François Rivals, ingénieur honoraire, travaille à ses débuts dans les usines marémotrices. Las de voir éternellement refluer les eaux à travers les groupes bulbes, il décide de se convertir à l'agriculture et s'installe définitivement dans le Tarn (France) où il réside actuellement. 

Il pratique l'aquarelle à temps perdu, joue du piano et écrit des poèmes. Pour ses derniers, il n'a pas de thèmes favoris sauf à s'interroger sur le mystère du temps et de l'espace qui, croit-il, sont les deux mamelles de la Vie. 

Il intitule son recueil "Poèmes vagabonds". C'est ainsi qu'il a créé un site avec des invités sur la "Poésies et aquarelles".
Voici donc un bref aperçu de sa poésie.

 

 

 

 

Verger, Alphonse Chavanne

 

Verger, Alphonse CHAVANNE
Chemin,  Alphonse CHAVANNE

MAGIE DU PEINTRE      À mon père

Peintre, tu ouvres tes yeux pour rêver.
Devant toi l'ombre n'a pas de mystères
Et tu la renouvelles avec une couleur
Que je n'ai pu voir sous les branches.

Tu récoltes les fruits multiples de la terre
Que capte ta pensée qui en donne l'image,
Tu t'expliques seul avec l'instant du jour
Et suspends les oiseaux et le cours du ciel.

Les villages et même les bruits des vallées,
Les ruisseaux aveuglés, l'enfant dans les prés,
Se transmuent par la grâce de ta lumière,
Métamorphoses reprises à l'heure brève


Où tu retrouves ces glissements d'horizons
Que la chute du jour avait pu brouiller.
À la pointe des pinceaux ta vérité se révèle
Et les choses vivent dans un autre miroir .

As-tu jamais osé peindre la nuit noire
Où ne serait qu'un grand rectangle vide ?
Non, je t'ai toujours vu voler la lumière
Et la mettre sur le dos d'un autre monde.

Les jours pour toi prennent la pose
Où tu sais les remercier
Sur tes toiles immobiles

 

LE TEMPS D'UN FLEUVE

Ce jour-là, ce matin-là,
Les deux branches du fleuve
Là-bas où s'ouvre le delta
Mouraient en piliers de fumée
Que la lumière nouvelle
Soulevait des marées basses.

Le drap blanc du gel
Tardait à se défroisser,
Et les barques au peu de vent
Glissaient sans mot dire
A l'écart des rives givrées
Guidant les courbes du fleuve.
Au-delà de l'eau noire
Les champs cristallisés
Portaient des herbes lourdes.

Dans le ciel d'une autre lumière
Indifférent au déclin des étoiles
Des oiseaux croisaient leurs cris,
On ne savait pas le nom
De ces grands becs inassouvis
Ni ce qu'ils disaient.
On les écoutait seulement
Dans le calme des roseaux
Brisés par les proues d'argent.

Le fleuve confondait ses eaux 
Avec le silence des hommes
Au bout des longues gaffes.
Se pliant sur les manches polis
Ils filaient comme des couleuvres
Entre les herbiers clos

Le temps ne semblait plus d'ici
Mais l'avant et l'après déjà
Cernaient l'instant de l'utile.
C'est si peu la Vie.. et pourtant
Dans son minuscule cocon
Elle dure en se multipliant.

Les passagers du temps
Glissaient par miracle
Ignorant l'évanescence
Se suffisant à l'espace


Le fleuve en l'univers
Avait ses mystères...

Le Temps s'en remet
Aux arcanes de l'Éternité.

Marine, Alphonse CHAVANNE
Marine,  Alphonse CHAVANNE

 

grande sure, Alphonse CHAVANNE
grande sure, Alphonse CHAVANNE

TOI SANS MOI

Toi et moi,
Nous avons tant vécu,
Tant subi les jours,
Des aubes jusqu'aux lunes,
Pétri tant d'angoisses,
Accosté tant d'imprévus,
L'un et l'autre,
L'un sans l'autre 
Que maintenant si tu partais,
Je craindrais ces portes basses
Qui s'entrouvrent, là-bas ou là-haut,
Sur des champs de cécité
Dans le lait du ciel.

Toi sans moi.
La barque s'éloigne,
Et toujours je te vois
Dans un miroir courbe..

 

LE NAVIRE AU LOIN ...

J'aimerais deviner au sillage de l'écume
Notre grand voilier de vents contraires,
Voir ses cales déborder de rires et de larmes,
Voir son drapeau de mer claquer,
Marteler nos mots dans le ciel qui tangue,
Fictions de soupirs et de joies
Aux adieux d' une brise cyclonique
L'autre fois sur les quais.

Vogue mon beau galion, ma nef de dentelles !
Souffle dans ta corne de brume,
Qu'on entende encore les baisers anciens
A bâbord et tribord de tes ponts !
Que tes vastes voiles
Déploient les couleurs oubliées
De nos croisières inventées !

Te souviens-tu des dunes,
Sur ces hauts promontoires
Où nous allions rêver ?
Les vaisseaux de haut bord, 
Là-bas, en fond de mer,
Ces promesses d'horizon
Bleues comme des mirages ?

Les enfants en bas n'étaient plus sur la plage
Ils oubliaient les mouettes d' au-dessus,
Ils rêvaient devant leurs châteaux de sable,
Les salines limoneuses qu'ils avaient creusées.
Ils n'imaginaient pas l'Espagne, ni l'Eldorado
Mais plus loin que portait le bout du monde
Un grand jardin coloré de plumes d'oiseaux
Avec des fruits tout partout qu'ils disaient, 
Des fontaines, des bassins pleins de billes d'argent
Des champs de fleurs aux corolles nouvelles
Et "des petits bateaux, Maman,
qui flottent sur l'eau, avec des ailes"

Nous étions de ceux-là et disions :
Et si on faisait , et si on était, et si on allait..
Moi, je serais timonier et toi tu serais la proue
Pour voir comment nous vient la route.
On dépasserait les bornes de la Terre
La nuit, on parcourrait les déserts de pierres 
Bien au-delà du champ des étoiles.

De tout cela, nous nous souvenons,
Nos rencontres, nos adieux
Là-bas, sur les quais en front de mer

Et toujours resteront
Les images enfantines.

Et vogue la galère...

 François Rivals ©

Poésies et aquarelles

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