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Dans l'enchevêtrement des jours gris
Dans le labyrinthe des regards
Et des mots tricotés trop serrés
J'enfile en un long fil d'Ariane
L'endroit et l'envers de mes errances
Et le nom que je pourrais avoir
Peut-être
Dans une langue nouvelle encore
Je dessine à vie et poing levés
Ce chemin d'ombre et de lumière
Cet espace sacré où renaître
Au carrefour opaque des mondes
Tel Dédale, lourd de tant de deuils,
Marcher les ailes tout écartées
Et imaginer Sisyphe heureux (*)
Peut-être
(*) allusion à l'essai sur l'absurde d'Albert Camus:
«Le mythe de Sisyphe».
Camus affirme que la lutte vers les sommets
suffit à rendre heureux même si
le travail lui-même est inutile
et sans espoir comme celui de Sisyphe,
condamné à rouler éternellement
un rocher jusqu'au sommet d'une montagne
d'où la pierre retombait par son propre poids.
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Le jour a déjà goût de deuil
Et mon coeur tangue sous l'orage
Meurtri puis brisé par l'écueil
Sur une note d'eau sauvage
Tout près, si près du blanc rivage.
Aux abords de ton horizon,
Fais-moi connaître ton langage,
Aube d'une cinquième saison.
Mon âme, froid et lourd cercueil,
N'admet pas un autre naufrage
Sous les sanglots de mon orgueil,
Des mots serrés pris en otage
Où se blesse mon paysage.
Nos promesses en demi-ton,
Je veux les saisir en image,
Aube d'une cinquième saison.
Permets-moi de passer le seuil
Pour ne plus sentir cette cage
Peinte cent fois en trompe-l'oeil
À même les bords de ma rage.
Je veux pouvoir être nuage,
Construire de nos bras un pont
Enfin en sursis de voyage,
Aube d'une cinquième saison.
Mon amour, reçois en partage
Mes mots fripés et la chanson
Au liséré de mon visage,
Aube d'une cinquième saison.
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Je me suis tenue près de l'existence
Comme un transat à la frontière souple
Du sable et des eaux et des mots noués
Silence si dense au creux vif des songes
Gestes de pluie, nuits de soif encore
En ce lieu blessé où je ne vais pas
En ces longues enjambées tatouées
Au revers de mon désir de toi, tu.
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Dans le givre des jours d'enfance
J'ai retrouvé mille serments
Des poignées de mots en dormance
Dans le givre des jours d'enfance
Malgré l'inaudible souffrance
Et l'inachevé des instants
Dans le givre des jours d'enfance
J'ai retrouvé mille serments
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Reflets d'automne (Villanelle)
Dis-moi le réconfort des saisons par-delà
La vie en cavale qui se froisse et s'étire
Dis-moi surtout l'amour par-delà par-delà
Dis-moi comment teinter mes songes sans éclat
Marcher vers ton visage une nuit à redire
Dis-moi le réconfort des saisons par-delà
Dis-moi comment sauver mes phrases du verglas
Enrober d'outremer mes poings et mon sourire
Dis-moi surtout l'amour par-delà par delà
Dis-moi les arbres roux, le soleil, son grenat
Pour oublier l'exode et les morts à écrire
Dis-moi le réconfort des saisons par-delà
Raconte-moi le vert, l'orange et l'incarnat
Raconte-moi le vent, la forêt qui respire
Dis-moi surtout l'amour par delà par-delà
Je n'ai qu'un automne souillé de peur déjà
Un hiver à venir et qui tant me déchire
Dis-moi le réconfort des saisons par-delà
Dis-moi surtout l'amour par-delà par-delà
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Thésauriser le chant des mots
Et des langues et des souvenirs
Qui s'enchevêtrent dans des sens uniques
Écrire les pages de l'errance
Et des rêves de conquête
Au goût d'eau douce
Et de courant d'ailes
Écrire pour retenir
La paume d'une étoile
Et le poing des regards
Dans toutes les villes du monde
Écrire encore pour griffer
Toutes les terres arides
Au-dessus de mers mortes
Et des creux d'âme
Écrire enfin
Quand les étoiles tremblent
Aux confins des départs sauvages
Et des toits de lauzes
Écrire pour retenir le vent...
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J'ai si mal appris la patience des saisons
Que des cris dorment dans mes poings durs et glacés
Je veux libérer mes mots bientôt déchaînés
Entraînée dans une douceâtre déraison
J'ai si fort la terreur que mes mots meurent et fanent
Emportés par le vent assassin et profane
De leurs ombres mortelles ni chair ni poisson
De bien-pensants bien nés sans aucun horizon
Faudrais-je donc me taire
Sous leur compassion délétère
Et la chape des vains silences
Où s'enlise leur conscience
Faudrais-je donc me taire
Quand j'ai si mal à cette terre
Faudrais-je donc me taire
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J' ai frappé pourtant ... (PANTOUM)J'ai frappé pourtant à la lourde porte
Tu ne m'as même pas prié d'entrer
Solitaire, mon âme flâne, morte,
Nostalgie en un mirage avorté
Tu ne m'as même pas prié d'entrer
Sur le seuil, je succombe à la froidure
Nostalgie en un mirage avorté
Mes lunes ennuagent mon murmure
Sur le seuil, je succombe à la froidure
Sous le bleu émail des astres crevés
Mes lunes ennuagent mon murmure
Génocide et rêves expropriés
Sous le bleu émail des astres crevés
Ma solitude me grave à l'eau-forte
Génocide et rêves expropriés
J'ai frappé pourtant à la lourde porte...
