Française d'adoption, je vis dans un pays de forêts, de collines et de fleuve et rivières. J'écris depuis la fin de l'adolescence. J'écris et je déchirais beaucoup avant de publier sur plusieurs sites Internet.
Conteuse pour les petits, alphabétisatrice pour les grands, membre de la société des écrivains ardennais, je suis publiée régulièrement dans plusieurs revues belges et françaises.
a. s.
Déméter
Extrait de « Flâneries mythologiques » Inédit
Jouissance,
en étroit contact
l'argile fraîche et ma peau.
Chemins ouverts
sources bavardes
résineux et térébinthes
désordre d'herbes,
c'était jouissance...
Un stylet
a pris place en mon âme.
Maintenant sans mâture
tout a goût de cendres
tout m'est étranger
indifférent.
Jambes fantômes
usées par trop d'errance
jambes griffées
ensanglantées...
Mémoire d'un autre sang
d'une hémorragie primitive
plaie épaisse ouverte
lochies lambeaux d'images
qui s'égarent et que je perds
lentement.
Mémoire d'un cri de délivrance
et de cet autre
plus pénétrant
ma vie en une autre
incarnée.
Perséphone...
À peine nubile
déjà convoitée,
mon étoile en souffrance.
Par l'avidité de l'homme
ma fille courbée.
Mains mêlées,
mes mots recueillaient ses mots
mon souffle entourait son souffle.
Il ne me reste de son nom
que syllabes
sonores encore
pour combien de temps ?
Voler vers ses tournoiements
vers sa joie sa lumière
courir à son chant
danser dans ses pas
me fondre en son ombre.
Papillon noir démesuré
j'arpente rocailles grèves
et jardins clos,
papillon noir desséché
de ténèbres
je marche je dérive
inutile répétition
d'une recherche avortée.
Quelle ironie le fugace
quelle torture la finitude...
Tant me reste à parcourir !
La terre noire étouffe les germes
et les racines retiennent
leur puissance.
Tout se rétrécit tout s'éteint
tout se meurt
ceps et yeuses
oliviers et orangers.
Voici un blé qui ne lèvera pas
des feuilles mortes avant d'être
et la faim terrible
pour cette engeance aveugle.
La faim fouaillera
leurs entrailles
comme l'absence noue
les miennes.
La rumeur qui m'accompagne
est incantation de mort.
Lignes chevauchées
images floues inversées
sons étouffés
ombres multiples
sans cesse plus denses
et mes yeux aveuglés
et mes mains inutiles.
Perséphone !
Je cherche ta voix
tes traits sous les masques.
J'imagine je crains,
sauvage solitude
noyade.
Plus pierre que ce roc
plus froide
ma voix sombre
n'a plus d'écho.
Ce point à trouver
ce lieu terre stérile
à laquelle je refuse
ardeur et vitalité
sève asséchée ou figée
ce lieu s'éloigne s'obscurcit..
Sous l'écume sous les pierres
j'ai cherché.
Le vent déserte
mon errance.
Mon fruit ravi,
il ne reste que voile parfumé
rides sur l'eau calme
mouvement évanescent
et cette image qui tremble
en mon image.
Mon cri ne déchire que moi
ne défait que moi.
Seule.
Mon pas sur la glèbe nue
mon pas brisé.
J'aimerais
mes os blanchis par la vague
coquille vide
bois mort
sillage unique presque effacé,
mes pas
traces éphémères.
Sans elle ?
La mort seule, lénifiante
et que tout meure
avec moi !
Vague unique sans ressac
sans retour
je suis portée
au delà des mes pas
plus loin encore.
En creux son poids
en mes bras tannés
en creux son rire.
Ma vie sa vie
désaccordées
ma vie sans elle mutilée.
Jours incendiés
nuits de vertige
tout m'exile.
La terre abandonnée
stérile soudain.
Poussière...
nulle incandescence
pour la réchauffer.
Me voici rompue
inapaisée
poing tendu
pierres récoltées
pour frapper.
Qui ?
09 02 04
Comme si.
Poids de terre
ou de mousse
à soulever à refuser
Pourvu que l’on garde
entrouverte la porte
et cette vibration partagée
que l’on n’ose nommer.
