"De ses Ardennes natales jusqu'aux confins des îles de la Sonde, Gilles-Marie Chenot a mené une existence tumultueuse et bien remplie jusqu'à l'âge de 40 ans où il a découvert la face enflammée du Mystère. Ces textes sont le fruit de ce calme incendie."

MARIA DEL MAR

Maria Del Mar
Brûlante obsidienne
Comme le flanc d'un espar
Fil d'Ariane qui brille
Dans le coeur des histoires

Maria Del Mar
Aux sanglots de cristal
Qui ruissellent aux aurores
Parsemant de merveilles
Les confins transitoires

Les marins se souviennent
De leurs esquifs en goguette
Sur la langue de velours
Que véhicule le souffle
De Maria Del Mar
 




VRAI MENT

Vagues voix du vent
Vérandas qui se croient villas
Sans se voir villégiatures
Valises sans contenu
Autre que mouvance et vacance
Vrai voyage ou vagabondage
Dans les violences du vacarme
Les voies du vent vague
Vanillent et sucrent la voix du son
Qui ventile sans souci de vraisemblance
Le venin vivifiant de la vista
Périmant toutes les vérités


(nouveau)

ELECTRIC LADY

La foudre est un puissant somnifère
Pour héros et chimères
Dopés à l'oxyde d'ammoniaque
Irriguant les veines aurifères
Elle déverse un lait d'encre
Dans les fontaines florales
De la mort aux yeux pourpres
Qui se rappelle encore
Qu'elle fut masculine cette androgyne
Qui surgit sans crier gare
Du bout incandescent
Des doigts de l'aurore
 


(nouveau)

LE BAISER DU COUTEAU

Écrire au couteau
Comme peindre l'aurore
Pupille dilatée
Qui rétracte les univers

Écrire au couteau
Les éclisses du charme
Qui vivifient les embruns
Et aromatisent le ciel

Écrire au couteau
À la baïonnette ou au kriss
Ecrire un souffle comme une flèche
Lèvre de feu qui irradie la douceur
Comme un baiser sur une plaie
Qui étreint la brûlure
Lèche le sel et le répand
En alchimies de candeur

 

(nouveau)

ANNÉE-LUMIÈRE

Année-lumière comme un torrent de soie
Qui jamais ne s'arrête
Et virevolte au gré du vent
Qui le caresse gaiement

Année-lumière comme la source de la joie
Qui le contemple sereinement
Un sourire au coin des yeux
Dans un regard émerveillé

Année-lumière comme un mouvement immobile
L'aube d'un parfum de coriandre
Bien avant la semence du vent
Là où se tient le jasmin

 

SOUTERRAIN DE VELOURS

La caresse permanente de la foudre chatoyante abroge les trisomies infantiles et les repères chromosomiques se diluent au sein de l'océan d'énergie calme dans lequel se noient les derniers repères circonstanciés. Un paramétrage évanescent repositionne les données sensorielles dans une langoureuse étreinte ornée de barbelés incandescents, taraudant les fractales, érodant les angles morts, épurant les abrasivités sélectives. Vingt mille champignons atomiques dissipent leurs fécondes spores irradiantes dans un torrent éteint de moiteur procédurale et le processus du charme vivifiant se laisse éclore au milieu d'un champ de sucreries au goût de fonte émaillée. Plus une dent cariée pour revendiquer cette mâchoire émasculée, les crocs sont devenus satin et la langue s'éparpille dans un festin ascétique, festival de notes harmoniques propageant un seul son inaudible, carnaval de références pour autistes aveugles en quête d'hallucination, carrousel de plénière solitude en profonde altitude. Sacré programme pour un dimanche matin !



