Catherine Escarras__

 

Les Romantiques 

Les Romantiques vivent cachés
À l'abri des vieux clochers,
Près des petits ponts, des forêts,
Dans les vignes ou les coteaux dorés !

Certains habitent les marais
Tels des princes en crapauds changés,
Ils attendent la bonne fée
Qui saura d'un doux baiser
Leur redonner leur aspect premier !

Alors, dans cette attente,
Ils grognent, crient, se renfrognent,
Ils deviennent des monstres,
Des Orcs des bois hantés !

Ils hurlent avec les loups,
Ils se changent en garous,
Ils griffent et saccagent tout !

Les Romantiques ne meurent jamais
Leur sang coule vermeil
De leur cœur bleu de ciel,
Mais la noirceur pour eux,
Prime sur la clarté !

Ce sont des " Immortels "
Perdus dans leurs bruyères,
Ou bien de simples " gens "
A l'ombre des cyprès !

Les Romantiques vivent cachés
Mais moi je sais où les trouver !

Catherine Escarras (c) : 7 janvier 1998 (T.D.R)


 

Hymne à la Provence

Coulez, vous, flots de la Durance
De Briançon à Sisteron!
Passez Nîmes et Cavaillon,
Qu'importe si c'est une romance!
Emportez sur votre onde,
Nos cœurs et vos alluvions!
O Rhône, maître de la région,
Ne permets pas jusqu'à Marseille,
Que ces flots noirs touchent nos treilles,
Qui l'été mûrissent au soleil!
Laisse donc sur ton eau vive
Courir les vaisseaux vermeils
De nos rimes à nulles autres pareilles!
Et si parfois le manque de sommeil
Nous fait écrire, O Ciel fais-nous la grâce,
Ta voix, de laisser, tinter à nos oreilles,
Gronde tonnerre, hurle l'écho!
Les gouttes fines nous transpercent
Tels des poignards bien acérés!
Mais toi Soleil, quand tu reviens,
Tu ne vois pas qu'on a saigné,
Nous les filles de la Provence,
Qui avons vécu heureuses,
Donne-nous par tes chauds rayons,
L'espoir de demeurer rimeuses
Faute de rester rieuses!!


Catherine Escarras : © 1992 (T.D.R-SGDL)®

( Extraits du recueil « La Vague et le Vent » )


 


L’ Esprit du grain


Épis de blé dorés, par le vent agité,
Laissant tomber parfois, quelques grains pour les rats,
Grains gonflés de rosée, par un matin d’été,
Qui voyez le soleil, pour la dernière fois !

Je chante votre splendeur, car bientôt les semeurs
Deviendront moissonneurs, et la terre se taira,
Sous le feu de la lame, qui fera plier vos âmes !


Épis tant adorés, pendant l’antiquité
Et pourtant destinés, à Mort imméritée,
Ondulations de champs, puis soudain calme plat,
Les ballots parsemés, attendent d’être charriés !

Les peintres l’ont décrit, les poètes l’ont dit,
L’épi germe et luit, puis l’or de cette terre
Devient blanche douceur, pour nourrir le malheur !

Plus de soleil, silos, camions par kilos,
Long acheminement, poussière ocre du chemin,
Pleurant ses frères dorés, et puis, Résurrection :
C’est la farine blanche, qui coule en longs flocons,
Pour être sel de la terre, abondance peu chère,
Esprit du grain, c’est toi qui nous fait vivre,
Tel est donc ton destin !

Alors les mains blanchies, meuniers dans leurs pétrins,
Façonnent notre manne, cet élément divin,
Les moulins de leurs bras, bâtent vents et tempêtes,
Il faut que la farine, pour tous les temps, soit prête !

Sur les tables décorées de jolies fleurs brodées,
Alors tu trôneras, ô baguette muette,
Et tu repenseras, à Jésus qui par toi, 
Un jour multiplia tes frères pour la fête !

Catherine Escarras © : 20 janvier 1998 (T.D.R)

 



Ode à la Normandie

Je t‘aimerai au-delà de la mer,
Je t‘aimerai au-delà de mes rêves,
Je t‘aimerai au-delà de l‘enfer,
Je t‘aimerai toujours et sans jamais de trêve !

Toi qui as su conquérir par des mots simples et chauds,
La froideur de mon âme qui allait perdre ses armes
Toi qui as su lire en moi, sans question, avec foi !
Toi qui sais où je vis, et comment je faiblis !

Les mots seront des gestes, doux mais parfois cruels
Qui ne nous laisseront jamais dans le réel,
Les mots sont nos alliés, jouons sur le moment,
Et prenons vite au Temps ses précieuses minutes
Qu‘il garde jalousement pour une fin injuste !

Les galets parleront, les coquillages chanteront
Ces chants des sirènes qu‘Ulysse voulait que l‘on retienne !
Les goélands aussi, qui planent sur la digue,
Reprendront tous en chœur, ces moments de bonheur
Perles de rosées séchées, perles de larmes essuyées,
Par une algue magique, ou un magicien elfique !

Je t‘aimerai toujours, toi mon sauveur des flots
Car en toi est écrit notre avenir sous forme de sanglots !

Catherine Escarras © :
dimanche 24 mai 1998 ( T.D.R- SGDL )®

lire Catherine Escarras sur son site.

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