KOBS, Jean   (1912-1981)

Né de parents belges émigrés, Jean KOBS voit le jour le 12 avril 1912 à Hayingen (Elsass-Lothringen).

Des débuts de la Première Guerre mondiale jusqu’en 1919, il séjourne à Houffalize en Belgique. Il fait ses études au Petit Séminaire de Bastogne (1923 à 1932) et puis au Grand Séminaire de Namur (1932 à 1936).

Une fois les études terminées, il est ordonné prêtre et devient, en 1937, vicaire à Barvaux-sur-Ourthe. Il sera curé d’abord à Dinez-Houfalize (1942-1958), puis à Dave-sur-Meuse (1958 à 1977).
Jean Kobs meurt le 29 août 1981 à Godinne.

Il nous laisse une œuvre poétique importante (plus de 1600 poèmes) dont nous retiendrons les titres suivants :

Le Parfum du Silence (1949)
Les Roses de la Nuit (avec une préface d’Yves-Gérard LE DANTEC, 1953)
Le Kobzar de l’Exil (2 tomes, 1973-1974)
La Mémoire du Silence (1983) et L’Offrande du Kobzar (anthologie de 300 poèmes extraits des précédents recueil, publiée à titre posthume par Marie-Thérèse BOULANGER en 1985).
Une excellente étude consacrée à l’œuvre poétique de Jean KOBS a été faite par Ferdinand STOLL, professeur émérite à l’Université du Luxembourg :
Le Prince du Sonnet : Jean Kobs, curé de campagne (1912-1981) (Publications du Centre Universitaire de Luxembourg, 1991).
Ferdinand STOLL et Laurent FELS comptent rééditer les œuvres complètes de l’abbé Kobs au fil des années à venir.
Par ailleurs, Michel PIRSON a réalisé une monumentale anthologie regroupant un choix judicieux des poèmes religieux de Jean Kobs (Éditions namuroises, 2006).

http://www.servicedulivre.be/fiches/k/kobs.htm

Automnale

Lorsque le vent du soir fait gémir les vieux arbres
Qui se penchent tremblants sur les sentiers déserts
Et quand le jet d’eau pleure en la vasque de marbre,
La nuit s’en vient vers moi pour me chanter des airs.

Elle a peur de rester dans le jardin d’automne
Ou de marcher dessus les feuilles du tilleul,
Et pour passer le temps pénible et monotone
Elle tâche de voir si je suis vraiment seul.

J’entends ses petits pas près des portes dallées
Et vois cligner ses yeux dans le fond du jardin ;
Son écharpe d’argent glisse par les allées :
Elle voudrait venir près de moi, c’est certain.

Alors, n’en pouvant plus, j’entr’ouvre la fenêtre :
Elle avance à pas lents en dessous du balcon,
Et je sens son soupir frileux qui me pénètre
Et sa main caressante à l’entour de mon front.

Car elle sait combien sa présence m’enchante :
Si je n’étais pas seul je ne la verrais pas,
Et n’entendrais jamais sa complainte touchante
Habile, au fond du cœur, à l’infiltrer tout bas.

Et nous restons ainsi, très longtemps, solitaires,
À nous dire à mi-voix notre songe secret ;
Mais qui pourrait jamais savoir le rythme austère
Du monde, que la Nuit ne livre qu’à regret.




Le Voyageur

Tu savais que mon cœur aurait soif de beauté
Et semas sur mes pas tes splendeurs naturelles ;
Aussi bien chaque fois, en me penchant sur elles,
N’ai-je point entendu l’infini chuchoter.

Je vous vis sur les eaux, étoiles, clignoter ;
Ô roses du jardin, comme vous étiez belles ;
Sur ces rives j’avais, ô mouettes, vos ailes ;
Vagues, parfums, sur vous ma peine a su flotter !

Mais de tous les pays, un seul sans fin m’enivre ;
Ont-ils saisi le chant de la douceur de vivre
Ceux qui n’ont pas connu les lacs italiens !

