelle éternité poserons-nous nos bagages ? Je naurai plus dans mon panier
que les pépins dun mot. Jaurai laissé sa chair à la faim des oiseaux. Les
rires du bonheur sont en verre fragile. Les larmes non versées se
transforment en boulets. Quand nous nous éloignons de la terre promise,
cest que nos yeux portent trop loin pour atteindre la cible. On nentend
plus la souffle qui respire à côté. Les monuments aux morts neffacent pas
le sang versé. Les guichets de banque ne rendent pas la monnaie sur les
curs brisés. On nachète pas la liberté mais de la poudre aux yeux pour
farder la misère. Madame la vie senferme à double tour. Elle attend
lespérance avec les jambes ouvertes. Madame la vie ne se laisse plus
séduire par les chanteurs de pommes. Elle fait de la compote avec les fruits
qui tombent. Le vent dautomne tire des balles dor qui redonnent la vie.
Lété résiste sous la neige aux chenilles des skidoos, au doute du poème et
aux pas des chasseurs. Madame la vie sétire en confettis détoiles.
18 novembre 2004
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SOUS LA UNE DES IMAGES
Il y a parfois trop de poussière sur la minceur des images pour y mettre la vie.
Chacun a le même passé que lon garde secret. La mémoire est un trou dans le
tissu du monde. La phrase court vers son écoute, son écho, son déclic. Le fond
de notre tête napparaît pas dans le miroir. En traversant notre visage cest le
regard de lautre qui vient sy imprimer comme une épreuve photographique. La
tête est une chambre noire.
On chuchote rarement la vérité, cest plutôt le contraire. Quand on crie sur les
toits, les antennes restent sourdes. Les fenêtres se ferment. Les cheminées
fument de colère. Quelques chiens nous répondent en tirant sur la laisse. On
peut tuer sans haine, on ne peut pas dire je taime sans amour à donner. Jai
beau nommer la mer encore faut-il nager. La pluie essuie mes larmes avec le bas
de sa robe. Le vent tord dans mon dos le bras de mes idées. Jai le coude du
soleil enfoncé dans les yeux, les grosses mains du temps qui tripotent ma peau.
Je me protège comme je peux en écrivant des mots. Devant les muets, on espère
encore quelque chose des mots, lenvol dune main remplaçant lalphabet, une
parole pour lil.
Lennui samuse avec un jouet mort. Il croit donner le change avec des faux
billets. Je vois la lune embrasser les nuages sur la bouche. Je vois la terre
mêler ses rides aux vagues de la mer. Je méveille ce matin des algues sur la
peau et de leau dans les yeux. Il ne faut jamais croire la une des images. Il
faut voir plus loin que la couleur de lencre, tous les jardins possibles dans
la sépia des mots. Chaque pixel de vie est le pixel dune autre. Ceux qui
marchent à lenvers soutiennent avec leurs mains les orteils des autres. Je suis
de ceux qui creusent jusquà voir le ciel. Quand on érige un mur, je cherche la
fissure. De ligne dhorizon en ligne dhorizon, je grimpe avec mes yeux une
échelle infinie.
On a beau courir ou ralentir, changer de direction, marcher sur les mains ou
sauter dans labîme, le temps finit toujours par nous rejoindre. En essayant de
lattraper par sa crinière végétale, je me suis coupé à ses ronces dhorloge.
Dans nos durées de courte paille, il faut faire du feu malgré tout. Le temps des
arbres nous unit. Celui des murs nous sépare. La terre est un savoir que les
arbres mapprennent. Jécris avec mes doigts sous lédredon des choses des
romans sans histoire que je ne finis jamais. Je retarde la mort de tous mes
personnages.