LA FRAGRANCE DE L'AZUR

Quand le poète devient roi-mendiant de l'azur, il apprend par la vision, transperçante et traversière tout autant que panoramique sans propriétaire, que l'azur n'a rien d'un bleu épanoui, convention picturale représentant un aspect de l'illusionnisme béat des concepts mécaniques. C'est dans les fragrances du vert que l'oeil qui le cloue sur un micro-point infini l'aspire vers le tréfonds des sommets circulaires. Dans l'indéfinissable non chromatique d'un monochrome terreux resplendissent les reflets d'un prisme granitique qu'effleurent à peine les caresses somptueuses des frissons armoriés par le bal des sirènes. Quelque part entre saphir et émeraude, loin du clinquant des matières synthétiques, en-dehors des variations organiques, au-delà des succédanés psychiques, brille la saveur pourpre de l'azur que ne voient pas les poètes du subjectif.



PULPE OLFACTIVE

Un rêve émerveillé conduit les astres bleus au milieu d'un lagon brumeux empli d'oursins atomiques et de constellations récréatives. Les traces d'une ancienne aube se sont évanouies dans la pamoison d'hortensias engraissés dans des pots de terre mal agencés. Dans la fabuloserie moite émergent des formes musicales et olfactives, sérénades aux couleurs des orgasmes délétères, sensualités de gastéropodes hallucinés, sex-appeal de l'illusionnisme aux dents de plomb. En permanence, l'instant s'épèle en épluchures sans que ne change la saveur fraîche de sa pulpe qu'ignorent les sangliers et ours, occupés qu'ils sont à célébrer l'ivresse d'un quartier de lune non émondé. Par moment, une étrange seconde, d'une durée peu probable, s'ensemence au venin acide et carbonifère, retrouvant l'arôme et le goût de l'oubli rétabli, liaison fonctionnelle des mondes imbriqués au sein d'un triple revêtement de sueur froide. Le temps restauré par l'abolition se redécouvre austère et enthousiaste, les univers se remettent à germer sans naître et d'étranges fleurs de carmélites livrent au gré du vent d'azur de pauvres stances immaculées sous la noirceur des surfaces



L'ÉLAN DU RETOUR

L'Amour a rattrapé cette fuite que tu pensais solitaire, croyant sans innocence que ces pouvoirs étaient tiens alors qu'ils n'étaient que chaînes représentatives de tes faiblesses. Regarde donc ce que tu peux proposer à une oreille non embrumée, as-tu la moindre proposition de valeur à faire qui puisse être considérée avec attention?
Ta parole, guidée par un trait d'azur non provisoire, te ramène au lieu sans lieu qui t'a vu naître dans un temps sorti d'usine, l'histoire de ton errance est offerte à tous tes lecteurs avec, en prime, ton désir de retour inscrit en toutes lettres pour l'oeil averti qui te caresse. Ton eau a tourné, elle se clarifie de jour en jour, bientôt elle vibrera au son de la transparence des perles qui coulent vers leur source. Ecoute, pas un murmure de reproche autre que les tiens, pas autre chose qu'un pur frisson de silence délicieux, comment as-tu pu croire qu'il en irait autrement dans le creux de la paume sur laquelle tes ondulations dessinent d'étranges arabesques envoûtées?


 

PALACE

Le palais des nuages scintille dans mes yeux quand dix mille diamants s'unissent à dix mille perles de joie et que mon regard te transporte à l'orée d'un pays où ta peur t'empêche d'entrer. Quand la misère resplendissante se lève, et écartèle tes paupières, quand le feu qui jaillit emporte ton cœur quelque part ailleurs, que le son de l'harmonie illumine un espace inconnu en toi, alors oui, il se lève une lune mauve qui sourit au meilleur d'un pays en friche que tout le monde, à commencer par toi, oublie de cultiver. Et ne crois pas que quelqu'un soit pour quelque chose dans cette douceur qui t'enlève au pavé de glaise dans lequel trempent tes pas, ne crois surtout pas qu'en face de toi quelqu'un dispose d'un pouvoir quelconque, suis simplement la direction de ce supposé regard et tu trouveras sans peine le lieu d'où jaillissent ces merveilles qui te portent dans ces contrées de jouissance sans plaisir, dans ces terres d'abandon au Désir, au-delà des plaines du vouloir, en-deça des canyons du pouvoir, à la lisière des forêts du resplendir, au milieu d'un orgasme sans avenir.

