Lucien LABORDE   

peintre-poète

(1923-1999)

Lucien LABORDE, composition2_huile_1956_50X50
    composition2, huile 1956  (50X50)

 

 Arbres abattus

Mes arbres abattus
mes oiseaux crucifiés
mes places sans statues
mes soleils sans été

le creux du bronze aux cloches
et son âme aux canons.

Un fleuve à noyer mon enfance
mon chien fidèle
mes remords

Attila et les viandes crues
montant la garde à mes frontières

mes grands morts allongés dans l'herbe

mon ciel récitant des proverbes

mes enfants affamés
mes filles sans amour

mon coeur qui voulait battre
au-delà de vos guerres
fusillé sur le mur de plomb

La peur des gifles sur les toits
la peur du sable entre les doigts

mille et trop de raisons de me pendre aux patères

...
si l'eau de source ardente et fière
si l'eau de Médicis
obstinée de lumière
n'était venue à mon secours.

Mal végétal

Que ceux qui n'ont jamais souffert
d'un mal végétal de chou tranché
d'une angoisse cristallisée
de sucre ou de sel
d'une cassure de silex en pleine rotule

que ceux qui n'ont jamais été fusillés
avec les murs à l'aube
qui n'ont jamais levé leurs cris leurs mains
comme un épi debout sur les épis fauchés

que ceux qui n'ont jamais senti
le poids impossible à mouvoir
du corps dans les prisons de lune

que ceux qui n'ont goûté l'horreur
de sombrer sous les vagues
dorment
roses replets stupides
la vanité chatoyante dans l'oeil
sur le rivage du grand lac
frémissant à plein ciel !

Que ceux-là restent à la porte
absents de la haute espérance !

Sans eux nous porterons la Terre
aux lèvres du soleil
à la santé des vendangeurs !

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Portrait de l'Artiste

MERCI à Alain PONÇON pour ces références !

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