Pourvu que l’on frappe
à poings serrés à poings noués
pourvu que l’on soit.
Miel amer.
Abords du fleuve éboulés
duvets de pollen
posés sur le temps
et cette nuit qui pèse
silences ou rumeurs
peu importe,
il faut faire comme si…
Pourvu que la porte
soit entrouverte
et que les vents se pressent
pour balayer pour bousculer.
Pourvu que l’on ne se taise jamais.
Le soleil filet d’or
posé à peine
sur les vagues végétales
d’une forêt mythique…
Il faut faire comme si
on pouvait jongler
avec la vie
marcher à pas de velours
pour ne pas éveiller
ce qui sommeille
au tout profond
en nous.
Peut-être ce poids
d’argile et d’humus
nous bâillonnant ?
Il faut faire comme si
on ne voyait pas
la main telle une aile
qui s’éloigne sans saluer.
Pourvu que l’errance
trouve voie ouverte
pourvu que le fleuve
ne gronde plus
comme une âme.
Les mots soudain dépassent
les voix sans empreintes
sans raison ni écho
voix trop lointaines
pour nous happer
pour nous toucher.
Il faut faire comme si
la parole ardente
du petit semeur d’étoiles
au cœur troué
venait de naître à nos pieds.
Il faut faire comme si
les jours
telles des abeilles lourdes
passaient sans s’attarder.
Poids de terre
et d’argile
à repousser à refuser
et ce qui grince en nous
au-delà de nous.
Les tumultes
diront la vendange rougie
le sang marqué souillé
la terre de mille pas
enfin alourdie
les ombres trop étroites
de mille pas
enfin écrasées.
Nous ferons comme si…
à cloche-pied
sur une marelle
imprécise.
Il arrivequ’on ne possède plus
qu’une force enlisée
qu’on ne discerne que le passage
vide déserté…
Alors on cherche
les mots humains
à dire…
Mais, rien.
On s’égare on se défait
on se dilue.
Rien ne reste
qu’une buée un étouffement.
On n’atteint plus
on n’entend plus
sinon le bruit des mains affolées
le froid d’une déchirure.
Sinon, rien.
On sait que tout sera
à reprendre
qu’il faudra porter
notre inertie ou l’ignorer.
On sait l’à peine frémissant
de notre existence.
On sait. On ne répond plus.
On sait l’appel
lointain inaccessible
infiniment résonnant
infiniment blessant.
On sait l’irréalité
l’absence insupportable
où une prière seule pourrait…
Mais, rien.
Brin par brin
fibre après fibre
arrache ce cordon
qui tel un corps étranger
s’indure en tes chairs.
Combien de naissances possibles ?
Combien de chants
demeurés sans écho
combien de chutes
sans envol ?
Seconde après seconde
détache-toi des images
lourdes de trop de retouches
vaines.
Une rive nue
où s’oublient des herbes
anémiées
une rive
où la vie
grandit en solitude.
L’eau appelle
trouble et
retient.
Éperdument
Le temps humain ne tourne pas en cercle mais en ligne droite. C’est pourquoi l’homme ne peut être heureux puisque le bonheur est désir de répétition.
Milan KUNDERA (L’insoutenable légèreté de l’être)
Cheminement vers le vide
le tranchant,
silence sans fruits.
On aimerait la rotondité
sans entrée ni issue
sans néant sans finitude,
on aimerait…
On se prendrait un jour
par la main
et on irait au delà de l’usure
tendu telle une figure de proue
tendu mais déjà détaché.
On oublierait la marche
si lente parfois
et les ratés d’une quête
insensée.
On oublierait la folie
de l’attente
de l’élan exténuant.
On voudrait soudain
toucher
le fil qui nous relie
on voudrait en connaître la résistance
la densité.
Il nous resterait l’étonnement
en vagues profondes
s’éloignant…
Outre temps
En terre de silence
de schiste et de légendes,
seule.
Un long bras d’argile
consenti au fleuve
un bras anéanti très las.
Si tendue
que soit l’absence
si vibrant le silence,
rester parmi les ronciers
ou peut-être
retourner au port.
Il faudrait longer
le froid les craquelures
s’asseoir un instant
dans la fascination du vide
et résister
surtout résister.