Quand on parle, des images apparaissent entre les plis sonores. Elles vont plus
vite que les mots et laissent des trous noirs où germent d'autres mots. Le rêve
a besoin des poteaux du langage pour devenir réel. La pensée n'est que l'écart
entre les deux. Lorsque le présent brûle à la surface de lil, le regard
intérieur doit dissiper la fumée visuelle. Dans la maison de mes vertèbres, le
jazz me sert de colonne de son. Je suis un abonné des dimanches éternels, le
poil d'une épine dans la purée des fleurs. Je cours la galipote dans le champ
des oiseaux. J'accroche mon hamac entre les points virgules. Je dors dans un lit
soutenu par les caresses.
Il y a des arbres dans ma cour comme de hautes syllabes. Je suis cerné de
phrases. Lencre du vent laisse tomber des mots en feuilles ou en flocons.
Lautomne est un calendrier qui se démembre. Les pieds du lundi boitent et les
bras du vendredi narrivent pas à réveiller leur main. Les arbres qui
seffeuillent se sont couverts doiseaux et les pronoms sincarnent dans la boue
du silence. Dans les ombres qui lèvent, ce ne sont pas les mêmes heures qui
attendent le jour. Le regard varie selon ce que lon voit. Quand loiseau dort,
cest le ciel qui vole. Quand lhomme rêve, cest le réel qui dort. Le cur de
lescalier, cest la marche quon monte.
Le rire entre nos lèvres est comme leau qui passe. Il ne fait quhumecter un
immense désert. Les premiers flocons de neige ont le même goût que celui du
papillon quand il sort du cocon. Chacun écrit avec son corps sans savoir les
mots. Les morts se retournent en séloignant pour être sûrs quon les suit.
Quand les graines refusent déclater, on ne voit jamais la main des fleurs ni
les branches sourire sous la caresse du vent. Avec leau mère du chagrin dans
largile de joie, je rafistole un arc-en-ciel. Les roses ne questionnent pas
leur odeur. Elles attendent simplement une réponse des abeilles.
Il faut se méfier quand une idée devient un acte, un drapeau ou un groupe.
Jaime mieux les mots qui traversent les murs que ceux qui cognent à la porte,
les mots qui claquent des dents à ceux qui claquent au vent, les mots comme des
noyaux qui se souviennent des fleurs. Je cherche une maison qui naurait pas de
liens, une montagne si légère que les oiseaux la portent. Linventeur des
serrures nest sûrement pas le même qui inventa la clef. Cest comme les portes,
il y a un ébéniste qui fait les portes ouvertes, un autre pour les portes
fermées. Celui qui fabrique les berceaux ne fait pas les potences. Il aime trop
la vie. Quand les paupières effacent les images, lil continue de voir. Je
replie dans mes pas la route qui voyage. Cest leau qui se repose sous les
ponts fatigués.
Jai un petit bout de fil accroché aux cordes vocales. Il vient de la pelote
primitive, bien avant quon commence à parler, dun couinement détoile, dune
poussière de galaxie. Je men sers pour attacher les mots ou libérer leur sens.
Un pied à gauche, un pied à droite, lenfant sefforce de voler bien avant de
marcher. Les cailloux sont des montagnes qui sont restées timides. Les ombres
qui nous suivent ne franchissent pas les portes. Elles attendent au soleil quon
vienne les reprendre. Le pied de lescalier ne monte jamais les marches.
Lampoule éteinte croit encore quelle éclaire. Quand une main se ferme jusquau
sang, le cur peut éclater à la moindre étincelle. Quand je compte les heures,
il en manque toujours une.
Il y a des armoires qui donnent des noms à leurs tiroirs, des manches de chemise
qui se voudraient chaussettes, des pieds de céleri qui se cherchent un soulier.
Leau qui coule dans les doigts a la caresse dun sourire. Lhiver devient velu
dans le tronc des arbres. Il rumine dans le sommeil des ours. Le miel peut
dormir en paix jusquau printemps. Dans le bol des jours la soupe dort en
cuillère, la table dort en pain, le sucre en pain doré, lespoir en pain
dépices. Quand les mots dorment dans les livres, cest le silence qui les
borde. Ce sont de grands enfants qui veulent toujours des contes.
