Yves BRILLON

 est né à Montréal.

Après son bachot, il quitte le Québec pour l'Europe pour des études à Genève et à Lausanne. 

À son retour au Québec, il fait son doctorat en criminologie à l'Université de Montréal. 

Il séjourne en Afrique de 1972 à 1975 où il fait des recherches sur la justice traditionnelle. 

Professeur et chercheur en sociologie de la santé à la Faculté de droit de l'Université de Montréal lui a 

permis de toujours écrire: articles, chapitres de livres, bouquins… 
À la veille de prendre sa retraite, il ouvre son site
L' Île de Calliope où il nous invite « pour y respirer, avec paix et sérénité, l'air du temps » !

 


 

 


Edward Robert Hughes, The night with her train of stars, 1912

 

Solitude


par quel triste automne

l'arbre fut-il dépouillé

elle coule

coule la rivière

l'eau passe trépasse

et s'use la pierre

je suis seul

face à mon regard

seul

avec ma peine sauvage

qu'il me faut apprivoiser

souffle de vent

fraîcheur

entre les branches vertes

odeurs fanées

qui doucement

doucement se dispersent

où sont les aurores

où sont les crépuscules

le temps seul est là

déformé

ridicule

et je m'évade

je pousse dans le rêve

loin de la rade

ma poupe lourde de sève

le pavillon bat

à la mesure du vent

à la mesure du temps

brusque choc

vibrante ossature

lorsque sur la coque

grincent les déchirures


je suis seul

sur un récif

battant dans le vent

au rythme du temps

mes profondes blessures

seul sous les saules

et se dérobe la blanche épaule

à ma douleur

je regarde la pluie

creuser de ses doigts fins

le sable qui fuit

du creux de ma main

 

 

 


Fruit, Alphonse de MUCHA  (1860-1939)

 

Tes yeux sombres

tu as des nébuleuses

au fond des yeux

des galaxies en n'en plus finir

qui s'étendent à l'infini

à la vitesse du son

elles me fixent

m'entraînent

hors de moi

loin de mon univers

aux limites du monde

dans une folle ronde

celle de l'amour

celle du non-retour

plus loin que les lendemains

déjà devenus ceux d'hier

 

capture ma main

celle que je te tends

qui a tant de tendresse

prends-moi

moi qui me consume de passion

dans la déraison d'un regard

le tien

qui m'a foudroyé un jour

qui m'a retenu

pour toujours

au bord de l'abîme

où j'allais m'engloutir

m'abîmer dans le néant

 



 


Nues (Huiles - 1998),  Laurence de Sainte-Maréville

 

Cœur fatigué

tais-toi

mon cœur

écoute gémir les montagnes

sous les rafales de vent

où leur colère secoue les arbres

les violente

les fait hurler dans la tourmente

calme-toi

mon cœur

regarde le ciel immense

où scintillent les astres

dans la paix du silence

dans la vastitude ils méditent

sur les temps immobiles

repose-toi

mon cœur

oublie les orages qui t'accablent

les tempêtes qui t'agitent

apaise les révoltes

qui te rongent

laisse-toi sombrer dans le songe


endors-toi

mon cœur

dans le soir paisible de la saison

qui glisse sur tes paupières

dans les lueurs crépusculaires

ô cœur fatigué

laisse-toi bercer par le sommeil

 



Acme and Septimus,  Leighton Lord Frederick

 

Tes mots doux

comme brise légère

s'envolent tes mots

lourds de tendresse

que ta bouche amoureuse

m'adresse

ils s'accrochent aux branches du cœur

frémissent dans son feuillage

l'embaument de leur fine odeur

ils colorent mon ciel

de leurs teintes pastel

ils chantent à mon oreille

de joyeuses ritournelles

qui jamais ne me lassent

mots affectueux qui m'enlacent

mots doux

qui sur mes berges s'échouent

mots calmes

qui s'amarrent à ma jetée

mots fougueux

prononcés dans les élans amoureux

mots veloutés

qui s'endorment sur l'oreiller

mots d'amour

qui éclairent mes nuits

qui enchantent mes jours

L' Île de Calliope, le site de Yves BRILLON

Point de mire, Yves Brillon et ses Haïkus

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