Trop de remous et de vagues
trop de nouveautés abrasives
surtout ne pas céder.
Marche après marche
vers l’écume
le bouillonnement initial
vers la mer
par le vent ouverte
vers le fleuve
vers le soleil renaissant
hors des boues.
En marche
pour l’immédiat
le préhensible
en marche vers.
Ride profonde
déposée par distraction
par insouciance
voix fragile de l’infime
si claire…
Comme un bras de terre
consenti au fleuve
ou un ciel traversé
de mouvements épais et ralentis
comme un espace
dénudé nivelé
ou comme la grâce
de l’errance d’Ophélie
comme soi simplement soi,
être.
En mon pays
En mon pays
suis en terre lointaine…
François VillonCe qui a été fermé
scellé dans la violence
ce qui a été poussé
enfoncé enfoui
doit remonter parfois.
Ce qui a été masqué
pour se soustraire
aux invisibles fissures
à l’invasion des pensées termites
doit aborder parfois.
Sur la peau l’abrasion
des jours de barbarie
des méandres du sang
rouge amarante
sur la peau les sillons
le vague…
Ce qui a été conçu
dans la violence
doit s’étioler s’anéantir
comme les songes
et se défaire
doucement
hors de nous.
Ce qui nous a manqué
doit se planter droit
dans nos angles
ce qui nous a manqué
doit poindre soudain
crevant l’horizon
et grandir en nous
et danser en nous
contre l’effroi du vide
contre les peurs
dans l’infini du geste
sans cesse espéré.
Des voix pour dire
De pierres et d’ombres
nos rêves en désaccord.
Derrière nous
des façades grimaçantes
qui se voudraient complices.
Masques.
Un tourbillon attire
rien n’en retarde les limites.
Des cris d’enfants
voix colorées
arcs-en-ciel de tonalités.
Un tourbillon attire
de sons de rires
trop loin de la mer
une ville mal vieillie…
Des voix colorées
porteuses
de brumes et de cailloux
voix rouillées mal posées
de l’enfance
tu suis la plus nostalgique
celle qui appréhende
celle qui n’a pas encore les mots.
Mémoire ridée fanée
une autre ville ailleurs
d’autres voix profondes
mémoire vidée
inutile
sentier sinueux
lacets serrés
où se heurtent les regards
où les mots se fêlent.
Masses d’arbres confus
rocs et graminées amères
vieux temps maculé
de mauvais songes.
Mémoire embroussaillée
d’herbes sorcières
d’épineux et de nostalgie
à peine ensoleillée.
Des images mâchées
débordante du rouge triomphant
mémoire dénouée de sang
blanche sous la lumière.
Tu ne sais où te menait
la voix
la toujours fuyante
assagie peut-être
qui écoutait auprès de toi
battre le temps.
Symphonie
Voix naissante
excessive déjà
inondée de promesses
drapée d’infinité
cariatide intime
froissée impatiente.
Crevant en mille étoiles
voix hésitante déchirée
lacérée
en mille points traversée
voix de gorge gonflée.
Comme un lieu de prières
voix usée
long cri se ré-enfantant
frileux.
Voix rouillée béante
voix brève sans ombres.
Et celle martelée sans repos
fissurée
retournée chavirée
voix imperceptible d’un Orphée
déporté exilé
aveuglé par trop d’illusions.
La main ne retient plus
le bras n’enserre plus.
Oubli de l’autre oubli de soi
un départ encore un
des arrivées fulgurantes
des arrêtsLa main ne retient plus
le bras n’enserre plus.
Oubli de l’autre oubli de soi
un départ encore un
des arrivées fulgurantes
des arrêts
en apnée profonde.Voix désertées mutilées
monstrueuses crécelles
grinçantes irritées.
Voix épineuse flottante
voix où s’abîme l’impossible
rêvé.
Voix ignorée
tournée vers l’attente
mer insondable turbulences
et ces ports mythiques
jamais atteints
toujours plus éloignés.
Voix de l’eau
sources ou fleuves
voix épandues
libérées prenantes
voix insidieuses et douces
étreintes hallucinées
entachées de sang.
Voix maternelle
enveloppement froid
voix fuyante en allée
voix obscure pour l’effrayée.