Les mots croisés sont en prison,
les mots doux sur la peau.
Les mots dordre se tiennent au garde-à-vous,
les mots denfant dans le poème.
Les mots desprit sont dans la tête.
Les bons mots sont dans le cur,
les mots dauteur entre guillemets.
Les gros mots sont en maudit..
Les mots daffaire sont en cravate.
Les moments sont dans la montre.
Les monuments sont en béton.
Les jolis mots sont en colliers.
Les noms de fleurs ont des abeilles pour amies.
Avec le fil du temps on se découd comme on se coud. On se recoud, on se secoue.
Avec les bras du vent on saccoude au soleil. Quand on vit dans lheure quil
est, on est toujours un peu à létroit. Les mots débordent dans la marge. Le
couteau na pas de langue pour apprendre à parler mais des dents pour couper le
pain de la parole. Le vent na pas de cou pour y mettre une laisse. La mer na
pas danse pour en faire une tasse mais elle a dans son anse une plage où
dormir. Il faut tenir les mots comme un clou pour enfoncer leur sens dans la
planche du silence.
Le silence est posé sur une chaise. Il mattend pour shabiller. Les mots
méveillent dans la nuit. Quand je me lève pour écrire, ils sont déjà partis.
Jen prends dautres au hasard et la journée commence bien plus tôt que prévue.
Jentends une eau couler entre mes deux oreilles. Les nuds des planches me
regardent écrire. Ils lisent peut-être entre les lignes ce que je nécris pas.
Dans un voilier doutardes, on dirait quun seul oiseau dirige, un seul oiseau
fait de tous les oiseaux. Ils se relaient sans cesse sur le bout du grand V.
Lhomme na pas encore atteint cette solidarité. Il avance en enjambant les
cadavres. Ils lui servent de pont pour aller vers la mort. Ceux qui parlent plus
fort nentendent pas les oiseaux. Il y a toujours un poil qui fausse la balance.
On finit par avoir un buf sur la langue. Leur langue est si pesante quelle
laisse des ornières sur la peau du silence. Dautres, les plus discrets,
marchent sur la route avec des pierres dans les poches pour ne pas senvoler.
On dirait que le plein soleil accélère le pouls des phrases. Quand il pleut,
jécris plus lentement. Peut-être que les mots doivent sécher avant quon les
écrive. Un peintre en hiver ne fait quajouter ce qui manque à la neige. Un
écrivain nest quun silence qui ne veut pas se taire. Il nécrit pas les mots,
il laisse écrire par eux comme un ruisseau senivre au toucher du soleil.
Aujourdhui les mots font boule de neige et roulent sur la page. On dirait des
flocons qui séchappent du rêve. Dans la nuit la plus noire, leau voyageuse des
mots fait des trous de lumière.
Enfant quand jétais seul je jouais avec mon ombre comme les arbres du parc.
Aujourdhui, je joue avec les mots. Jallume une bougie dans les paroles
éteintes. Jhabille de rêve la poupée du réel. Les mots sont comme un ventre
chaud que je quitte à regret.
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LES PIERRES
Toutes les pierres ont quelque chose à dire. Leur silence sécrète toute
l'histoire du monde. J'ai toujours un caillou dans ma poche, un grain de sable
dans lil.
Quelque chose relie le minéral au végétal, et même à l'animal. Les fossiles sont
des mots, des photos plutôt, des épreuves que le temps développe. Contrairement
à ce qu'on pourrait croire, les pierres ne sont pas le fermé, le refus, le
reclus, le clos. Des veines les parcourent qui ouvrent sur l'espace. Elles
voyagent immobiles de l'infime à l'infini. Dans un seul grain de sable, il y a
déjà la plage, le désert, la montagne. La présence d'un cristal réfracte la
pensée. Quand un enfant suce un caillou, il goûte aux étoiles. Quand il boit de
la neige, c'est la mer qu'il apprend. Quand il mange de la terre, il communique
avec les premiers hommes.