 

 

PAUPIERES VOLATILES
Sous les paupières des étourneaux
La vie foisonne d'étranges contorsions
Qui baillent
Aux vents des saisons tropicales

Sur les paupières des hirondelles
S'inscrivent les couleurs du temps
Qui meurt
D'un éclat de rire carnassier

Sans paupières extérieures le vautour
Chasse les ragondins fugaces
Aussi morts
Que son oeil intérieur oublieux

Les paupières totalement brûlées
Les yeux oxydés par la douceur
De l'hiver
Va l'oiseau de feu provisoire
 



JARDINS ET POTAGERS
Les jardins bleus de la poussière
Ne sont que visions éphémères
De l'irréel

La destruction des idées folles
Est le prélude d'auréoles
Au charme fou

Carnageons donc avec douceur
Ces potagers sans vraie saveur
Et sans relief

Au bout du monde est un écran
Cercle sans voix d'un temps absent
Regain d'ivresse

La raison n'est que déraison
L'Amour n'est que sans passion
Il resplendit

Nu

 

MODERNE HYDROMEL
La nitroglycérine est une boisson
Qu'un shaker met en relief
A la douceur sans incarnat
Elle allie la foudre instantanée
Pure énergie sans sommeil
Elle emplit l'espace éteint
Et dévore les étamines effarouchées
Elle se consomme sans modération
Aucun effet secondaire n'est à craindre
Que la disparition des hallucinations



EN UN MOT
Tant de cristaux se sont dissous
Dans les flux de douce amertume
Tant de baisers évanouis
A la mesure des vieux embruns
Et les rubis finissent d'imploser
Dans la noirceur d'un pâle été
Illuminé par d'obscures anémones
Qui saurait dire pour quelle idole
Ont disparu les discoboles
Celui-là n'est pas né qui en secret
Sait prononcer le chant qui tue



ÉTRANGE ÎLE
Il sonne aux tempes des miroirs
Comme l'avant-goût d'une histoire
Aux accents d'amertume aiguë

Le feu naît-il de l'eau qui sourd
Lent torrent espérant l'amour
Qui jamais ne viendra que nu

Dans les îles sans contreforts
Les déluges laissent l'eau crue
Dévorer souvent les trésors

 

QUE NAISSE LA MÈRE

Quand tu as trouvé la mère et que la lumière dévore les espaces arides, les tombeaux s'ouvrent, les caveaux se déchirent, les mausolées explosent, confusion aux couleurs d'arc-en-ciel souterrain, inondation acide aux limites infinies et à l'illimitée frontière. Les yeux déchirés par les ciseaux du tailleur d'éther, tu pleures et tu ris, tu cries en silence, tu gémis mais c'est trop tard, jamais plus tu ne pourras retourner aux pays des merveilles hallucinées, toujours tu ne seras plus qu'une ombre claire flottant sur un tapis de vide.
Maintenant tu connaîtras la Paix



 


PERLE

Protégée par les mille et un replis de la poussière, la perle de chair repose sur son océan mordoré, à l'abri des convulsions bleues de l'huître évanescente dont elle est le joyau. Au son de savoureuses fragrances invisibles, elle attend paisiblement ses chevaliers en guenilles, croisés ou mandarins, assassins ou héros, pèlerins ou hors-la-loi, pour les abreuver de son nectar d'amertume pyromane. Des horizons sans fin ornent son berceau de feu magnétique tandis qu'une mer d'azote en flammes colore son ciel harmonique de teintes opalines et luminescentes. Au cœur des pulsars, elle rugit d'abondance abstinente et ses frissons statiques engendrent d'incantatoires arômes dont le velours brillant voile les yeux morts des armures arrogantes. Etendue nue au cœur de l'asphalte, elle s'offre aux regards aveugles pour une danse extatique sans partenaire autre qu'un zéphyr irisé.

