Moi-un océan

Je suis condamnée
D’être océan
Et toi, mon chéri,
Tu es île-caresse
Sur l’océan de mon amour
Où seules des ondes
Portée par les vagues restent
Je suis condamnée
À être océan
Celui de profondeur
Sans horizon de réalité
Et je cherche encore
Ton amour.



Ma tête est un lieu étrange

Ma tête est un lieu étrange
Où des espaces glissent
Reliés par de temps introuvables.
Ma tête est un grand parc
Sombre et sonore qui dort
Des allées se dévient
à une pâleur bleu
Qui traîne en ligne fatigue
Usée par la nuit
Sans blancheur.
Parfois, vole une feuille morte,
Ou s’envole l’ombre d’une feuille.
Frissonnement d’oiseau
Un souvenir sans doute
Essayant de respirer .
Des pas se glissent en silhouettes
Sur le vent noir
Souvenir tombée doucement
D’un ciel qu’on ne voit plus
Et disparu avant même
D’atteindre la nuit du sol…
Ma tête est un grand jardin
Sombre, qui dort sous un ciel des cris….



Par les yeux de Dieu

J’étais ancrée et portée
Au-delà de mes mesures
Sur la pierre même
Du serpent à plume.
J’ai regardé le monde
Par les yeux du Dieu endormi
À la foi présent à lui-même
Dans son sommeil
Et absent des homes
Qui ne sont pas encore lui.
J’étais le matin-là
Un rêve de moi-même
Mise en présence de mon passé
Puisque je semblais reconnaître
Une similitude revenue
D’un grand oubli.
Mise en présence d’un avenir possible
J’étais ouverte et pas encore
Transformée
Et j’ai pensé au monde
Au nouveau
Par le Dieu de la vie
Et de la morte.
Le mouvement du temps
L’écartèlement de l’espace
Demeurent pour se laisser
Contempler.
Là, tout près de moi
J’ai senti à nouveau le main du Dieu
Et une autre force
Qui enjambait l’espace
Pour le lier et le délier
Au rythme du désir
D’un planète à l’autre-plus de nuit
D’un jour à l’autre-plus d’abîme.



Nostalgie de toi…

Le temps me dure
Le temps me durcit
L’absence m’étouffe
La nuit et le jour
Et je garde en moi
Du soir au matin
Du matin au midi
Nostalgie de toi
Nostalgie qui devient cri…
Des mots en mots
D’image en image
Je n’arrive pas
Écrire un page
Et poursuit un autre espace
En dehors de toi
Et mon envie
Et mon désir
Devient aussi en cri…



Quand tu me donnes tes sourires…

Un jour éternel se lève,
Je le sens en moi,
Quand tu me donnes
Tes sourires, tes regards,
Pour que je devienne
Le plus grand sourire du monde
Et le regard plus large.
Peut-être arrivais-je
Sentir mieux ce jour
Être pénétrée d’amour
À travers toutes les épaisseurs
Qui ensemble
S’appellent ‘moi
Pour ruisseler, rejaillir
Loin autour…



L' ARBRE DE L' HUMANItude

Ce matin-là
J’ai découvert devant ma fenêtre
Un arbre d’humanisme
Qui regardait tranquille
Ce coin de la terre.
C’est lui, je crois, qui recueillit
Le trop-plein de mes silences.
Sage, il ne souffla pas un mot
À mes confidences,
Quand je lui dis:
Je suis enceinte d’une vie trop
Précoce,
Engrossée d’un amour tentaculaire
Harteaux de ma tête,
Ceinture de feu qui forge
Mon crâne.
L’abîme glauque
Rejeté devient un marais 
Croupissant sur les draps.
La fétide nausée une fade éternité
Qui soudain déferle en spasme amer
Et mon arbre le regarde
Avec ses yeux fermés.
Tout ce qui me reste
N'est qu'une renaissance avortée,
Et je reste parcelle immobile du temps
Ou forme figée et immuable.

Doina 

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