Voix telle une marée grondeuse
voix de tempête
ardemment aimée
pourtant.La tête sous l’eau
suffocant de désespérance
on écoute un cri étouffé
qu’on ne reconnaît plus.
On écoute la voix fermée
hors du souffle
voix d’un fantoche docile.Voix de l’un
voix de l’autre
lent partage de vocables
lent partage de chemins
passages multiples
traces à peine
creusées.
Inaccessible
voix effacée presque oubliée
en contre-image
voix de nymphe ou de fée
fragile voix de l’ange.
On pourrait…
On pourrait s’attacher
à ce qui n’est qu’à peine,
frémissements mirages
murmure d’écume
creux d’arbre mort
couleurs des âmes.
On le pourrait.
On pourrait étreindre
le fragile
éphémères papillons de neige
baiser d’un fruit pulpeux
mousses embuées
point de mer où
le vent s’arrête…
On est à l’écoute
des mots pulsants
balbutiements d’une première fois
toujours espérée
toujours rêvée.
On marche seul
obstinément
dérapant de leurres
en faux-semblants.
Note jaune grinçante
la lie des jours vides
le monde en friches
et ce temps qui manque pourtant
pour saisir palper goûter.
Alors on se mêle aux autres
à ceux qui veillent en silence
ceux qui attendent
l’étourdissement des passions
l’élan des songes
on se mêle à ceux qui tissent
avec nous la vie…
Alors on raconte
on se raconte à voix chuchotée
on dit la fulgurance
des jours telles des perles sur fil
fragile fragile…
On dit la naissance
d’un sol argileux,
l’instable le glissant de notre enfance
on dit la précarité des racines.
On se voudrait abeille butinant
mots et musique bribes de vie
lambeaux d’amour.
On se voudrait abeille véloce
étourdie de mystères
de mythes refusant l’absence.
Nuit
J’évite encore la mort en écrivant un poème
Alain Borne
Gravées dans le béton
ou sur l’écorce
les traces résistent.
La nuit est venue tôt
sur le ciel trop bas.
L’eau gronde
près des arbres hauts.
L’odeur des fruits
migre lentement
vers une autre saison.
On pense aux sources qui naissent
et s’éloignent
sans nous apaiser.
On reprend le livre usé
le dialogue avec le poète
mort
depuis des ans.
Son chant ses mots
tissent une toile
parfois juste un filin
qui nous retient.
Sa voix sourde
cherche à nous joindre.
Ses poèmes
nous atteignent
froissés de fébrilité.
La nuit parfumée de bleu
et d’ombres marines
veille sur le monde vieillissant.
Plaintes d’insectes
soupirs de limon
la sève court
de l’un à l’autre,
d’un nœud à l’autre
se reposant.
La nuit vient pour mourir
tout comme nous.
Sur un disque irisé
nos traces gravées
disent nos racines
celles des jours
où la pluie était magicienne
et notre vie
amour illimité.
(nouveau: tout ce qui suit)
COMME SI
Poids de terre
ou de mousse
à soulever à refuser
Pourvu que l'on garde
entrouverte la porte
et cette vibration partagée
que l'on n'ose nommer.
Pourvu que l'on frappe
à poings serrés à poings noués
pourvu que l'on soit.
Miel amer.
Abords du fleuve éboulés
duvets de pollen
posés sur le temps
et cette nuit qui pèse
silences ou rumeurs
peu importe,
il faut faire comme si…
Pourvu que la porte
soit entrouverte
et que les vents se pressent
pour balayer pour bousculer.
Pourvu que l'on ne se taise jamais
pourvu que l'on ne soit
jamais
réponses privées de questions.
Le soleil filet d'or
posé à peine
sur les vagues végétales
d'une forêt mythique,
Il faut faire comme si
on pouvait jongler
avec la vie
marcher à pas de velours
pour ne pas éveiller
ce qui sommeille
au tout profond
en nous.
Peut-être ce poids
d'argile et d'humus
nous bâillonnant ?
Il faut faire comme si
on ne voyait pas
la main telle une aile
qui s'éloigne sans saluer.
Pourvu que l'errance
trouve voie ouverte
pourvu que le fleuve
ne gronde plus
comme une âme.