 

 

PRIÈRE

Au plus profond d'une nuit sans sommeil, j'ai fait l'amour avec un arc-en-ciel. Dans cette étreinte aux frémissements lumineux, les vagues harmonieuses nous ont emmenés au plus loin des jouissances sensorielles, évadant nos corps enlacés bien au-delà des barreaux grossiers des mythes et chimères, dissous pour l'occasion dans le charme torrentiel et tranquille d'un souffle dévergondé. Le nuancier de sa peau éthérée a teinté mon corps de toutes ses fragrances émerveillantes, dix millions de frissons immobiles ont parcouru les réseaux de l'ultraderme azuré et nos caresses de miel ont recréé l'aurore vibrante d'une liaison unitaire. Courtisane hédoniste de ses caprices, je laisse mes songes dans leur nid pour m'abandonner, lascive, humide et chaude, à sa douce poigne de lumière, délicieuses retrouvailles qui transportent au pays des saveurs mordorées cette palette de ressentis monochromes que je suis devenue sous sa plume étincelante d'oiseau de feu.
Caresse-moi encore dans les prières silencieuses de ta volupté, écartèle mes sens au gré de tes fantaisies sucrées, dévore-moi de cette gracieuse aura non signifiante, et que je m'évapore dans tes bras emplis de braises afin que ne cesse jamais ce bûcher velouté aux arômes délicats.

 

 


(extrait du recueil : Les semences pourpres de l'innocence"

RÉCOLTE

Dans un gisement aquatique, par le biais d'un orgasme aurifère, rutile le plaisir noir de l'anti-matière. Dans une mine subsidérale, au travers de l'espace-temps éteint, rayonne la fraîcheur ivoire de l'insouciance amère. Mixés par une centrifugeuse aux doigts de titane liquide, ils se recombinent en séquence unitaire pour devenir un solvant éthéré dont les rayons verts ensemencent les jachères prélabourées. Par la magie sucrée d'un ordinaire désenchanteur, dans le cru et le nu d'une pénétration venue de l'intérieur, les champs creux voient se lever les moissons d'aromates scandinaves, floraisons de frémissements d'azur en écho atone aux récoltes potagères d'un verger irrigué par un flux vivifiant d'immanence et d'atemporalité. Le nectar blanc ruisselle de la treille ardente vers les estaminets opulents de vide.

 

 

PARLE EN SILENCE

Tournée vers un passé inventé et éventé ou égarée dans un futur qui n'adviendra jamais qu'en rêve, la pensée mécanique se promène dans les angles morts de son monde virtuel, telle une mouche de cobalt aux ailes mazoutées. C'est dans son soliloque ininterrompu que naissent et meurent des fantaisies inutiles auxquelles seuls les spectres kaléidoscopiques se prenant grave au sérieux trouvent un quelconque intérêt. Est-il permis, damoiselle, de vous rappeler quel était votre visage il y a mille ans de cela, quand vous étiez Walkyrie à la licorne, les sens chavirés par un orgasme monochrome à la caresse veloutée de braise bleue? Est-il permis de jeter votre mémoire frigide et stérile au beau milieu des orties rafraîchissantes de la réalité ? Ou est-il préférable de vous laisser tourner en rond dans les préfabriqués polluants sécrétés par l'immondice neuronal des fleurs de la déchetterie audiovisuelle ?

Dans ton regard perlent les douceurs merveilleuses de la guerre, je lis dans tes yeux le velours des souffles d'amazones, dans ton cœur vibre l'insensé extra-sensuel, le baiser au goût charmant de venin pourpre. Quand apprendras-tu enfin à respirer? Quand vivras-tu ?

©Gilles-Marie CHENOT

 

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Les semences pourpres de l'innocence de Gilles-Marie CHENOT

 

«Les semences pourpres de l'innocence»
de Gilles-Marie CHENOT
aux éditions Chloé des Lys
BARRY
(Belgique)

 

 

 

 

Le chant du danseur, de Gilles-Marie CHENOT, aux Éditions du Cygne, Paris
«Le chant du danseur»
cratères littéraires
par Gilles-Marie Chenot
54 pages au format 13 x 20 broché
ISBN : 2-84924-019-2 ; 10 euros
Éditions du Cygne
6, rue Duméril
75013 Paris
t/f : 01 55 43 83 92
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com

critique par Michel Ostertag,
sur le site Francopolis

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