On dit tomber comme une pierre en parlant du sommeil. On n'a pas tort. Il y a du
rêve dans les pierres. Qui peut croire que les pierres puissent souffrir, que
des larmes bleues composent leur géode, que leurs veines figées sont de très
vieux sourires? Quand je parle à la roche, je sais qu'elle me répond. Le sol
tremble quelque part au fond de mon cerveau. Chaque empreinte digitale est un
minuscule sismographe quand notre main touche à la pierre.
Le plus petit caillou porte en soi tous les autres.
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LENVERS DES MOTS
La pensée a inventé le temps. La poésie invente léternel. Même ses blancs de
mémoire laissent des traces dinfini. Ce nest pas vraiment loreille qui
entend, cest le silence quelle recèle. La mer sans cesse se refait un visage.
Les fleuves qui sy perdent en dessinent les traits sans renier la source.
Certains boivent pour oublier la mort, je me protège du malheur en mangeant une
fraise. La fleur en fanant parfume lhorizon.
Après le romantisme de lautomne, ses falbalas, ses trilles, la neige viendra
gommer toute la rhétorique. La parole sera à son degré zéro. Les érables déjà
calcinent leur été. Faire passer les mots de la tête à la main nest pas
toujours facile. Les couleurs se délavent ou changent de costume. Les images les
plus nues arrivent en haillons ou se trompent de peau. Certaines quon croyait
mortes éclaboussent nos yeux. La tête est trop rigide ou la main trop timide.
Elle garde au bout des doigts les souvenirs à vif. Il faut laisser la langue
réchauffer les voyelles. Le poids dune virgule, le dosage dun son peuvent
transformer le sens. Il faut des ouvertures pour entrer dans le texte, de la
lumière aussi. Écrire, cest un peu donner à la page ce quelle demande. Il y a
parfois des mots qui refusent dêtre dits. Chaque objet se tient dans ce quil
est et ne donne rien dautre.
Les mots traversent la clôture et reviennent en sculptant des orages despoir.
Il y a derrière les formes, une garde-robe chargé dautres formes possibles. La
main nest pas la même selon quelle caresse ou presse la gâchette. Ne pas dire
quelque chose peut le tuer, le dire aussi. On ne mesure pas limpact de nos
silences ou de nos mots sur la ligne dhorizon. Ce quon lit sur une page nest
pas lenvers des mots. Lextrême beauté dun livre est ce quon ne lit pas.
Quand jécris le mot paix les canons tonnent encore mais jentends un ruisseau
dans le ventre du a. Je vois des oiseaux croisant leurs ailes dans le x. La
queue du p si finement palpable est un sexe en émoi et le point sur le i un
soleil tout tremblant. On nécrit pas pour la littérature mais lau-delà du
rêve.
La terre qui nous regarde avec ses fleurs que voit-elle en hiver ? Le premier
homme lest-il devenu en pleurant, en rêvant ? Si jenlevais sa voix dans les
mots que jécris, ils tomberaient en poussière. Entre ma bouche et mes doigts
une ligne torturée jaillit, un fil de salive qui se transforme en encre, une
ligne de musique sur la portée du monde. La bouche de la mémoire embrasse tant
de vie, elle déborde sur les lèvres futures. Je repeins ses paroles dans les
yeux de la voix. Les mots imitent les visages, les maquillent ou arrachent les
masques. Il y a des mots que je nos pas dire, ils parleraient trop fort. Je
garderai toujours un malaise denfant face aux cris des adultes.
