Hibiscus rose de Annie Devergnas-Dieumegard
Hibiscus rose,  (Annie Devergnas-Dieumegard)

Annie Devergnas-Dieumegard

enseigne le français à Cholet.

Elle a écrit l'ouvrage "Chiens errants et arganiers" (publication l'Harmattan) une recherche méthodique et poétique à la fois sur les oeuvres des écrivains marocains d'expression française.

Elle est également artiste peintre.

Elle nous offre ici, "La saga des Géants"
et "Le deuil du soir"
d'après les oeuvres de
Marie-Lydie Joffre.

 

 

La saga des Géants

 

 

 

-I-

Arbres ?

                                      Arbres ?
en bordure du Lac du Salagou (Hérault)

 

 

Ils s’arrachent au magma
dans un brouillon d’âmes végétales
puis se découpent hésitants
sur l’écran du temps

mais quel effort immobile
avant de séparer les rameaux
des nuages

afin de sculpter leur identité
en siècles de patience  

 

 

 

 

 

 

-II-

 Liquidambar

                                Liquidambar
  
    Jardin des Plantes de Montpellier

 

 



il tient le ciel entre ses bras
arc-bouté contre le temps

une frêle branche
nouée autour des reins
l’empêche de tomber

 

 

 

 

 

 

-III-

Liquidambar

                                 Liquidambar
  
     Jardin des Plantes de Montpellier
 

 

 

je suis l’arbre-samouraï
je décoiffe les nuages
de mes branches aiguës

d’un déhanchement de tronc
je saisis le vent
et l’emporte en tourbillon

qui résiste à ma course
tombera comme la feuille
qui meurt de me quitter

 

 

 

 

 

 

-IV-

Liquidambar

                                 Liquidambar
  
     Jardin des Plantes de Montpellier  

 

 

soucieux et rabougri
je suis le nain
trop épais pour m’élancer
j’ai vieilli sur place
sans regarder vers le ciel
aveuglé
par la poussière des saisons
j’attends celui
qui me délivrera
de la spirale nocturne

 

 

 

 

 

 

-V-
 Chêne du Caucase

                           Chêne du Caucase
 
      Jardin des Plantes de Montpellier  

 

 

perdu dans les entrailles
de bois rouge
l’insecte écartelé
reste suspendu dans le vide
de l’œil du cyclope
qu’il ignore
car il en est trop près

il va bientôt glisser
sur une pente
qui ne se remonte
jamais
tout en bas
l’attend le lac sombre
du sommeil et du néant

pendant que l’autre le regarde  

 

 

 

 

 

 

-VI-


Pin et chêne vert

                              Pin et chêne vert
     
     Parc St Odile, Montpellier (gel)  

 

 

voilà ils se sont pris
englués épinglés
dans les fils de l’arbre géant

minces fantômes
éplorés qui geignent
et se balancent sans force

petites proies grises
dans le blanc d’un jour
sans odeurs

quand la nuit viendra
la bouche sans dents béera
puis tout sera oublié

car de quoi se nourrissent
les arbres si vieux
que leur mémoire s’absente ?  

 

 

 

 

 

 

-VII-

Zelkova du Japon

                            Zelkova du Japon
        Jardin des Plantes de Montpellier
 

 

 

du plus profond de la terre
dans les flammes et l’incendie
dans les vomissements de fumée
dans le tonnerre
les chutes de pierre

jaillit la sève brûlante
sanglante

pour éclater enfin
au front de l’univers
à travers le corps torturé
immense qui se dresse

prométhée toujours debout

 

 

 

 

 

 

-VIII-

Micocoulier

                                 Micocoulier
      Jardin des Plantes de Montpellier

 

 

fantastique chevauchée
des ancêtres
sur leurs montures transparentes

ils galopent follement
autour de l’axe du monde
aux racines comme des poignards

le géant est presque envolé déjà
prêt à rejoindre
les sables ombreux

des soubresauts cosmiques

 

 

 

 

 

 

 

-IX-

Pins, chêne vert

                             Pins, chêne vert
             Parc du Crous de Montpellier
 

 

 

la forêt bouge lentement

ils ont brisé leurs amarres
ils sont en marche
ils penchent et se dandinent
chacun veut toucher l’autre
pour se rassurer

mais l’ombre les poursuit
gagne leur tronc
détruit leur équilibre
l’écorce éclate de toute part
déjà leur sève s’est répandue
en poussière rousse

tout bloc rocheux fait obstacle
le sol se noue aux racines
la vie infime a déserté
et nul ne peut les secourir
dans la sécheresse du monde

l’hiver inexorable s’est abattu  

 

 

 

 

 

 

-X-

Zelkova du Japon

                              Zelkova du Japon    
        Jardin des Plantes de Montpellier
                                (tramontane)

