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« Malhabiles, nous sommes à nous atteindre, les hommes, André Frénaud |
Épitaphe
Quand je remettrai mon ardoise au néant
un de ces prochains jours,
il ne me ricanera pas à la gueule.
Mes chiffres ne sont pas faux,
ils font un zéro pur.
Viens mon fils, dira-t-il de ses dents froides,
dans le sein dont tu es digne.
Je m’étendrai dans sa douceur.
Mai-septembre 1938
(Les rois mages)

Paysage
Grand corps étendu incertain,
de loin je te vois
par-delà les corbeaux et la cendre.
La grande plaine oblongue
et les profonds herbages,
les hauteurs de tes hanches
où perle un gentil ruissellement de l’eau,
montagne aimée des abeilles et du vent
de mon souffle mort, recomposé autour de toi
pour pénétrer par la bouche entrouverte.
La vie d’ici n’est pas la nôtre,
divertis, chacun, par d’anciens ravages,
mais celle de la grave statue crispée que je regarde,
éperdue dans un mouvement sablonneux.
La lumière longe les ravins, plonge
et voici que s’éclaire notre ombre sans mensonge,
aurore où toi et moi serons à jamais confondus.
(Les rois mages)

14 JUILLET
C'est le jour de fête de la Liberté
Nous avions oublié la vieille mère
Dont les anciens ont planté les arbres.
Il est des morts vaincus qu'il faut précipiter
Encore un coup du haut des tours en pierre.
Il est des assauts qu'il faut toujours reprendre.
Il est des chants qu'il faut chanter en chœur,
Des feuillages à brandir et des drapeaux
Pour ne pas perdre le droit des arbres
De frémir au vent.
Nous allons en cortège comme une noce solennelle.
Nous portons le feu débonnaire des lampions.
Soumis à notre humble honneur, le geste gauche.
Les bals entrent dans la troupe et les accordéons.
Le génie de la Bastille a sauté parmi nous.
Il chante dans la foule, sa voix mâle nous emplit.
Au faubourg s'est gonflé le levain de Paris.
Dans la pâte, nous trouverons des guirlandes de verdure,
Quand nous défournerons le pain de la justice…
C'est aujourd'hui ! Nous le partageons en un banquet,
Sur de hautes tables avec des litres.
Le monde est en liesse, buvons et croyons !
Je bois à la joie du peuple, au droit de l'homme
De croire à la joie au moins une fois l'an.
À l'iris tricolore de l'œil apparaissant
Entre les grandes paupières de l'angoisse.
A la douceur précaire, à l'illusion de l'amour.
(Il n'y a pas de paradis, Gallimard 1967)

| INUTILE NATURE
Pourquoi grogne la truie ? Elle ne sème pas l'esprit, la truie, parce qu'elle grogne.
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J'ai
bâti la maison idéale
Bibliographie:
- Collectif _____________________________________________________________________________ |