Georges Trakl   (Autriche, 1887-1914)

 

Georg Trakl

Autriche, 1887-1914

 

NOTES BIOGRAPHIQUES

Ce poète autrichien est l'un des grands noms de la poésie du début du XXe siècle. Il incarne le poète maudit, hanté par un amour incestueux pour sa sœur Maragarete, drogué à l’absinthe et à l’opium, il eut une existence brève et tragique. 

Envoyé sur le front russe, il tenta de mettre fin à ses jours face à l'horreur des massacres auxquels il assista, et fut interné. Le 3 Novembre, il tente de nouveau de se suicider. Il meurt à l’hôpital de Cracovie d'une overdose. 

On lui doit des pièces de théâtre,
" Fata Morgana et le Jour des morts ", qui furent jouées en 1908

Son inspiration poétique, sans doute influencée au début par le symbolisme de Maeterlinck, s'en détacha rapidement pour s'affirmer comme une écriture comparable à celle de Hölderlin et de Novalis. 

Son œuvre tourmentée, ordinairement considérée comme faisant partie de la poésie expressionniste, mais dépassant l'expressionnisme, en fait l'un des plus grands noms de la poésie autrichienne. On l'a comparé à Rimbaud, dont il se voyait comme l'un des héritiers. Mais il est également de la filiation de Baudelaire et de Verlaine, celle des poètes maudits.

Ses poèmes ont été recueillis et publiés après sa mort.
En 1912 avaient paru deux recueils, " Crépuscule et déclin " et " Sébastien en rêve ".

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 Le Sommeil

Soyez maudits, sombres poisons, 
Blanc sommeil 
Ce très étrange jardin 
D'arbres crépusculaires 
Empli de serpents, de phalènes 
D'araignées, de chauve-souris. 
Étranger ! Ton ombre perdue
Dans le couchant, 
Ténébreux corsaire 
Sur la mer salée de l'affliction. 
S'envolent des oiseaux blancs à l'orée de la nuit 
Sur l'écroulement des villes d'acier.

 

Calme obscur de l'enfance 

Sous des frênes verdoyants
Pâture la douceur d'un bleuâtre regard: repos d'or.
Le parfum des violettes ravit une âme obscure: épis qui
se balancent
Dans le soir, semence et ombre d'or de la mélancolie.
Le charpentier taille des poutres; dans la combe crépusculaire
Le moulin tourne; dans les feuilles du noisetier se galbe une bouche pourpre,
Virilité penchée rouge sur des eaux nocturnes.
Il est léger l'automne, l'esprit de la forêt; un nuage d'or
Suit le solitaire, l'ombre noire du descendant.
Déclin dans la chambre de pierre; sous de vieux cyprès
Les images nocturnes des larmes ont conflué en une source;
Œil d'or des origines, patience obscure de la fin.

Georg Trakl (in Le chant de l'isolé)

Grodek

Le soir, les forêts automnales résonnent
D’armes de mort, les plaines dorées,
Les lacs bleus, sur lesquels le soleil
Plus lugubre roule, et la nuit enveloppe
Des guerriers mourants, la plainte sauvage
De leur bouches brisées.
Mais en silence s’amasse sur les pâtures du val
Nuée rouge qu’habite un dieu en courroux
Le sang versé, froid lunaire;
Toutes les routes débouchent dans la pourriture noire.
Sous les rameaux dorés de la nuit et les étoiles
Chancelle l’ombre de la sœur à travers le bois muet
Pour saluer les esprits des héros, les faces qui saignent;
Et doucement vibrent dans les roseaux les flûtes sombres de l’automne.
Ô deuil plus fier! Autels d’airain!
La flamme brûlante de l’esprit, une douleur puissante la nourrit aujourd’hui,
Les descendants inengendrés. 

Traduction Marc Petit 

 

Paisiblement mourut le jeu de cordes
Dans sa poitrine.
Et le printemps devant lui répandait ses palmes,
Quand à pas hésitants
Muet il quitta la maison pleine de nuit.

Georg Trakl, Oeuvres complètes, Gallimard, 1974

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Poèmes I
de Georg Trakl
t. II (Poèmes II, 345 p., 44 F)
317 p., Flammarion, 51 F

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