 

 

 

armé et casqué
boucliers dressés
l’épée balayant la nuit
le guerrier dresse
ses mille bras devant lui
et repousse l’hiver

une mousse de neige l’assaille
l’obscurité gagne l’horizon
la tempête blême le menace
mais il résiste de toutes ses forces

dans son flanc il abrite
une cascade d’hommes figée  

 

 

 

 

 

 

-XI-

Chêne du Caucase

                             Chêne du Caucase   
        Jardin des Plantes de Montpellier
 

 

 

il a mis son bonnet de nuit
enveloppé son corps de plumes
caché ses pieds dans la neige

de ses doigts tombent
des poussières d’argent
et des friselis soyeux

il rêve d’aurores boréales
et redresse haut le front
pendant que dorment les oiseaux

c’est un arbre qui pense dans la brume

 

 

 

 

 

-XII-

Platane

                                      Platane
   Jardin du Peyrou, Montpellier (froid)

 

 

noble sous son turban
une femme veille
assise sur un lacis souterrain
grouillant de vies secrètes

la pendule des heures
se balance sur son front
des trouées bleues
éclaboussent ses mains

elle rêve d’une lune
accrochée aux nervures
d’un arbre tutélaire

sans savoir que dans l’ombre
le passé gigantesque
la caresse d’un baiser

 

Pour Marie-Lydie
© Annie Devergnas-Dieumegard, fin décembre 2007

 

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-I-



     Platane en bordure de la rivière
                       Lauroux, Cévennes

 

 

 

jours de sang jours de suie
tout est toujours à refaire
tu fracasses tes mains à plat
sur la page nue des jours
sur ton front s’élargit la souffrance
dans une hachure vive

par la lucarne de tes yeux
pénètre le marbre enfantin
que tu tâches de repeindre
mais nul envol n’aboutit
c’est toujours la déchirure
dans le ciel sans voix

et de ton cœur s’échappe
la sève vive qui fige

 

 

 

 

 



-II-

                           Orme de Sibérie
      Jardin des Plantes de Montpellier


 


je tends les bras vers le soir
et le clair-obscur m’aspire
dans son incertitude

je m’agite mais reste prisonnière
des nuages et du vent
qui me brassent en désordre
coups de poing sur les hanches
griffures végétales au front

si je ne peux m’envoler plus loin
je tournerai dans la spirale
loin du soleil









 

 





-III-

                                           Firmiana
  
Jardin des Plantes de Montpellier

 

 



comme une tête chercheuse
aveugle dans l’univers qui bouge
sans repères ni paroles
tu vires et chavires
mêlant tes bras aux branches
autour de l’axe oblique
et rien ne peut te fixer
dans l’immense nuit blanche










 



-IV-


                     Pins et Chêne vert
             Parc du Crous, Montpellier

 

 



un être de chair s’est assis au bord du volcan
sans penser aux profondes déchirures
la lave rêche le blesse en tumulte
seul dans l’explosion de son chagrin
fouetté de bombes froides qui s’effritent
gifles de cendre scories de souvenirs

pourquoi construire en terre incertaine ?



 

 





 


 

-V-

                                      Firmiana
    
Jardin des Plantes de Montpellier

 

 


ainsi l’araignée dans son centre
veille sur un monde sans limites
prédatrice de lumière
elle capte toute naissance
et ramène à elle l’infini
pour en grignoter les âmes

la main sur le front
vite fuir sans regarder
s’arracher à l’extase perverse




 






 

-VI-

                            Zelkova du Japon
   
Jardin des Plantes de Montpellier

 

 


c’est la soif qui pousse au dehors
le timide murmure sous l’écorce
la rumeur bourgeonne et monte

sur la courbe vivante
déjà pointent quelques doigts
à même le corail souterrain

repoussant les limites assignées
l’arbre palpite comme femme
qui saigne et qui enfante


 

 

 



 

-VII-

    Hêtraie des cascades d'Orgon
                      Lauroux, Cévennes

 

 

le passage s’est créé
il n’y a pas si longtemps
souffle gris du silence
entre colonnes de chair brune

le passage est tracé
pour sortir d’un hiver
frappé de solitude
murs d’écorce sur le cœur

le passage est ouvert
au réveil du regard
à la chaleur douce
d’un chant intérieur

car la renaissance est proche
en vérité

 

Pour Marie-Lydie
© Annie Devergnas-Dieumegard, 21 novembre 2008

 

 

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- Tous les dessins sont réalisés sur le motif,
le plus souvent au Jardin des Plantes de Montpellier
Encre de Chine et calame sur papier. Parfois rehaussée de craie
Format minimum des dessins 25 x 32,5 cm

- Site de créations artisanale et artistique de Annie Devergnas :
http://pages.softnetmedia.eu/annedeco

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