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Il arrive ainsi qu'un silence
S'évertue à tracer l'empreinte
De mille éclats d'éternité
Sur la grève ocre de ma vie
Où se noient mes doigts écartés
Mais pour qui donc sonne le glas
Au bout des mots blessés et fiers
Et de la marée océane
Si ce n'est que pour toi et moi
Ah! Rêver trop en une fois
En langues d'ici et d'ailleurs
par-delà le bien et le mal
Dans l'indigo froissé des songes
Comme il y en a tant ici
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Transi, gelé, perclus
Le vieil homme est silence
Traversée du désert
Ajoutant des royaumes
À son royaume de peur
Il met son ombre en croupe
Ricochet d'une empreinte
Dans le roc de sa soif
Ne plus trouver la mer
Fosse ouverte dans son âme
Cette fois, il a chaud
Son coeur se prend à battre
En couleurs ensablées
Lourde chape de sel
Sur les dunes ravinées
Il n'a plus qu'un désir
Prendre vite le large
Des saisons carnassières
Lisser ses souvenirs
À rebours du temps perdu
Tout à coup, dans la nuit froide
Retrouver l'éternité
Dernier geste de la main
À ses fils auprès de lui
Dans ses yeux,
l'étonnement...
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(11 septembre 2001)Un matin d'automne
Parmi décombres et poussière
Il a neigé une rage folle
Gravée à même la peau
Et le silence à force de s'être tu
S'est coincé dans ma gorge:
Les flammes ont brûlé
Jusqu'aux rires des enfants
Pourra-t-on un jour
Laver les plaies de l'âme
Dans le faisceau des demains sombres
Comme un oubli du temps.
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Il y a des instants qui hésitent à mourir
Au fond de mes deux mains et du ciel encore rose.
L'éclat marmoréen des jours gris à venir
Cueille à froid mes mots bleus à l'écho de soleil.
Ah! devenir arbre que l'eau ne visite plus
Le temps de deux saisons au bout du balancier...
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Ombre sauvage, tracé d'ocre
Triste histoire éveillée
De femmes grises, étranglées
Aux visages enlisés
Reste de pleurs emportés
Souvenirs de vagues doucereuses
Et de plumes arrachées
Malgré l'appel de l'aurore
Mondes prisonniers
À l'intérieur de soi
Sans quai, sans arrivée
Entre vent et froidure
Mémoire...
Quand tous les bruits font silence
Dans les bourbiers à l'envers
Où s'emmêlent mille langages
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La pluie déraille sur les toits.
Les vagues se tordent et culbutent
L'écho des paysages dans la mer.
Mon île à moi sous moi s'enfonce
Dans les brumes d'un espoir en dérive.
C'est si triste, si terne,
Si sombre et silence
Au cercle de mon étrange ciel.
Ton rivage craint trop ma nuit
Pour voguer vers mon naufrage.
Et des étoiles se noient
Au fond de ma poitrine
Dans une toute petite flaque d'âme.
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Laisse-moi partager ton ombre
Te toucher de toutes mes mains
Et chevaucher les méridiens
De cet amour beaucoup trop grand
Laisse mon rêve ployer l'aile
Et doucement toucher du doigt,
Sans plus de mots et de paroles,
Ton visage enfin reconnu
Laisse-le se poser sans fièvre,
À nu, sur ta peau de miel
Et déposer sur tes paupières
Le soleil qui dort sur tes lèvres
Laisse-moi le prendre dans mes mains
Et oublier ma thébaïde
Dans le sable dormant des songes
Ô que toi seul peut éveiller
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S'empilent mes rêves crevés
Comme des strates
Moulés dans tous mes replis
Et qui transsudent des bulles de silence
Alors, comment briser en sol et en mi
Un coup de grisaille qui ne fait pas de joies
Comment anesthésier une vieille peur revampée
Sans musiquer une histoire à vau-l'eau
Car je me perds à l'horizon fauve
D'une fièvre d'enfance qui croupit
Sans musique.
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Tu es le feu allumé dans mon ventre
Dans le vertige de mes profondeurs.
Tu es ce puits où se noient mes sortilèges
Où s'enfoncent mes peurs.
Tu es l'éternité debout sur le pas de mon silence.
Tu es mon cri.
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Lipogramme (sans «O» sur le thème de l'absence d'eau):
Paysage charnel
Rus asséchés. Filets taris. Midi pesant.
Estampe vultueuse de l'astre qui brasille,
Burinant ses empreintes sur les terres arides,
Incendiant mes lèvres et ma chair,
Brûlant ma retenue sur l'autel du désir.
