
Tout à la fin du jour
quand la lumière bleuit
Le silence emplit l'espace
lentement
Avant les premières étoiles
Le ciel disparaît
dans le regard qui le fouille
Gouffre des pensées
Il faut un bruit
un souffle
pour ne pas sombrer
dans un autre monde.
LES GRANDS JOURS
Voici les grands jours
Au ciel simple
Plein d'un soleil rond
Qui ferme les volets
Et jette son ombre fraîche.
Voici l'herbe grasse
Et les lourds feuillages
Aux cavernes profondes
Où palpite un monde léger,
Voici les parfums qui se mêlent
Et se posent
Sur l'air teinté de bleu
Qui lentement dérive,
Et puis voici les terrasses de cafés
Où s'accrochent des sourires félins
Aux passages d'épaules nues et de jambes sans fins.
LA PLUIE
Les lumières de la ville
ne sont plus que des lignes
qui se fichent
dans les chiens amaigris et ruisselants
la truffe baissée sur des miroirs troubles
Des écailles d'étoffes
aux couleurs ternes
saccadent le regard
Le ciel à terre
fait un bruit de pierres brisées
Mes pas sont lourds.
HORIZON
Vacillant
au bout du regard
Le silence
en arc de cercle
Les étoiles sont si proches.
CARRÉ BLEU
Un carré de ciel bleu
S'éparpille dans l'ombre ondulante d'un chêne
Une tourterelle termine son vol silencieux
Sur la ligne brune d'un toit
Un éclat de soleil glisse doucement
Sur un mur imparfait
La silhouette blanche et rose d'un enfant
Virevolte et se trouble à mes yeux
Une aquarelle emplit ma fenêtre
Mon âme frémit bercée de nonchalance.
ÊTRE UN ARBRE
Être un arbre
Les branches tendues vers le ciel
Grandir à l'appel de la lumière
Vieillir à l'aube des saisons
Tandis que sur mes membres multiples
Des bandes d'oiseaux
Fatigués de soleil
Déposent leur vols silencieux
Puis un jour
Abandonner le vent
Ne plus faire danser mon ombre
Et tomber sous le fer
Pour mourir aux flammes d'un âtre
Afin que mes cendres encore chaudes
Recouvrent un peu de terre.
L'ÉTANG
Au coeur de la forêt
Au delà des fougères
Dans un écrin de ronces
Repose un étang
Comme une rose verte
Une rose paisible
Autour
Bruissent mille vies
Qui l'assaillent familièrement
Mais bientôt
La nuit le recouvrira de son silence
Et sur l'eau épaisse
Refleuriront de vieilles étoiles
Que la main de l'aube
Cueillera
Une fois encore.
JEUNE SAISON
Jeune saison
Qui déchire
L'écorce noire de l'arbre
Et refleurit ta bouche
D'un sourire blanc et rose
Jeune saison
Qui tremble au vent
Comme l'insecte
Au bout de l'herbe
Jeune saison
Aux petits matins pâles
Que strient des vols d'oiseaux
Chargés de cris d'impatience
Et de brindilles.
HIVER
Les ailes des oiseaux
Lourdes
Engluées dans le froid
Les arbres
Et toutes leurs branches noires
Les traits de lumière
Des volets fermés
Aux façades des maisons
La fragilité
des ombres rabougries
Dans les rues aux bouches fumantes
La géomètrie de l'eau
Et les odeurs
Qui se heurtent aux narines
Le souffle opaque
échappé des mots figés
Et ta main de laine
Dans ma main transie.
NEIGE ET CERISE
Sur l'eau
Trouble de ma mémoire,
Comme une île
Un doux sourire résiste aux flots des jours
Qui me traversent et me taraudent.
Inéxorable,
L'ombre du temps me rapproche de l'horizon
Et pourtant,
Dans la brume des souvenirs
Luit toujours
Cette bouche neige et cerise.
UN PRINTEMPS
Le ciel reprend sa courbe
Le soleil décline la terre
Les rivages ressurgissent
délivrant le rire des pierres
L'ombre palpite
La soif des regards
épuise le silence
Le printemps
Se love au creux du jour
PETIT PRINTEMPS
Des fleurs s'ouvrent
Un écheveau de laine
S'enroule au bec d'un oiseau
Le soleil
Boit le lait de la peau
La rumeur enfle
Sous les piqûres de la lumière.
SOIR D'ÉTÉ
Le bleu de la forêt
Engloutit
L'orange immense
Le silence s'épanouit
L'amour se rafraîchit
A la fenêtre
Grande ouverte.
PROMENADE D'AUTOMNE
Le feu touche l'eau
Et se trouble
Aux passages d'oiseaux
Nos pas foulent le sol craquant
Sous un ciel
De jaunes, d'ambre, de sang,
Et main dans la main,
Nous traversons l'incendie
Aux odeurs d'humus et de noisettes.
DOULEUR
Les yeux sont en pluie
Les lèvres
ont des marques de dents
Sous le silence
au goût de sang
Le cri est à l'affût.
ATTENDRE LE JOUR...
À la lisière de l'aube
le silence s'ouvre aux oiseaux
Rêves lacérés
Les yeux portent le poids de l'ombre
Attendre le jour
devient une prière.
ABSENCE
Les murs,
Aux vieux sourires jaunes
Se font face.
Entre eux,
Une table, des chaises
Oublient les repas bruyants
Où la chaleur pansait les plaies.
La fenêtre fermée
Ignore la lumière du jour.
Dans un coin du silence
Un araignée
Tisse sa toile.
ET TON REGARD...
Le soleil éclaire l'eau
Au fond de tes yeux
le ciel
mis à nu
Et ton regard
comme une réponse
à ma soif.
T'AI-JE DÉJÀ DIT
T'ai-je déjà dit
Que le bleu de tes grands yeux
Me fait voir le soleil
Même les jours de pluie
T'ai je déjà dit
Que les heures s'inversent
Et que le temps s'amenuise
Sous l'éclat de tes rires
T'ai-je déjà dit
Que la douceur de ta peau
Laisse des traces
Sur les chemins de mes silences
T'ai-je déjà dit
Que le parfum fruité
De ton absence
Embaume chacun de mes poèmes
T'ai-je déjà dit
Je t'aime
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