[…] « Vivrai-je encore longtemps
comme on apprend à lire 
comme on apprend à dire sans chercher à savoir 
que la générosité 
d'une fleur c'est son parfum. »


Autoportrait (Jean Dif))

 

Nous ne sommes qu'édifices de cendre 
la mer discute la pluie les rivières font 
de l'ombre aux nuages et d'un coup de crinière 
voici le félin rugissant plus de feu que d'eau 
est sorti de l'arche l'homme invente l'éclair 
sous la neige il est écrit que la nuit a du sang 
sur les dents je le vois le mien tachant les étoiles 
sur le rocher survit l'ivraie au milieu de l'incendie 
comme un message les troupeaux morts broutent la tourbe 
au-dessus de l'homme flambe l'arbre du désir mais au-dessus 
de cet arbre rien pas un nuage du souvenir peut-être autour 
de ce rien en toi scellé dans les os voici qu'il n'y a là-haut 
qu'une fumée et plus de signe l'arbre coupé et tout le vinaigre 
au fond de la plaie as-tu cru t'affranchir d'un poids en niant 
ton flot aux marées du coeur dont chaque feuille est un arbre 
énorme avec un nid de feu au milieu des fourches l'arbre 
qui est lion bouquet proféré par les flammes plante nuage 
dans la chaleur qui s'élève et la mer comme un fauve 
sans laisse qui caresse les laîches on peut dire 
aussi qui lèche les carex les copeaux d'écume 
d'où naissent les mouettes comme des pages 
arrachées à cette forêt qui s'effrite 
allons dévoreur d'ombres allume 
le feu et frotte la pierre 
contre la pierre sort nu 
et pur de la parole 
comme d'une femme 


(Ce poème a été publié dans le n° 19/20 de la revue "Le Cri d'Os") 

 

 

Je me tiens 

Fine poussière tombée de l'aile 
d'un oiseau je laisserai chanter 
ma voix Le chalumeau du peuplier 
frémit doucement Sa longue flamme 
verte s'étonne La lumière qui miroite 
répond à ses frissons 

Prince d'un lointain exil mon château 
refuge des corneilles à l'écart 
des contrées habitées au seuil 
des ailleurs qui sont la patrie des dormeurs 
je me tiens dans la nasse et dans la sonde 
Dans l'embrasure du ciel je me tiens 


II 

Je me tiens sur le seuil et sur la grève 
au bord de cette mer où mon cœur trempe 
Je me tiens sur la margelle et la lisière 
dans la première coupe et dans le regain 
Dans l'étonnement de la cage et la plume 
du faisan Dans la roue du paon ocellée 
d'yeux aveugles je me tiens Je suis l'ocelle 
Je suis la défaillance qui révèle et l'impatience 
qui délite Moi le guetteur je suis message dans le vent 
ou bien feuille livrée à la tourmente 

J'anime le vent J'anime les sources enterrées 
J'anime les paroles Ma complice la buée 
confond la transparence de la vitre 
sur les franges du temps je me tiens 

Prince des ténèbres et de la cécité 
au sommet de la flamme je me tiens 
Dans la tension de l'arc je me tiens 

III 

Dans la tension de l'arc et de l'offrande 
dans l'attente et dans l'agonie 
soeur de l'attente je me tiens 
et dans la pierre sécrétée par l'organe 
foie ou rein Dans la pierre de la douleur 
je me tiens 

Le chiendent frileux de mes nerfs 
frissonne à l'approche des peupliers 
et toutes les feuilles de mon sang s'émeuvent 
lorsque le cri d'un oiseau perdu 
perce la nuit des profondeurs 
Lance à l'arrêt je me tiens A l'affût 
je me tiens Je voudrais être celui 
qui inaugure 


IV

Fine poussière tombée de l'aile 
d'un oiseau je laisserai chanter 
ma voix Le chalumeau du peuplier 
frémit doucement Sa longue flamme 
verte s'étonne La lumière qui miroite 
répond à ses frissons 

La paix règne sur mes mains 
sur mes mains et dans mon coeur 
O migrateurs frères du vent 
je serai le confident 
de la rose et du hibou 
comptez-moi parmi vos adeptes 


(Ce poème a été publié dans le N° 10 de la revue "Le Cri d'Os")

L'aile de la cendre de Jean Dif
«L'aile de la cendre»
(Poèmes 1957-2000)
de Jean DIF
96p.
publié le 20/07/2011

 

 

 

Sous les couteaux des horloges de Jean DIF


«Sous les couteaux des horloges»
de Jean DIF
Encres Vives N° 388, 2010

On peut se procurer cet ouvrage, au prix de 6,1 euros,
auprès d'Encres Vives:
Michel Cosem - 2 Allée des Allobroges - 31770 - COLOMIERS

Le site de  Jean Dif




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