Mes sens aigus, tendus grincent,
Exaspérés par la sécheresse démente.
Le désir ruisselle, cataracte fertile,
Mascaret m'enlevant au passage.
Relent de la bête lavée par la tempête.
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Mon âme s'écaille dans les midis
D'une saison amère, sèche et jaune
Et répète la douleur indistincte
Des choses et de la foule qui passe
Je n'ai plus qu'une heure à jamais perdue
Où le temps absent s'allonge tout entier
Et se joue de ce qu'on puisse souffrir
De l'étrange profondeur des mots retenus
Une prison s'engouffre dans mon existence
Dans des mouvements d'entrailles et de fièvre
Et fait sangloter en moi, au fil de mes rêves,
Quelque chose du matin de mes espoirs incendiés.
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Aucune aiguille ne peut révéler mes heures.
Je me résorbe dans mes souvenirs d'antan
Sur cette planète aride où rien ne fleurit
Sinon la poussière, le doute et les mots.
La coupe vide ne sera jamais comblée
Que par l'enfant d'autrefois et ses mots au poing.
Se rendre ainsi jusqu'au bout de la nuit.
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Je veux raconter les légendes d'espoir fou
Les chaînes brisées, les espaces libérés
Même si mon âme, tour hérissée d'aiguilles,
Garde les escarres de ma désespérance
Même si les braises de mon idéal perdu
Me crèvent les yeux à chaque souffle asthénique
Ô je veux narrer les treillages cisaillés
Les refus, sous le joug, de l'échine courber
Même si ma voix s'éraille en un doux refrain
À retenir l'apparence du temps d'hier
Même si la prison des demains trop m'étreint
Moitié chagrin, moitié sourire, moitié charnier
Même loin de l'ondulation des étendards
Même loin, si loin de toutes les barricades
Je veux te crier, liberté, Ô liberté
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Et qui donc a pleuré
En si peu d'existence
J'ai scellé mes rires
En un si long silence
Et traîné en soupirs
Une mélodie funeste
Mon enfance est morte
et qui donc a pleuré
En si peu d'existence
J'ai incendié ma candeur
À la flamme du désir
Et consumé mes rêves
En des noces excessives
Mon âme a fait naufrage
et qui donc a pleuré
En si peu d'existence
J'ai distillé la névrose
Des impossibles étreintes
Et émietté mes désirs
Sur les écueils de l'absence
Mon amour a ployé l'aile
et qui donc a pleuré
Goutte à goutte, mon existence est morte
Toutes mes minutes et mes saisons ensemble
Comme un si grand cri emplissant ma nuit
et qui donc a pleuré
et qui donc a pleuré.
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J'ai rêvé un grand soleil bleu
Qui allie mes étroites limites
À son déferlement lent et infini.
Mais mon soleil s'est gelé
Infiltré en moi comme une obsession
Et j'ai couru, essuyant orage sur orage,
Vers ce bleu noyé derrière un brouillard
Que des traits enflammés sillonnent.
Quel est ce voile qui recouvre mon rêve
À même ma hantise de toi.
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Le froid implacable me boit à petites lampées
Et je meurs de ne savoir retenir son tonnerre
Qui marque mes os de son destin glacé
Trop de silence dort encore en moi
Entre les doigts violets de la nuit éternelle.
Même mes baisers goûtent l'absence
Sous l'amas de neige qui m'abrite.
Suis-je trop petite pour habiter un cri de terre.
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Noyée dans un océan de mortier et de papier
Je tente d'atteindre le fond de ma nuit
Faire éclater la syntaxe,
Danser les sèmes
À la face du taire.
Le quotidien est trop près
Trop près au creux de moi
Comme une seconde peau de misère
Qui à tire-d'aile se desquame
Pour devenir noirceur
Et densité du silence consenti.
Trop d'hommes meurent ainsi en silence
Dans l'impuissance à dire
Ces paroles tuées et jamais écrites
Entrailles et mémoire des hommes
Au bal des mal aimés.
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Rumeurs insistantes des autrefois
Une phrase trace son délié
Malgré l'écho terne de nos pensées
Et dessine à vie et à poings levés
Un peu de ceux que les mots ont choisi
Repeignant leurs rêves aux couleurs de vie
Sur l'eau délavée du passé en soi.
Il ne reste qu'à déterrer mains nues
Nos mots et nos points partout échoués
Silence crié au bout des saisons
Impression rude d'hiver et de soif
Sur fond de fugue et de brume et de glace.
Trêve d'amertume et d'errance vive
À pendre au ciel du Nord à fleur de peau
Nuit sauvage en partance et en partage...
Toute éternité tenue en une heure
Et un petit instant en une vie
Sur une note au battement du temps.
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Fleur au destin de sécheresse
Dans l'ocre désert des rencontres
Où je ne peux prendre racine
Entre vent et cris de froidure
Qui passent dans mes longs silences
Le vent me traverse si fort
Me laisser glisser en lui, lisse
Dans les yeux d'un rêve rompu
Derrière les volets tirés
Du soleil qui fut autrefois
Mort décolorée et immense...
Angèle Lux
luxa@videotron.ca