Les mots soudain dépassent
les voix sans empreintes
sans raison ni écho
voix trop lointaines
pour nous happer
pour nous toucher.
Il faut faire comme si
la parole ardente
du petit semeur d'étoiles
au cœur troué
venait de naître à nos pieds.
Il faut faire comme si
les jours
telles des abeilles lourdes
passaient sans s'attarder.
Poids de terre
et d'argile
à repousser à refuser
et ce qui grince en nous
au-delà de nous.
Les tumultes
diront la vendange rougie
le sang marqué souillé
la terre de mille pas
enfin alourdie
les ombres trop étroites
de mille pas
enfin écrasées.
Nous ferons comme si…
à cloche-pied
sur une marelle
imprécise.
Chercheurs d’ombre
Ta voix par ma voix
doublée
mes mots par tes mots
étreints.
Pulpe
à la fois tienne et mienne.
Erreurs sinueuses
peau sèche d’un tambour
battu à contre-temps
peau usée élimée
peau mille fois enfantée
mille fois déchirée
rompue
tambour en creux…
Sève et souffle
songes et sang drainés
par l’infini lénifiant
mer immense
rythme rugissant.
Nous en écho
dans nos différences
nous en écho
dans la gravité
la recherche pérenne
le doute affleurant.
Torpeur
zone douce
d’écume et d’eau
nous en écho
semblables en nos silences
en nos morsures
nous uniques
dans le mouvement du chant.
Nos voix ombrées
se taisent.
Mutisme
ou souffle défaillant ?
Dans l’obscur profond
Des fenêtres multiples
emprisonnent et retiennent
ne renvoient plus.
Toi,
insoumis insurgé
alors que ta voix n’atteint plus
ne remue plus.
Ton errance dévoilée
et reconnue désordre
enfin.
Toi
défiant ta pensée
sauvage déchirée
te débattant dans les lambeaux
Toi, enlisé inconciliable
tout en cris sans frontières
sans balises
dans ta lutte contre tes ombres..
Le fleuve emporte
ce que l’on gardait pour soi
l’inaccompli le rêvé
tessons et éclats
trop intenses
pour n’être pas folie.
Le fleuve emporte puis abandonne,
toi tu n’as que ton souffle noué
tu n’as que tes mots
épuisés désertés.
Toi en ton rythme égaré
cognant une langue nouvelle
toi perdu
dans l’embué de ta voix.
Impérieux
l’échange de l’être déplacé
à l’arbre brusqué d’orages.
Impérieux les nœuds de l’un
vers l’autre infléchis
tendus vers la courbure
de l’accueil
l’arrondi du havre offert.
Essentiel ce dialogue
d’une errance
et de l’enracinement.
On savait l’intemporel
on savait l’aridité
le tranchant l’acerbe
on connaît à présent
le dérisoire
pesant voûté
on connaît l’impossible glissement
de la divergence.
On reconnaît soudain
le froid de l’absurde
la déraison.
A côté de soi
si proche soudain
l’autre
étranglé en ses abîmes
gagné par l’obscur,
l’autre en son regard
étranger
l’autre à côté de soi
du mauvais côté.
De limon fragile
la gangue a éclaté.
De boue de glaise
la structure chaotique
lentement élaborée
sans fin secrétée
sans origine
ou si peu profonde…
Mis à nu libérés
les mots tendus
se dévident.
Mots pétris mots mâchés
longs mouvements
d’approche ou de rupture
courbes exaltées
sans but sans évidence.
Ainsi naît le poème
pour si peu
pour rien…
Lapidaires
pour user
pour résister.
Lapidaires et fermés
enclos sur eux-mêmes
secrets
serrés
pour s’opposer à la brisure
pour retenir l’implosion.
Plus subtils qu’un souffle
qu’un frisson de l’ange
impuissant à nous apaiser,
les mots.
Au-dedans
la densité
le poids
l’obscur qui cerne
la marée obsédante.
Au-dedans
poussières
espace émietté
rêves disjoints
discordants.
Nostalgie infinie
d’un creux encore tiède
d’un rire sous l’écorce
broyé.
Nostalgie d’une voix
multiple proche
coléreuse.©agnès schnell
marjas08@aol.com- rencontre avec Agnès Schnell
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