Leau qui nous coule entre les doigts refait ses vagues dans nos têtes. Javance
sans connaître lavant ramassant les débris dun ciel qui sémiette, relevant
les odeurs qui ont piqué du nez, pansant et repensant les images blessées. Ce
qui nous sépare nous rapproche, nous rassemble, nous ressemble. Il y a un
murmure dans nos têtes, le sang des loups, les ailes des oiseaux et même des
racines avec leur motte de glaise, quelque chose avec du cur, avec le ciel, des
éclaircies, des aubes, des aubades mais il y manque encore quelque chose de
nous. Lorsque mes mains sactivent à remuer la terre, ce sont des mottes de
mots, des fleurs rhétorique qui me tachent les mains.
Je voudrais dessiner larabesque du cur, lancer le ballon dun sourire au
milieu des enfants malheureux, faire lever le pain dans les ventres affamés. Je
ne suis quune poire dans le panier des mots, un caillou dans la mer qui se
voudrait une île. Ce qui me reste de vie est la chair brûlée dune femme dont je
lance les cendres en papillotes sonores. La parole peu à peu me creuse un vagin
dhomme pour accoucher du sens et apprendre à aimer.
26 octobre 2004
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À LHÔTEL DES MOTS
À lhôtel des mots le ciel habite à chaque étage. Il suffit déclairer le bon
côté des phrases. Lhorizon vient dormir entre les draps du rêve. Le soleil
prend ses aises et ouvre les rideaux. Il pousse des chansons dans le cerveau des
meubles. Une lettre damour arrive à chaque porte. Lenfance court dans les
corridors sur les jambes du verbe. Le temps se laisse glisser sur les rampes
descalier sans prendre lascenseur. Il a fuit par sage vers le septième ciel.
Il monte ou il descend avec la marée. Les robes dansent au fond des garde-robes
et les habits senlacent. Les souliers jouent à la marelle et les chapeaux
senvolent sous laile des idées.
À lhôtel des mots on y croise des fous, des rivières, des cailloux. Une
montagne habite dans la chambre 108, celle qui donne sur la mer et lui fait des
avances. On y sert des caresses au petit déjeuner, des baisers, des fous rires.
La chorale de leau fait chanter les tuyaux. Un vieux cheval fourbu fait des
rimes davoine. Un clown fait des pirouettes entre deux parenthèses. Labc fait
lécole aux fleurs analphabètes pendant que deux voyelles se font lamour anal.
À lhôtel des mots la pluie tombe à lenvers. La terre se reflète sur le buvard
des nuages. Un arc-en-ciel sur le dos en recueille les fleurs dans son berceau
denfant. Les tournesols tendent le cou. Leurs yeux noirs pétillent devant tant
de chaleur. Le réel séveille dans les bras de lazur. Sa peau devenue douce a
besoin de caresses.
À lhôtel des mots une grammaire dort dans le lit des rivières. Le petit
chaperon rouge déguste avec un loup une soupe de rêve. Des sauterelles affolées
se déguisent en virgules. Un proverbe sirote un whisky bien tassé au bar des
métaphores. Il souffre dêtre seul au milieu des images. Il se voudrait poème
mais il manque de fleurs, de rhétorique et dencre.
À lhôtel des mots des chiens fous sous la table viennent lécher les mains de
poèmes inconnus et les pieds de vers boitent sans se soucier des rires. La fable
est mise pour le rêve avec sa nappe de mots ponctuée dorthographe. Il suffit
dune image transformée en musique pour dessiner le monde sur lil dun
aveugle, dun seul son transformé en image pour sculpter labsolu dans loreille
dun sourd.
À lhôtel des mots les soupentes soupirent en regardant la lune. Tous les pays
lointains apportent leurs oiseaux et la forêt galope de miroir en miroir. La
langue des révoltes sur les seins de lespoir fait dresser les mamelons dune
rosée sauvage. Lamour dans chaque langue se traduit en baiser.
À lhôtel des mots on nous donne le droit douvrir les fenêtres et de planter le
rêve au cur des galaxies.