À cette heure où je vois tomber le crépuscule
Je me sens attaché par de puissants liens
Aux seuls ciels où ton nom comme une étoile brûle.




Argile

Puisque Dieu mit son cœur dans l’argile ou la glaise
Dont il ne sait que trop comment il est pétri,
Il n’est pas surprenant que l’homme soit meurtri
Et ne s’y sente point fréquemment à son aise.

Or sans ses yeux luisants et leur regard de braise,
Sans cette oreille fine et sa langue et son cri,
Sans son flair et ses mains, qu’eût-il enfin chéri,
Qui puisse contenter son âme en son malaise ?

L’homme doit se servir en tous lieux de ses sens,
Afin de pénétrer des êtres le vrai sens,
Comme le statuaire avec ses doigts agiles ;

Et si son cœur a su, pendant le cours du temps,
Lire le sens de l’âme en la forme d’argile,
Il verra l’éternel couronner ses instants.



À Metz

Que de fois j’aurai fait ces belles promenades
Donnant à Metz un charme ignoré de Nancy
Lorsqu’à chaque saison mon tout premier souci
Était d’aller rêver le long de l’Esplanade.

J’admirais, appuyé contre la balustrade,
Surplombant les canaux de l’île du Saulcy
Des temples et des jardins le tableau réussi
Quand la lumière, au soir, plus fine, se dégrade.

Ai-je pris et repris l’escalier somptueux
Menant auprès du lac, aux sentiers sinueux
D’où j’aimais voir passer, puis repasser les cygnes.

Si ces lieux à jamais me sont demeurés chers,
C’est qu’ils m’ont su donner jadis la grâce insigne
D’y sentir la Beauté surgir en un éclair.



La Paix

Bien que, pour mon repos, j’habite les hauteurs,
Comme pour mieux sentir le soir des jours descendre,
Sur ce corps qui trop tôt ne sera plus que cendre,
Je veux créer avant de voir le Créateur.

Puisqu’est fini mon temps de vieux prédicateur
N’ayant plus rien à dire, à présent je dois tendre
À cette écoute en moi de la voix grave et tendre
Où l’Éternel enfin me parle avec splendeur.

Je voudrais tout noter avant de disparaître
Tout ce que j’ai saisi du mystère de l’être
À l’heure des adieux à ce monde changeant.

Comme aussi je voudrais dire ma gratitude
Au cœur à qui je dois la douceur de ce chant
Modulé dans la paix et dans la solitude.

 

Kobzar

Si tu chantas, soir et matin, toute ta vie,
C’est moins pour le plaisir ou pour le réconfort
De savoir que ta voix résonne et s’amplifie
Que pour bercer un cœur par de secrets accords.

Si tu n’avais voulu que plaire à tout le monde,
Tu n’aurais fait ici que de frêles chansons
Qu’on se plût à chanter quelquefois à la ronde
Et dont les purs rêveurs n’éprouvent nuls frissons.

Tu n’as sans doute aimé que plaire à quelques âmes,
Ou des soirs que tu vis, ou des nuits qui viendront,
Pour leur communiquer les éclats et la flamme
Où se sont consumés tes instants sous ton front.

Tu ne fus point peut-être un passant trop avare
Des larmes de ses yeux, des peines de son cœur ;
Tu semas tout au vent, d’un voyage bizarre,
Du parfum de tes doigts, du pollen de ta fleur.

Et des chants dont ta bouche a vu la délivrance
Tu ne sauras jamais ce qu’il peut subsister ;
Qu’importe car après tant de jours de souffrance
Tu verras ton Amour, si tu l’as su chanter.

Il se pourrait qu’un jour une âme fût ravie
De trouver par hasard dans ta voix un peu d’or,
Puisqu’il faut tant de chants pour bercer une vie
Et qu’il en fait si peu pour faire vivre un mort.

Jean KOBS

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N.B. Merci à Laurent FELS pour cette référence !

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