16 janvier 2005
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Dans un attaché-case
Nous sommes calibrés,
Millimétrés, préfabriqués.
Tout sachète et se vend,
Les rivières, les consciences,
Les ordures et les gènes.
On croit tenir le monde
Au bout du bras
On traîne un cimetière
Dans un attaché-case.
On croit parler aux dieux
On pend la parole sans un fil.
Au lieu de prendre le sentier
Nous choisissons la chaise,
Lécran au lieu du ciel,
La table au lieu du pain,
Nous préférons la peine damour
À la panne dessence.
Quand un enfant a soif
Nous reprenons du vin
Pour oublier sa voix.
LEspagne nous ouvre ses guitares
Et nous fermons la porte.
Les Haïtiens débarquent,
Nous les voulons de neige.
Nous armons nos fusils
Au retour des oies blanches.
Nous rejetons lespoir
Dans la poussière du cur.
Il ny a plus de terre promise
Mais des corps à louer.
Les pleins dessence
Mettent la terre en panne.
Nous vivons à portée de fusil,
De désespoir, de bombes,
De solutions finales.
On ne protège pas le cur
Dans les abris fiscaux.
Rasés, tatoués, percés,
Même les révoltés
Se laissent tondre.
Au suivant disait Brel.
Nous sommes fichés, numérotés,
Prêts pour les mines
Et les champs de mines.
Tout le contraire du chant.
On troque le sacré
Pour les machines à sous,
Les voitures à dix places
Et les danses à dix piasses.
Quelques pouces décran
Nous séparent du vent
Et du fumier de la vie.
Nous parlons derrière des barreaux
Par peur des contagions.
Nous partageons le même pimp,
La même langue sonnante,
La langue des affaires,
La langue du mensonge
Et du papier-monnaie,
Celle qui calcule, qui soupèse,
Celle qui fait main basse
Pour faire monter les prix,
Celle qui sniffe lespérance
Avec la poudre aux yeux.
Pourtant la neige tombe
Sans souci des banquiers
Ou des huards qui flottent.
Toutes les lignes se croisent
Dans la main du métro.
Une goutte dencre dans leau
Dessine mon pays
Et le chant des oiseaux
Me donne sa parole.
Les buses avec leur tête doiseau
Pensent plus loin que nous.
Il faut remplacer le stress
Par la tristesse de Ferré,
La prose par la poésie,
Cette vieille échevelée,
La frime à 400 pages
Par des rimes toutes simples,
Sortir du dictionnaire
Et faire tomber la veste.
Jécris du fond des bois
Comme dans une cathédrale.
Aux banquiers qui festoient
Je préfère les rats
Qui grignotent le temps.
Les fleuves, les oiseaux,
Les femmes traquées,
Les hommes détraqués
Ne veulent pas mourir.
Il faut ouvrir les stores
Qui cachent la lumière,
Rallumer les idées,
Les rires insaisissables,
Les sables insondables,
Larôme du matin,
Séloigner de la mort
En bateau de fortune,
Réveiller les ruisseaux
Et croire aux miracles.
Je ne suis pas né
En chien de fusil
Du trafic des armes
Ni dune espèce sonnante,
Des graines dordinateur
Ou dun orgasme médiatique.
Je suis né dune femme,
Du cur dun violoncelle,
Dune rue, dune ville.
Je suis né de largile,
Du silex et du feu,
De la neige et de lherbe,
Ce rien déternité
Qui détraque les rails.
17 février 2005
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BIBLIOGRAPHIE
- pour en finir avec la
mort, Légitime démence, 1990
- L'Autre versant, Chemins de plume, 2005
- La nuit des gueux, collectif, La plume libre, 2006
- Photomaton, collectif, En.ligne.Édition, 2006
- Parce que, Chemins de plume, 2007
- Manquablement, Chemins de plume, 2009
- lire
Jean-Marie La Frenière sur son blog
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